La couleur au 15ème siècle

Image à la une : Frères Limbourg – Très Riches Heures du duc de Berry – mois de mai


 

Dans l’article précédent il a été question d’une de mes toiles de l’été et le problème de la technique picturale a été abordé en rapport avec le métier des maîtres du quattrocento.

Dans cette perspective, il est intéressant de voir les divers aspects de la couleur au 15ème siècle.


Trois traditions picturales sont mises en pratique :
– l’enluminure, la fresque, et la peinture sur panneau et …


– L’enluminure.

Les peintres nordiques de Marmion à Fouquet pratiquaient l’enluminure. (et la peinture sur panneau.)
Le travail des miniatures était parcellisé dans divers ateliers : le travail du dessin se passait dans un atelier et le travail de la couleur dans un autre et les livres copiés dans un monastère sont enluminés dans un atelier laïc.
Il y avait des spécialistes pour les bordures, pour les lettres et la calligraphie et d’autres pour la représentation des scènes importantes. Certains ne travaillaient que les  » champeignes » c’est à dire les arrières plans de paysages.

Parfois les miniatures étaient intégrées dans les manuscrits après coup et la question de l’unité de style ne s’imposait pas.
Souvent ces manuscrits étaient très importants comme les Très Riches heures des frères de Limbourg ou bien les Heures du Maréchal de Boucicaut.  Ou bien encore les célèbres enluminures de Jean Colombe. (exposées jusqu’au 30 Septembre 2007 à la Médiathèque de Troyes)

naf_24920_012Histoire de la destruction de Troie (Destructio Trojae)
Enluminure par l’atelier de Jean Colombe. Vers 1495-1500
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     http://www.enluminures.culture.fr/


La peinture murale.

Au Nord cette peinture était exécutée sur le mur en mélangeant les pigments à la chaux ou bien aussi en utilisant l’huile comme liant.

En Italie on utilise une nouvelle technique, celle de la fresque : le mur est recouvert d’une ébauche générale, sur un enduit grossier, l‘ariccio, puis chaque jour une partie est recouverte d’un enduit frais, fin et transparent, l‘intonaco. Par transparence et à partir de l’ébauche, le dessin est exécuté avec plus de précision et dans tous les détails. Enfin ce sera la mise en couleur à l’aide des pigments mêlés à la chaux et simplement dilués à l’eau.
On pouvait ensuite exécuter ou rehausser à tempéra à l’oeuf certaines parties ou détails.
En général cette technique était très rigoureuse et logique dans ses étapes.


La peinture sur panneau ou sur toile.

Nous avons vu que Cennini considère qu’il faut bien la maîtriser.
Outre les caractéristiques de métier dont nous avons parlé dans un article précédent, cette pratique met en valeur un certain nombre de données plastiques.

Les traités d’art italien mettent l’accent sur l’importance du relief, de la profondeur et de la simulation du volume. Léonard travaille dans ce sens: il traite les ombres et les lumières  et son désir de donner du relief le conduit à des noirs de plus en plus profonds.
D’autre part l’imitation de la nature est le fondement de l’art du 15ème. On recherche la simulation naturaliste par la perspective géométrique et aussi aérienne.

(A noter cependant que c’est le dessin plus que la couleur qui concrétise l’habileté de l’artiste, la couleur ne venant se poser qu’après coup sur le dessin bien défini sur le mur ou la toile.
Alberti parle surtout de la théorie du dessin. Léonard n’appréciait pas beaucoup ceux qui se préoccupaient plus de la couleur que du dessin.
Vasari va définir Florence comme école du disegno et rejeter la couleur Vénitienne.
La couleur à Florence est accessoire, elle n’est qu’ornement.)

La couleur imite la nature et la lumière est importante pour le rendu de la couleur.

C’est au 14ème siècle en Italie qu’objets et figures sont représentés pour la 1ère fois avec des ombres portées. Alberti et Léonard comprennent que la lumière modifie les couleurs.

A la différence d’Aristote pour qui il n’existait que le noir et le blanc, Alberti affirme que les couleurs primaires sont au nombre de 4 : le rouge, le bleu, le vert et le gris, couleur cendre de la terre. En ajoutant le blanc et le noir, il est possible d’obtenir de nombreuses nuances.


Cependant, le peintre du 15ème est conscient de la présence de deux mondes : le monde terrestre avec la réalité de la couleur et du dessin et le monde céleste au dessus plus abstrait et d’or.

L‘usage du fond d’or pour la voûte  céleste remonte à l’époque byzantine et va durer tout le 15ème. Ces fonds d’or sont décorés incisés ou poinçonnés.
La luminosité et le rayonnement de l’or sont un outil poétique suggérant l’immanence de la divinité.
Les rehauts d’or continuent de faire partie du répertoire artistique jusqu’à la fin du 15ème siècle et les auréoles dorées persistent. Cependant peu à peu elles vont diminuer jusqu’au simple cercle d’or et enfin disparaître au profit du naturalisme.

L’or était posé en feuilles mais aussi en poudre comme une couleur.
Les rehauts d’or sont inspirés de l’enluminure et ils sont apparus pour la 1ère fois dans la peinture de Gentile da Fabriano vers 1400.

( Il faudrait enfin évoquer la question de la technique de l’huile et en particulier celle des frères Van Eyck : cette question  pourra constituer un article particulier.)


Les pigments au 15ème siècle.

Pour conclure enfin, voici une énumération des pigments utilisés au 15 ème siècle.

L’artiste disposait de 7 couleurs naturelles :

4 terres : le noir, le rouge, le jaune, le vert,

3 autres couleurs le blanc, le bleu, le giallino (jaune de plomb) ; les terres d’ombre viendront ensuite.

Cennini considère que les peintres devaient broyer leurs couleurs. Cependant il existe déjà des couleurs frelatées, toutes prêtes. Ce qui se généralisera à la fin du 19ème siècle avec l’usage des tubes.

(Dans un autre article il sera bien de parler de ces couleurs et de leur origine minérale ou métallique.)

Toutes ces considérations sont laborieuses et parfois décourageantes à lire, mais elles sont à la base du métier de la peinture et elles sont garantes de la liberté de la poésie et de la création picturale.

R.Dumoux
www.viapictura.com