La couleur dans l’art chinois

(Cet article se rapporte à une suite de  publications précédentes au sujet de la couleur dans l’art.)

          Telle  bannière chinoise de soie peinte est significative de la signification de la couleur dans l’art chinois. Les couleurs en présence sont :
la première couleur est le noir  (le yin). C’est le noir de calcination de la résine du pin qui est lié à de la colle.
les autres couleurs sont le rouge vermillon, le bleu indigo, l’ocre rouge, le jaune gomme-gutte, le blanc d’huître et de la poudre d’argent.

Ces couleurs exaltent la vitalité, les forces d’un univers fondé sur l’alternance des principes complémentaires :
le sombre ou Yin et l’éclatant ou Yang. L’ombre et la lumière.

502px-Chou_Fang_001-copie-1Femmes jouant au double sixes, par Zhou Fang (730-800 Av. J.-C.), Chine.

« Yin  et Yang n’existent que que l’un par l’autre, l’un dans l’autre. »

Le Rouge (le Yang) et le Noir (Yin) exaltent les vitalités.
Des laques découvertes par centaines du temps des Han, des objets du quotidien, liés au banquet, au jeu ou à la toilette opposent et associent le Noir (Yin) et le rouge (Yang)
De même les peintures murales des tombes des Han opposent et réunissent les époux dans des scènes de banquet. La femme est vêtue de noir (le yin, l’ombre) et l’homme de rouge (le yang, la lumière).
En général le noir est réservé à la vie quotidienne et le rouge est attribué aux divinités et êtres extraordinaires  du monde d’en haut.
Rouge et noir profond, assemblés forment une couleur sombre le Xuan.
Cette couleur sombre désigne l’origine du monde : son opposé est la terre de couleur jaune.


Dans l’art chinois des correspondances sont établies entre les 4 saisons et la saison du cœur de l’été, entre les points cardinaux et le centre, les couleurs, les odeurs, les saveurs, les astres et les planètes, les parties du corps humain, les qualités et les sentiments.


Un principe cosmique des correspondances est permanent dans l’art chinois.

C’est pourquoi 5 couleurs servent à peindre :

– Hei, le noir convient à l’hiver

– Chi le rouge couleur du cinabre convient à l’été ( la couleur du feu)

Bai, le blanc convient à l’automne.

Huang, le jaune se rapporte à toute saison intermédiaire.

– Qing, le bleu vert, c’est le printemps : c’est la couleur de la nature, du ciel azuré, de la mer, et de la montagne au loin. Gamme chromatique large du glauque verdâtre au bleu acier.

 Ces couleurs ont un usage déterminé : le jaune clair est réservé à l’empereur et aussi le bleu ciel, le rouge et le blanc.

Au début du 15ème les Ming aménagent la Cité Interdite pourpre. Son plan repose sur les 5 éléments :

Bleu vert pour l’est
Blanc pour l’ouest
Terre noire pour le Nord
Terre rouge pour le sud
Terre jaune au centre

De même on se conforme à le théorie des 5 éléments dans les tuiles et éléments décoratifs en terre cuite.


L’art chinois valorise les matériaux et les métaux de base, produits du cosmos, envisagés dans leurs transformations.
– Le plus important est le Cinabre, sulfure de mercure dont la préparation est la quête des alchimistes chinois. Par le feu le cinabre se transforme en mercure et à nouveau en cinabre, du rouge au blanc et inversement.
Le cinabre est utilisé dans les fonds des laques et il évoque la fortune heureuse, la joie et le mariage.

– On travaille les métaux, le bronze et l’or qui est symbole de perfection : le corps du bouddha est en or ou recouvert de feuilles d’or, au delà de toutes les couleurs..
L’or assure la longue vie : la vaisselle de l’empereur est en or.

– Les bronzes séduisent surtout par les variations possibles des couleurs. on est séduit par les patines dues aux réactions du métal aux sels minéraux du sol : cette patine peut être rouge, verte ou bleue.

– Enfin le Jade a une grande importance pour l’art chinois. C’est une pierre noble, magique et religieuse. C’est la pierre de l’immortalité et elle attire par ses formes, par sa sonorité, par la sensualité de sa texture et de ses couleurs. Sa coloration varie selon les éléments du sol qui l’entoure et elle peut être modifiée par l’eau.
(L’âge d’or du Jade est sous les Qing et on met en valeur les marbrures, on accentue les couleurs, on les traite en chauffant ou bien on leur incruste des paillettes de cuivre.)

774px-Ch-iu_Ying_001Un matin d’automne dans le palais Han, par le peintre Qiu Ying, sous la dynastie Ming.

L’art chinois de la couleur va essayer de reproduire les teintes variables du jade.
La peinture classique va suivre ce chemin et évoquer le Yin et le Yang avec l’art du cinabre et du bleu-vert tels qu’on peut le rencontrer dans certain paysages.
La perspective est exprimée par des dégradés du vert au bleu..
On oppose des paysages très colorés à des paysages aux couleurs douces ou monochromes à l’encre. Il faut dire que les peintres chinois ont exploré toutes les vertus colorées de l’encre et toutes ses nuances de matière. Ils pratiquent la technique du dégradé opposée à la manière de l’encre qui coule en masse colorée profonde.
Encrage violent ou lavis légers, c’est une grande tradition lettrée de la peinture, à méditer.

chao_g001Paysage par Zhao MengFu (1254-1322)

Ces diverses considérations sur la couleur dans l’art chinois et sa pratique sont très parlantes et incitent le peintre à la méditation sur la matière et le corps de la couleur liée au cosmos et aux significations symboliques.

R.Dumoux
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