La technique de la Grisaille

Image à la une : « l’Asie » (détail) – Tempera sur panneau en grisaille – 80 x 60 cm – R. Dumoux ©viapictura

 

Cet article est un complément, un additif à un texte déjà publié à propos du Monochrome.

Cela sera aussi l’occasion de présenter certains de mes  panneaux a tempéra.


Le terme de grisaille n’apparaît qu’au 17ème siècle dans une lettre de Peiresc à Rubens. Mais la technique est utilisée depuis longtemps et en particulier depuis le 15éme siècle.

Sur les volets de triptyques, des figures de saints sont peintes en grisaille et sont parfois des chefs d’œuvre de perfection de lumière et de dessin, comme les grisailles de Grünewald, du maître de Moulins ou de Hugo van der Goes.
Ces grisailles sont aussi comme des imitations de sculptures avec leur couleur de pierre ou de bronze : elles sont des trompe-l’œil dans la lignée de Zeuxis.

– Outre la réalisation de triptyques et retables le procédé de la grisaille sert parfois d’esquisse préparatoire. Cela apparaît avec Rubens.
Il s’agit là d’une 1ère pensée, d’un jet spontané..
Particulièrement aux 17 et 18ème siècles, les grisailles sont des esquisses à l’huile, préparatoires pour de grands tableaux. A la manière des Modelli ou des Bozetti.
(Une différence : les Modelli sont déjà très aboutis alors que les Bozetti restent à l’état d’ébauche comme des croquis enlevés dans le style de Rubens.)

– Autre utilisation des Grisailles : elles sont aussi des 1ères pensées pour des gravures.
Dans la seconde moitié du 17ème on publie des thèses et il faut des frontispices : il s’agit d’une dédicace sous forme d’allégorie (de l’auteur à son protecteur).
Le projet pour créer une  gravure de frontispice est réalisé en grisaille par un peintre.
C’est pourquoi les grisailles préparatoires aux gravures sont toujours plus travaillées et méticuleuses. et ont un aspect de gravure.

Dans la vie sociale et culturelle des villes universitaires, les soutenances de thèses occupent une place importante.  Comme une affiche elles présentent une image ornée d’illustrations dont les dimensions varient de 80 cm à 1 mètre.
Par exemple Le Brun, assura sa réputation par le biais des frontispices des thèses.
Ses peintures étant ensuite gravées pour la thèse.

Mais aussi au 17ème siècle certains artistes  travaillent la grisaille pour elle-même.
Par exemple Adrien van de Venne peint de petits tableaux sur bois illustrant des Proverbes.
C’est surtout à partir du 19ème que les attraits de la grisaille et du camaïeu sont très appréciés et utilisés.
Carpeaux, Daumier (Don Quichotte) ou encore Gustave Moreau (Diomède) utiliseront le procédé de la grisaille pour lui-même.

Au 20ème siècle cet attrait pour la grisaille ou le camaïeu se poursuit dans la pratique du monochrome qui a une importance essentielle dans l’art moderne et  contemporain, de Rodtchenko à Yves Klein.

R.Dumoux
www.viapictura.com

dumoux-grisaille1Détail d’un panneau décoratif – Tempera sur panneau en grisaille – 120 x 30 cm – R. Dumoux ©viapictura