du Camaïeu au Monochrome

Image à la une : Panneau e Tempera en grisaille de R. Dumoux – 2015 – ©viapictura.com


Dans un article précédent il a été question du coloris et de sa pratique au 15ème siècle.
A cette époque un autre aspect de la couleur a été très pratiqué : le camaïeu, technique très raffinée que l’on nomme aussi grisaille. Dans mon travail (site www.viapictura.com), certains panneaux a tempéra sont ainsi traités.

Dumoux_grisaille« l’Asie » (détail) – Tempera sur panneau en grisaille – 80 x 60 cm – Raymond Dumoux

 Dans ce procédé, il s’agit en règle générale d’utiliser des nuances de blanc, de noir et de dégradés avec parfois des rehauts de couleur.

Cette technique a été employée pour la 1ère fois par Giotto (chapelle des Scrovegni). L’ocre et la terre verte sont les pigments monochromes dominants.

–  Cette technique de grisaille a connu un grand succès aux 14 et 15ème siècle et avec beaucoup d’élégance dans la ligne.
– Alberti dit que dans l’antiquité Polygnote n’utilisait que quatre couleurs et Aglaophon, une seule.
–  La grisaille est utilisée au 15ème dans les Flandres pour simuler les architectures sculptées (les revers de volets des retables) La grisaille prend alors une grande puissance illusionniste.
– Enfin les petits tableaux peints a tempéra de Mantegna sont comme des substituts de reliefs peints et ils rivalisent avec les monochromes perdus de la Grèce antique


L’émergence du monochrome au 20ème siècle.

En peinture le monochrome est continuellement une question sous jacente.

Très présent dans l’histoire de la peinture de l’antiquité à la Renaissance, sous le forme de grisailles, le monochrome se manifeste plus radicalement au 20ème siècle avec l’abstraction qui écarte la figuration.

L’émergence du monochrome est peut être la grande nouveauté du 20ème siècle pour la couleur.
C’est l’abstraction qui en supprimant le sujet, fait de la couleur le thème du tableau.
Chaque monochrome a ses motifs, ses dimensions, sa trame plus ou moins lisse ou visible.

Au 20ème siècle les premiers artistes s’approchant du monochrome furent:

– Casimir Malevitch et son carré blanc sur fond blanc où seule l’inflexion de la touche permet de discerner la contour du carré.

 blanc_carre_malevitchCasimir Malevitch « Carré blanc sur fond blanc »

Rodtchenko qui en 1921 produisit 3 toiles monochromes recouvertes d’une couleur unie. Il va montrer la couleur pure (et ensuite abandonner la peinture).

Autres artistes importants :
Wladislas Strzeminsky. Vers 1928, il il va créer des tableaux unistes (qui répètent des trames et des lignes de façon uniforme) et il est à l’origine d’ un mouvement en Pologne: l’unisme.
– Parmi les œuvres de Miro, il faut citer les monochromes bleus, avec une petite touche de couleur sur un fond immense.

La deuxième partie du 20ème parvient au monochrome véritable et il y a toute une lignée de peintres pour qui le monochrome annonce la fin de la peinture comme lieu de narration.

Ainsi on remarque une simplicité chromatique absolue dans les œuvres de :
Ad Reinhardt, Ryman, Fontana, Yves Klein, Manzoni.

Cette exigence chromatique continuera de préoccuper :

David Simpson créé des carrés recouverts d’une pellicule irridescente du vert au violet.
Caroll se sert de vieux draps qu’il revêt de blanc uniforme
– Ettore Spaletti enduit des colonnes et tableaux en les enduisant de pigments blancs, rose pâle ou bleu pâle… les couleurs du matin.
– En particulier, James Turrell, créé la lumière couleur, c’est à dire des plans de lumière qui donnent l’impression de se trouver devant une surface infranchissable.
Anish Kapoor fait réapparaître la couleur pigment et, par exemple, la couleur bleue reste évocatrice d’expériences spirituelles.

kapoor.thumbnailAnish Kapoor

La couleur pigment du monochrome relève de la poussière, se mélange à la poussière.
La poussière est un thème de réflexion important (à l’opposé des œuvres minimales ou pop à l’aspect aseptisé qui nie la poussière)

En Art il y a une multiplication des monochromes gris.
Outre l’élevage de poussière de Duchamp photographié par Man Ray en 1920, il faut enfin citer les gris illustres de Richter, Brice Marden, Morris, Charlton, A. Martin  ou Artschwager.


Il semble que la voie reste ouverte en peinture pour de nouveaux aspects du monochrome et la figuration expansive et narrative ne me semble pas en contradiction avec l’idée du monochrome.

Dans les deux cas il ne s’agit que de la question de la peinture.

R.Dumoux
www.viapictura.com