Les Vanités contemporaines (art.3)

Image à la Une : Wim Delvoye, Cloaca, 2000

Plusieurs aspects peuvent être distingués dans les vanités contemporaines.

–  Les vanités secondes : c’est à dire qu’elles ne se limitent pas seulement à la représentation d’un crâne ou d’un sablier.
Ce sont des allégories telles la « sculpture morte » de Duchamp : c’est une sculpture tête faite de légumes, fruits, insectes, sorte de remake d’Arcimboldo. Pour Duchamp, c’est une sorte de maniérisme second utilisant les caractéristiques du ready-made. Ce sont des vanités secondes car la mort est présente mais en second plan comme neutralisée..

Marcel Duchamp - "Sculpture morte"
Marcel Duchamp – « Sculpture morte »

Vanités secondes dans l’œuvre de Warhol : des crânes il fait un papier mural et il supprime par la reproduction sérielle, la présence immédiate de l’image.

Vanité secondes chez Richter : pour lui, les vanités sont en surface avec le sans style et la non-couleur. Dans ses miroirs on ne voit rien et ils  sont comme des monochromes.



– Les  vanités à base de décompositions florales et post-organiques.
C’est la figuration de l’éphémère des fleurs et des fruits; ce sont des décompositions qui respirent le flétri et le pourri : fruits, fleurs et petits riens demeurent les métaphores du temps et de la beauté vouée à la disparition.
Un exemple est la boule de 3333 roses de James Lee Byar, qui se fanent au cours de l’exposition.

Telles sont aussi les fleurs immenses de Giorgia d’O’Keeffe vues dans leurs flétrissures ou bien menacées par une tête de mort. Egalement les fleurs d’Araki aux plis et déplis sexués.
De même Michel Blazy fait souvent état d’organismes végétaux qui se transforment.

Les vanités cristallines se rapportent aux effets du verre ou du cristal. Le temps glisse dans des aspects impermanents et se réfléchit dans les images des miroirs.

Par exemple Valérie Belin photographie des miroirs et encadrements de cristal ou des objets de cristal très agrandis. Jean Michel Othoniel créé un rêve de verre : ce sont de minuscules figurines dans des architectures de verre. C’est comme un cabinet de curiosités avec des sirènes, des monstres et hybrides.

Jean Michel Othoniel
Jean Michel Othoniel

L’artiste, Marc Quinn, créé de vraies fausse serres de fleurs : 100 espèces florales sont suspendues et gelées dans le silicone. Ces fleurs sont éphémères mais immortalisées.

– Les vanités comiques sont un autre regard sur la finitude de l’homme et sur l’inanité des richesses du monde. Les oeuvres vues précédemment sont d’un aspect mélancolique ou méditatif.
Les vanités comiques sont humoristique grotesque et ironique. Déjà au Moyen Age il y avait de nombreuses représentations qui présentaient une verve comique comme dans l’oeuvre de Jérôme Bosch.
Dans les marges des manuscrits religieux, on trouve des croquis vulgaires voir scatologiques qui décrivent la vérité d’un corps. L’effroi et le comique se mélangent dans les danses macabres.
L’artiste anglais Damien Hirst, actualise ces archétypes de vanités. Par exemple il photographie son visage souriant avec une véritable tête de cadavre.

Plusieurs artistes actuels utilisent la vanité comique comme mode d’expression avec une volonté de provocation et de scandale.
Wim Delvoye, Maurizio Catelan, Alain Séchas sont des exemples de comique et d’évocation de la mort.
A Messager, R Gober, S Fleury ou encore Dietman, Mike Kelley travaillent dans ce sens  et sont des héritiers du surréalisme  ou de Dada. Ils  sont dans la lignée de »Torture Morte » ou « Sculpture morte » de Duchamp.
Citons seulement de Catelan : le pape foudroyé, cheval mort, ou enfants  suspendus dans les arbres.

– Il y a encore les vanités comiques de répulsion. C’est une vision dégradante de l’homme qui sert à exalter la morale  et amorce la rédemption.
Robert Morris met en scène une communauté de squelettes casqués et peints chevauchant des missiles.
Mike Kelley dans des installations macabres met en scène la nourriture, la sexualité et la  mort. pour cela il se réfère aux films d’horreur, au porno ou à la science Fiction.
Xavier Veilhan qui créé des poufs en forme de crânes, est à mi-chemin, entre le design et la sculpture.

– Un thème important de la  vanité est celui du corps et de le corruption de la vie. Il s’agit de la nature charnelle de l’homme soumise à la décrépitude et à la maladie.
Un exemple caractéristique est celui de Cloaca de Wim Delvoye.
Delvoye a créé un robot (une sorte de machine qui mesure plusieurs mètres et semble représenter tout le système digestif) avec l’aide de scientifiques : il se nourrit comme l’homme et digère complètement.
Cela fait penser à la verve irrévérencieuse des moines du Moyen Age qui rappelaient la bassesse des conditions charnelles pour inviter à l’humilité.
Mona Hatoum explore l’intérieur du corps et en projette les vidéos.

Le monde des objets et des natures mortes dans l’art actuel met en avant la sur-valorisation des objets et biens matériels, montrant ainsi l’opulence de façon burlesque.

Jeff Koons fait en bronze ou en métal étincelant des agrandissements d’objets prosaïques, bibelot ou lapin gonflable.

– Le thème de la nourriture qui est essentiel dans les vanités se retrouve dans le pop art :
hamburger géant de Rosenquist et Wesselman; côtelette en acier d’Oldenbourg ; accumulation de nourriture d’Erro.


Tels sont divers aspects des Vanités : c’est une comédie de la vanité sous l’angle de l’humour et de l’ironie.
On manie l’irrévérence et et le comique. L’hyperbole, la bouffonnerie, la violence d’expression, sont des caractères constitutifs de la création contemporaine manifestée dans ces vanités. Conjuration de la faillite des utopies et désenchantement: c’est l’expression d’un monde qui vit sans Dieu et qui est purement humain voué au comique et à la dérision.

R.Dumoux
www.viapictura.com

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