A propos de Biographie

Image à la une : Dessin faisant partie des 2000 dessins – 1963 – R. Dumoux ©viapictura.com

 

A propos de Biographie artistique. Max Ernst
Notes en vue d’une autobiographie. Éléments divers.

– Une biographie peut  comporter  une simple chronologie d’événements, de la naissance à la mort, avec les dates des activités importantes et les éléments marquants de la vie.
– Il est possible aussi d’utiliser la chronologie des créations d’un artiste : à chaque date correspond un travail particulier et sa description, son contenu.
– Divers articles d’une publication peuvent être des éléments constituants d’une biographie.
– Des notes très diverses, des anecdotes relevées ici ou là à l’occasion d’événements, des souvenirs peuvent également alimenter une biographie. De même des dessins, croquis rapides sont comme des souvenirs, comme des témoins d’un moment qui expriment une caractéristique particulière à un moment.
– Des extraits de courrier, des passages de lettres envoyées peuvent être cités dans une biographie. Également des textes d’autres personnes.. relativement à une réalisation de l’auteur ou bien en réaction à ses écrits par exemple..
– Tous ces exemples sont des reflets, des miroirs d’une personnalité et de son évolution selon les moments et les lieux où la personne a vécu. Ils permettent de créer, d’examiner en profondeur et de donner tout son sens à une vie et à une œuvre.

Il s’agit là d’un programme qui peut être mis en œuvre pour constituer une autobiographie.

dess4gDessin (série des 2000 dessins) – 1963 – Raymond Dumoux – ©viapictura.com


A  titre d’exemple aussi , il est intéressant  de s’intéresser à des biographies d’artistes ou d’écrivains. L’autobiographie de Max Ernst mérite qu’on s’y attarde.
Très tôt Max Ernst va commenter sa vie, sa création et ainsi faire sa biographie.

Tous les artistes usent de cette façon de rédiger de courtes notes qui seront publiées dans des catalogues.

    Les notes de Max Ernst sont autre chose qu’une simple énumération de la naissance à la mort.
Ernst va réunir ses souvenirs d’enfance, les associations qu’il utilise et les réflexions liées à sa pratique artistique. Ce sont de courtes notes, de courts énoncés parfois elliptiques.
Ces notes au même titre que l’œuvre peuvent être considérées comme une contribution à la représentation de l’artiste par lui même.
Ernst présente aussi ses expositions et des commentaires à leurs sujet.
Seuls les événements de sa vie privée, bien que cités, restent très discrets  comme entre parenthèse.

3 grands axes se dégagent de l’ensemble de la recherche biographique de Max Ernst :

– ses souvenirs d’enfance
– la description de son processus de création artistique.
– la période des deux guerres mondiales et particulier de la seconde.

Ernst avait beaucoup lu : Goethe, Novalis, Holderlin, Poe, Blake, Baudelaire ou Rimbaud. Il s’est intéressé beaucoup à l’art médiéval comme à la psychologie ou à la psychiatrie, à Freud, comme à des lectures séditieuses, non orthodoxes et il se tourne vers la peinture (considérée alors comme futile) . .
A cause de tout cela, Ernst souligne la diversité de sa recherche, son ouverture d’esprit dans ses « notes pour une biographie ». Il insiste sur le fait qu’il n’a pas eu de mentor et se présente comme un esprit indépendant, tout en faisant état de sa culture et de ses références : Bosch, Goya, Breughel, Van Gogh, Kandinsky Delaunay ou Gaspard David Friedrich.
Il va constituer son propre groupe Dada et dans un esprit d’ouverture intellectuelle, il montre qu’il appuie son travail sur un large socle d’études universelles.

    Le travail d’Ernst, ses notes pour une biographie s’inscrit dans la lignée des biographies célèbres de l’histoire.
Ce travail d’écriture biographique va lui permettre d’exprimer la conception qu’il a de lui-même : il transcrit un projet du moi qu’il propose comme la réalité.
Pétrarque est considéré comme le premier auteur d’une biographie et en peinture c’est Lorenzo Ghiberti..
C’est à ce moment l’apparition du moi, d’une pensée du moi, avec le relâchement des liens au système religieux.
A la Renaissance c’est le phénomène individu qui apparaît. Et avec la modernité, c’est de plus en plus la poursuite de l’écriture du moi, qui va dessiner un individu au continu cohérent.

dess3Serie1gDessin  – 1979 – Raymond Dumoux – ©viapictura.com

Ernst fait allusion à la biographie de Goethe et s’y réfère: à ses notes il donne le sous-titre de tissu de Vérité. pour Goethe le titre était » Tissu de mensonge, Poésie et Vérité ».

  L’œuvrede Goethe est un modèle et impose un modèle de vie.
Comme Goethe, Il part de sa date, de l’heure et du lieu de sa naissance. (Il montre Cologne.) Aîné d’une nombreuse famille, il décrit les problèmes et conflits de cette situation.

    Pour Goethe l’autobiographie montre une continuité entre le moi et le monde, entre l’intérieur et l’extérieur.
Chez Max Ernst il y a au contraire une discontinuité et une apparente incohérence. (Et il parle de lui à la 3éme personne)

        Avec Goethe le moi est au centre de la biographie  alors que pour Ernst le moi est l’objet de récits et d’événements disparates. C’est une structure non linéaire, un tissu. C’est pourquoi il donne à sa biographie. le sous titre »Tissu de Vérités, tissu de Mensonges ».

Cette image de tissu est celle des croisements organiques et de tout ce qui fait l’identité d’un homme.
Ernst souligne la relation organique qui lie sa vie et son oeuvre.

 Dans cet article se trouvent mises en évidence les recherches de base qui peuvent s’imposer pour mettre en place un récit biographique.

N.B. (Un prochain article permettra de mieux aborder le contenu, les thèmes et le sens de la biographie de Max Ernst.)

dess5Serie7gDessin  – 2001 – Raymond Dumoux – ©viapictura.com
R. Dumoux