Le Rêve (art. 3), conception au Moyen Age

Image à la une : Le rêve de Nicodème (© Bibliothèque municipale de Mâcon, ms. 3, f. 222)

 

Deux grandes traditions construisent la pensée de l’Occident : la judaïque et la gréco-romaine.
Après l’antiquité, au cours du 1er millénaire, les théories du rêve se construisent à partir des traditions judaïques et gréco-romaines.
Les Saints, les Martyrs, les moines correspondent aux héros rêveurs de l’antiquité.
Mais l’Europe va trouver des accents autonomes et originaux. Une vision différente du monde s’impose dans tous les secteurs de l’activité humaine y compris dans les interprétations oniriques.

– De nombreuses causes sont attribuées aux rêves :
– le vécu de l’homme : ses émotions préoccupations, souvenirs et désirs, ses sensations corporelles.
– On accorde beaucoup d’importance à la médecine.
– Également il y a l’intervention de Dieu (annonces, conseils, prédictions, visions.)
Et aussi la présence du Diable (tentations, tromperies, fantaisies)

– Les rêves sont véridiques, mais il faut identifier leur source divine ou diabolique.
Ces enquêtes sur les rêves sont en rapport avec la philosophie et la théologie des pères de l’église de St Augustin à St Thomas. Grâce à cela, le fidèle est conseillé.
Dès le 4ème siècle avec Constantin avec la nouvelle foi officielle (qui a supprimé la divination), émerge un caractère typique du rêve lié à la liberté individuelle.
C’est l’entrée officielle du quotidien dans le monde du Rêve.
Les médiateurs pour ces rêves sont les saints et les martyrs. Les rêves de conversion ont une grande importance.

Exemple de rêve dans la Légende Dorée. (célèbre manuscrit de Jacques de Voragine 13ème siècle à Génova, dont un volume merveilleusement enluminé constitue le Trésor de Mâcon (France) :

Le navire fut renversé et tous les sarrasins engloutis. Un des infidèles cependant  a survécu et demande sa protection à St Marc.
Soudain un beau jeune homme le tire des ondes. Mais arrivé à Alexandrie, ce sarrasin infidèle se montre ingrat envers St Marc.
Aussi St Marc lui apparaît en rêve et lui reproche son ingratitude. Ensuite le Sarrasin se rend à Venise et il y reçoit le baptême. Il eut la Foi et ainsi acheva sa vie dans les bonnes œuvres.

Mais dans les Rêves Satan réclame sa part. Les parties obscures de soi dans les rêves sont attribuées au Malin. Les cauchemars sont considérés comme des manifestations démoniaques.

Le fantastique et le Symbolique sont aussi un élément de l’imaginaire collectif dans les rêves.

Dans l’architecture des Rêves, il y a au moyen âge un aspect visionnaire et symbolique qui atteint ses sommets dans la Divine Comédie.
Dans les Fiorettis de St François d’Assise, il y a des leçons de morale mais aussi le sens du merveilleux comme des suggestions pour les représentations théâtrales des fêtes religieuses.

La Renaissance jusqu’au 19ème siècle verra une modification une évolution de la conception du rêve vers une vision plus personnalisée et plus tournée vers la psychologie du rêveur.

R. Dumoux
www.viapictura.com