Art et Argent. Réponse

Extrait d’un commentaire sur l’article  » l’art et l’argent » du blog viapictura :

« je faisais des recherches sommaires sur les descriptions d’œuvres perdues d’Apelle, et je suis tombée sur votre blog. Peut-être n’attendiez vous pas de réponses à cet article, mais j’ai bien envie de réagir. Je pense comme vous que, en effet, les différentes crises, qu’elles fussent culturelles, politiques ou sociales, ont fait des ravages dans l’histoire de l’art. Comme vous le soulignez très justement, « Où sont les toiles de Zeuxis, d’Apelle de Pharasios? » Je vis à Bordeaux, et lorsque cette ville a reçu des fonds importants pour être restaurée, beaucoup ont polémiqué en critiquant que l’argent partait dans des choses inutiles et qu’il valait mieux le consacrer à des logements sociaux par exemple. Mais il me semble que la défense du patrimoine culturel est quelque chose de vital. Nous n’avons pas à laisser péricliter une œuvre avec pour argument que c’est une dépense inutile. L’art fait partie de notre histoire autant que les textes littéraires, que les discours politiques. Autant que l’Histoire. Détruire une œuvre n’arrangera pas les problèmes, mais les protéger peut nous permettre de nous souvenir de notre passé, de ces différents courants de pensées qui se sont entrecroisé au cour des siècles. L’art est un témoignage historique très important et dans quelques années, je suis sûre qu’un Historien de l’art, sociologue de l’art ou autre analysera les cours du marché de l’art bien plus objectivement que nous aujourd’hui et expliquera (peut-être) ce phénomène. »

En réponse à ce commentaire :

Après relecture de mon article du blog viapictura, à propos de l’art et l’argent, je suis étonné de constater une incompréhension de mon texte.
Cette allusion à « mon adhésion implicite à la destruction ou à la non protection du patrimoine » n’a pas de sens pour moi  et ne ressemble en rien à mon travail  (bien sûr, passé sous silence ici)
Cela en fait constitue pour moi une méprise. D’autant que je suis un conservateur et un collectionneur, un compilateur impénitent.
Tout mon travail est axé sur cette recherche de la transmission, de la protection d’une connaissance et de la valorisation d’un patrimoine.
Il suffit pour cela d’ouvrir une page du site viapictura .

                          Inutile de polémiquer. Les œuvres existent.

                          Certaines sont très protégées d’autres ne le sont pas, qu’il s’agisse de chefs d’œuvre ou de productions « moyennes ». (Je n’ai pas exprimé d’opinion sur des œuvres mal considérées parfois.)

                         Le sens de cet article était de montrer que l’œuvre d’art quel que soit son âge, son volume ou sa qualité, est menacée de par la nature des choses.
C’est une simple constatation contre laquelle nous luttons  dans la mesure de nos moyens.

                         D’autres exemples peuvent animer cette réflexion:

                        – Les Bouddhas de Bandama ont résisté à une nouvelle explosion.
Il y a déjà 7 ans les talibans ont détruit en partie ces colossales et merveilleuses statues de bouddha. Une perte immense pour le patrimoine de l’humanité et que l’on essaie de consolider en rassemblent les débris des statues ( pour essayer de les reconstituer) et en protégeant les admirables et immenses fresques qui ornent les niches abritant les bouddhas.
Nouvel incident sans gravité cependant : à l’occasion d’une opération de neutralisation d’obus, les troupes de l’OTAN ont fait exploser 2 obus près de la plus petite des statues. Heureusement on a assuré qu’aucun dégât n’a été causé à ces chefs d’œuvre.
Cet exemple prouve la « fragilité » des monuments les plus imposants et nous demande de rester vigilants.

                       – Autre exemple pris dans l’art actuel et relatif au sculpteur Richard Serra.
Le musée Reina Sofia de Madrid a tout simplement perdu une œuvre de Serra : il s’agit d’une œuvre énorme de plusieurs tonnes, acquise à grand prix .
L’œuvre est portée disparue !
Autre œuvre de Serra touchée : « Title Arc »  à New York, pièce de 4 mètres x 36 de long, est déplacée et découpée en morceaux et disparaît définitivement.

                      – Récemment, des voleurs de métaux ont opéré dans le midi pour démolir et faire disparaître des statues imposantes de Kiefer.

Tout cela est l’indice de la fragilité de notre condition et de nos constructions.
Telle est la signification de l’article « art et politique » commenté par ce lecteur.
(Autre exemple de fragilité :  dans mon travail, les  35 toiles de 5 mètres x 3 mètres du Pictorama  sont  menacées de destruction par les poussières, les entassements , les rats et autres avaries, si rien ni personne ne s’en préoccupe !)

Avec cette idée de la fatalité qui cause la disparition de certaines œuvres d’art, nous sommes très loin, à l’opposé, des affirmations erronées de ce lecteur.

R.Dumoux
www.viapictura.com