L’art et l’argent

Image à la une : La calomnie d’Apelle – Sandro Botticelli


Extrait d’un article de Beaux Arts Magazine à propos de l’argent des artistes :

« Tandis que le prix des œuvres flambe, que les acheteurs sont insatiables et que l’argent coule à flot dans l’art contemporain, on se demande  ce que les artistes font de ce pactole. »

Parfois la réponse est qu’ils collectionnent des œuvres d’art.

(il s’agit de sommes considérables et les exemples sont nombreux, de plus en plus d’ailleurs.)

Bravo pour ces artistes qui voient ainsi leur œuvre collectionnée et protégée par le système.


On peut se questionner au sujet de l’argent dans le monde de l’art.

– Comment est-on arrivé à ce fait que certaines œuvres (qui n’ont rien d’exceptionnel, semble-t-il) parviennent à égaler, sur ce terrain de l’argent et de la conservation, le niveau des grandes œuvres illustres de toute l’histoire de l’art ?

– Pourquoi d’autres œuvres d’artistes confirmés,  sont-elles totalement dépréciées, non vues, cachées ?

– Pourquoi ces œuvres fussent-elles inclassables et de grande qualité se voient ainsi exposées aux pires sévices et peut-être à la destruction finale ?


– Est-ce la valeur-argent qui fait la valeur de l’œuvre?

Je n’apporterai pas de réponse à ces dilemmes : la Providence et le Temps s’en chargeront.

Dans certains cas d’œuvres du passé,  la sauvegarde a été miraculeuse.
Chacun connaît la Tapisserie d’Angers, travail panoramique important.
Ces tapisseries ont survécu, bien qu’à une période de l’histoire, certaines d’entre elles aient servi au rembourrage des bas-flancs dans les écuries de chevaux.

Comment les extraordinaires portraits Égyptiens du Fayoum (Louvre) sont-ils parvenus presque intacts jusqu’à nous après 3000 ans ?

Mais, combien de chef d’œuvres détruits au moment de la querelle iconoclaste ! Combien de retables, d’icônes, de sculptures polychromes et travaillées à l’or ont brûlé sur des bûchers!

Combien de fresques ou sculptures décapitées à la Révolution!

Où sont les toiles de Zeuxis, d’Apelle de Pharasios ?
Que sont devenus ces chefs d’œuvres impérissables que les artistes de la Renaissance ont tenté de recréer à partir des textes des historiens antiques ?

Un exemple célèbre est « la calomnie d’Apelle » de Botticelli : le sujet extraordinaire et insolite de cette œuvre est issu d’une source classique : c’est la description d’un tableau célèbre d’Apelle faite par l’écrivain Lucien, représentant  la Calomnie, tableau disparu.
Tous les personnages  symboliques sont réalisés à partir du texte antique: l’Ignorance, la Fraude, le Soupçon, l’Envie, qui traînent le Calomnié devant le roi Midas pour qu’il soit jugé devant la Pénitence et la Vérité nue.
Botticelli a recréé non seulement les protagonistes de cette action mais aussi les bas-reliefs et et les statues ornant la salle du trône, à partir de la description littéraire de Lucien.

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 Toutes ces questions engendrent la mélancolie sur le Temps qui passe, sur les effets du hasard et la relativité, la fragilité de toute chose.

(Cela fut l’occasion de réaliser dans mon travail une série de tableaux a tempéra inspirés de Chronos. S’y déploient les divinités antiques,  les livres poussiéreux, les racines qui ruinent les architectures, l’accumulation des richesses, le tout dominé par la figure du Temps avec ses ailes et sa faux.. )

En définitive, c’est à nouveau l’esprit des vanités qui apparaît, relativement à la petitesse de notre condition.

Nous sommes soumis aux aléas du hasard si bien que des œuvres actuelles considérées comme médiocres  par certains ont autant de chance de survivre au pinacle de la célébrité et de la valeur d’argent, que le meilleur tableau ou la plus chryséléphantine des sculptures.

Enfin, il est permis de penser que des œuvres superbes mais cachées s’imposent au fil des ans comme majeures et effacent le souvenir de ce qui est maintenant adulé.

R.Dumoux
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