Rêve et imagination (Hercule Seghers)

Image à la Une : Hercule Seghers, « Mountainous Valley with Fenced Fields ». Ca. 1615-1630. Etching and drypoint in blue ink, brush in pink and pale blue on paper. 22.5 × 48.9 cm. Amsterdam, Rijksmuseum Amsterdam.

Dans un article précédent il a été question, à propos de l’imagination, de la création plastique d’artistes tels que Ernst, Sima ou Cozens.

Il semble intéressant d’aborder, toujours dans cette perspective, le travail étonnant et la méthode d’Hercule Seghers.

Seghers est né vers 1590 à Harlem. Il fut marchand de tableaux à Utrecht et à La Haye. Des tableaux de Seghers sont dans les collections de Rembrandt. Bien que considéré, il a autour de lui une légende de peintre maudit.

Son œuvre : 200 épreuves nous sont parvenues, réalisées à partir de 54 cuivres différents.
Le plus souvent, il s’agit de paysages montagneux.

Tous les sites sont imaginaires :
visions de rêves, condensation d’éléments hétéroclites comme dans un rêve.
Il s’agit de vallées encaissées, de plateaux et de montagnes escarpées, de chemins avec des troncs brisés et aussi des petits villages dans le lointain.

Tous ces éléments épars ont un point commun fourni par le dessin d’abord et par la couleur qui qui fond tous ces éléments en un seul paysage.

– L’ensemble des paysages sont gravés d‘un bout à l’autre de la plaque à l’aide d’un graphisme abstrait. Ce graphisme qui couvre tous les éléments de la surface a un aspect de neurogramme, à cause de la vitesse d’exécution. C’est à dire qu’un même signe sert à dessiner tous les éléments  et ainsi toute la composition se trouve unifiée par ce réseau graphique.

– La couleur, la matière colorée entremêle et unifie les plans.
Seghers utilise des supports colorés et des encres de couleur ; de plus ses épreuves sont encore rehaussées.

Ainsi trait et couleur condensent l’image et créent une unification générale, comparable à l’ambiance que Freud met en avant dans le travail du rêve.

Avec cette méthode, Seghers créé des épreuves de tonalités variées à partir d’une même plaque, à tel point qu’on peut croire qu’il ne s’agit pas du même paysage.
Plusieurs paysages différents naissent ainsi de la même plaque, de même que pour Cozens plusieurs oeuvres naissent à partir de la même tache.

En général, les gravures de Seghers sont un exemple frappant de l’exploration de l’imaginaire et de l’hallucination de la nature qui sera poursuivie plus tard par Max Ernst dans les Frottages d’Histoire Naturelle, trois siècles plus tard.

En effet Ernst va opérer de la même façon dans ses frottages. Il part de rainures et de noeuds pour arriver à des paysages imaginaires inédits.
Dans un prochain article il sera question précisément du travail d’Ernst.

R.Dumoux
www.viapictura.com