Arcimboldo : créations composées et « grilli »

Dans l’article précédent, il était question des sources d’inspiration d’Arcimboldo et en particulier de son rapport avec la tradition léonardesque. Cette création de figures fantastiques est un motif récurent de la Renaissance et toutes ces formes composées sont considérées sous le nom de Grilli.

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 Le terme de Grilli apparaît dans l’histoire naturelle de Pline pour désigner des représentations humoristiques. Ce mot désigne les figurations composées connues depuis l’antiquité : on les trouve sur des bijoux anciens sur des gemmes et camées ornées de formes humaines, animales ou monstrueuses.
Certains grilli peuvent être réversibles et avoir deux sens.
On (Baltrusaîtis) a pu retracer le parcours des Grilli de l’antiquité au Moyen Age.

              Il est probable qu’Arcimboldo s’inspira des représentations antiques qu’il pouvait voir dans les collections de la Schatzkammer de l’empereur qui était grand collectionneur de gemmes, camées et autres curiosités..
Il va s’inspirer par exemple d’éléments empruntés à des animaux pour figurer un satyre ou utiliser des phallus accumulés.

            On pense là, à Silène qui dans le banquet de Platon est une créature hideuse, cachant en elle quelque chose de splendide. C’est l’idée d’une plaisanterie sérieuse, concept fondamental de la Renaissance. On retrouve cela chez Rabelais et Érasme, la plaisanterie fusionnant avec le sérieux s’exprime dans les Têtes composées..
Certaines représentations ont des antécédents scabreux parfois, proches des Grilli.

           Avec toutes ces sources d’inspiration, Arcimboldo fit sien le concept de Têtes composées et le développa de façon personnelle.
Il reprend l’idée d’utiliser des animaux stylisés mais il se base sur des études précises de la nature, ce qui fait son originalité et sa contribution à la recherche et analyse naturaliste des animaux ou des plantes, en cours à cette époque.

            Et ce qui fascine chez Arcimboldo, c’est sa créativité, son invention, sans cesse renouvelée de formes de Têtes composées, sur un support d’analyses naturalistes.

N.B.
Le mot de Gryllus est appliqué par Pline au travail du peintre gréco-égyptien ANTIPHYLLOS.
C’est ce peintre qui a créé un personnage appelé gryllus dont l’accoutrement était ridicule. (c’est aussi la référence au porc et au travestissement de l’homme en cochon.)
Dans le sillage de la glyptique antique se multiplient des figures hétérogènes qui connaissent un grand succès à partir du 13ème et que l’on retrouve chez Bosch.

        Dans la tradition grecque et romaine le gryllus se trouve identifié (comme les grotesques) aux monstres et chimères et à toutes les choses vaines et futiles produites par l’imagination et le rêve.( Lesquelles chimères sont des figures nées de l’imagination lorsque l’on observe les nuages ou les taches.)

         Ainsi on a aussi vu dans les sources d’inspiration d’Arcimboldo, l’observation des taches. Les maggia sont un thème d’origine antique cher à Léonard.
On peut noter l’importance des taches comme source d’invention: Arcimboldo a dit qu’il réalise ses compositions « in grossa maggia », c’est à dire sous forme d’improvisation, de rapidité d’exécution et d’improvisation.

R.Dumoux
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