L’art et la politique. A propos de Carpaccio

L’art et la « chose publique »… suivi de « à propos de Carpaccio »

Carpaccio, de droite ou de gauche ?

Mantegna, d’extrême droite ?

David, royaliste, révolutionnaire ou simplement exilé à Bruxelles ?

Goya, de gauche ? avec ses tapisseries de style 18ème.

On se pose des questions sur  ces étiquettes contemporaines. Inutilement.

Et finalement on se prend à contempler et à méditer sans fin sur ces œuvres exceptionnelles et intemporelles et le débat sur la « politique » est souvent clos.
Et il faut parler et expliquer ces œuvres.


Carpaccio a peint des tableaux a tempéra comme Mantegna et aussi, des grandes toiles de 5 mètres. Elles relatent l’histoire de Sainte Ursule dans des scènes descriptives et narratives que chacun peut comprendre.

La composition est équilibrée et recherchée; le dessin est naturaliste; le  grand métier de la peinture est parfait. Les scènes sont édifiantes et décrivent des actions religieuses ou bien d’une pensée élevée.

Ste_Ursule_2_CarpaccioLa rencontre avec le Pape – légende de Sainte Ursule – Vittore Carpaccio 1493

                                  

Un exemple de grand tableau a tempéra: « Saint Georges combattant le Dragon » :
C’est un tableau de 1 m 50 x 3 m 60 :

CarpaccioStGDragon

Georges arrive en Cappadoce et dans la ville de Séléné sévit un horrible fléau du à la voracité d’un dragon auquel les habitants devaient chaque jour offrir une victime tiré au sort. Et ce jour le sort était tombé sur la fille du roi Aïa :
Cette dernière fut abandonnée, pour ce sacrifice au dragon, près d’un lac proche de la ville. Georges réussit à blesser le dragon et à le faire prisonnier.

Cette toile est un reflet nostalgique de l’époque de la chevalerie disparue.
A Venise il y avait un goût  très répandu pour les romans français du Roi Arthur du 12 et 13éme siècle et Carpaccio a pu s’inspirer directement de certaines gravures.

Carpaccio peint Saint Georges, car il représente l’archétype du militantisme armé au service de la foi, exemple éminent dans ce monde occidental menacé.


La technique de Carpaccio

L’histoire de Sainte Ursule, par exemple, est peinte sur des grandes toiles de 5 mètres (appelées teleri).
Carpaccio prépare son support à base de plâtre et de colle de peau.
Puis il ébauche à l’aide d’une tempéra mista en couches très minces, qui déjà créent une trame  dense (avant l’exécution finale plus colorée et saturée)

Dans ses grandes toiles comme dans ses panneaux, la structure graphique est très présente. (Par exemple on peut lire en transparence, le dessin complet de St Georges combattant le dragon.) Carpaccio accorde une priorité au dessin qui  va lui permettre de créer sa poétique.
Chaque tableau semble né d’un travail long et patient basé sur des dessins très nombreux.
On note le caractère fondamental de ces dessins comme recherche préliminaire.
On peut penser que le répertoire de Carpaccio est un réservoir de pièces fixes que l’on peut emboîter et distribuer dans de nouvelles structures.
Carpaccio perfectionne une pratique du dessin issue de Bellini en observant les grandes peintures narratives des chantiers.


Où situer ce peintre ?

On pourrait répondre à cela en parlant des sources de Carpaccio.

Ses références sont souvent littéraires et poétiques:
les bas reliefs et ornementations classiques, les inscriptions hébraïques, les sujets de chevalerie et les romans courtois, Pisanello, Boccace, les métamorphoses d’Ovide, les triomphes de Pétrarque, l’astrologie, les livres d’heures.
(lesquels feront sans doute l’objet d’article)

R.Dumoux
www.viapictura.com