Rêve et Imaginaire (Max Ernst)

Image à la une : Untitled, pg. 17 (double page), in the book Maximiliana ou l’exercice illégal de l’astronomie: L’Art de voir de Guillaume Temple by Max Ernst (Paris: Iliazd, 1964).
– A partir des techniques de frottage et de décalcomanies, Ernst a créé un univers de forêts pétrifiées, de nébuleuses et de visions du cosmos.
Il avait découvert le frottage en 1925, en frottant à l’aide de la mine de plomb sur de feuilles minces appliquées sur un plancher usé.
Ce processus déclenche des facultés visionnaires… des images qui se superposent  les unes aux autres avec la persistance de souvenirs émotionnels.
Les formes sont imbriquées et combinées comme les éléments d’un rêve.- Pour ce qui est des nébuleuses et des visions du cosmos, Ernst s’intéresse à l’astronomie mais il se rend compte que s’il y a des télescopes très puissants permettant des expéditions spatiales, il y a aussi un art de voir que les télescopes ne peuvent remplacer.
C’est en particulier la pensée d’un astronome appelé Tempel qui vers 1880 dit que l’art de voir est entrain de se perdre avec l’invention d’instruments de plus en plus sophistiqués.
( » les plus belles et réalistes vues de l’espace n’effacent pas en nous le ciel des divinités tutélaires, des monstres menaçants  et de toutes les figures hybrides que nous allons continuer de conquérir. »)

On peut se référer en cela à la toile Espace 4 du Pictorama qui amalgame formes mécaniques et figurations mythiques.

En 1964, Ernst et l’éditeur ILIAZD créent un livre. Ernst est attiré par les réflexions de Tempel sur l’art de voir et, à partir de son intérêt passionné pour l’astronomie, il réalise une série de gravures étonnantes pour le livre « Maximiliana ou l’exercice illégal de l’astronomie ». C’est un chef d’œuvre.

Les gravures en couleur d’Ernst se combinent avec des typographies. Le propos est de restituer les groupes d’étoiles de la voûte céleste. Ernst s’inspire aussi de lithos de Tempel et il utilise les procédés de pochoirs, de laques et de pulvérisations.

Les écritures secrètes courent tout au long de l’ouvrage : ce sont comme des formes automatiques évoquant les hiéroglyphes, l’écriture imagée d’Amérique ou les pictogrammes chinois.
Ce sont comme des écritures indéchiffrables et automatiques qui permettent cependant d’accéder à l’insaisissable vérité du monde.

Les formes secrètes de Max Ernst évoquent les fractales, figures géométriques découvertes en 1975 par Mandelbrodt.
Ce sont des figures de formes irrégulières souvent fragmentées, décomposant et recomposant des formes naturelles : nuages, pépites, flocons, galaxies, qui dépassent les formes géométriques simples.

Ces visions du rêve permettent un saut vers la compréhension du langage de l’Univers.

R.Dumoux
www.viapictura.com