Ingres (art. 1)

Image à la une : « Romulus et les armes d’Acron » J.-A.-D. Ingres
Jean Dominique Ingres  est sans doute le plus grand maître de la peinture française. Il fut célébré par Puvis de Chavanes, Degas, Renoir, Picasso, Matisse ou Martial Raysse.

Le Louvre qui posséde 33 tableaux d’Ingres  va acquérir un autre portrait : celui du comte Molé. Il y eut une exposition importante à Montauban montrant 40 toiles d’Ingres et 150 oeuvres d’autres artistes qui s’en inspirent de diverses façons.

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« portrait du comte Molé » Par Ingres

 
On n’en finit pas d’évoquer Ingres. Comme une inépuisable référence.
Né en 1780, il avait de grandes dispositions pour le dessin et il sera à l’académie de Toulouse puis dans l’atelier de David et fréquente Gros, Girodet ou Granet.
Il sera prix de Rome et y séjournera dès 1806.

Ingres entend se nourrir des œuvres des Anciens pour créer quelque chose de nouveau.
Il copie et étudie beaucoup mettant en place un répertoire de formes. Il est dominé par un amour éperdu pour Raphaël dont il voudrait égaler le dessin. Il est aussi marqué par Poussin et étudie l’iconographie des vases grecs, le Moyen Age, Byzance, le Trecento ou le quattrocento italien.


Son goût pour le nu se développe à partir de 1808 et il va mettre en scène la Beauté. Ce sera alors  les Odalisques et en particulier la Grande Odalisque de 1814. Mais Ingres varie les genres et se tourne aussi vers le portrait et les commandes.
D’autre part il excelle dans les toiles de petites dimensions qui peuvent apparaître romantiques (Roger et Angélique) ou oniriques (le Songe d’Ossian)
L’ambition d’Ingres est d’être reconnu comme peintre d’histoire.
Il va réaliser l’apothéose d’Homère pour le plafond du Louvre. Et pour la cathédrale d’Autun il compose le Martyre de St Symphorien.

– Ingres part pour  Rome où il prend la direction de la Villa Médicis. Son travail prend un aspect plus classique et il approfondit le thème du nu.
A ce moment là il va constituer un incroyable corpus graphique  puisé dans les antiques grecs.
Les plus admirables innovations seront alors dans le nu et en particulier avec la Source et aussi le Bain Turc.
Tout cela lui vaudra de grands honneurs, la présence à l’exposition universelle de 1855 et sa nomination en qualité de sénateur.
Mais surtout Ingres se voulait révolutionnaire  tout en ne cessant de se réclamer de l’art classique.
Baudelaire n’était pas insensible à sa peinture même s’il préférait Delacroix. Mais il pensait qu’il manquait d’imagination et devenait ainsi un précurseur du réalisme.
Amaury Duval dira que Ingres est réaliste à la manière De Masaccio, Michel Ange et Raphaël. Il créait une synthèse en réconciliant le style avec la nature et a compris que idéal et réel ne sont qu’un même fleuve.


INGRES Peintre d’Histoire. Il a un amour emphatique de l’antiquité et de la tradition. Il est une figure de la peinture française avec Poussin ou David et il fut vivement contesté et admiré.
Il fut réactionnaire dans un siècle d’accélération : il plaçait l’antique au dessus de tout et vénérait les maîtres, Raphael, Poussin..
Cette posture explique le classicisme et le purisme de la ligne tendue du dessin (la probité de l’art).
Ingres ne cesse de s’élever contre la tradition coloriste dont Rubens est le maître et Delacroix le prophète.

Tout cela manifeste le conformisme chez Ingres. Et il adhère ainsi à la Hiérarchie des genres mais réserve la primauté à la peinture d’histoire.


C’est cette grande liberté découverte chez Ingres qui est énigmatique et qui apporte un souffle d’originalité. Baudelaire était très sensible à la bizarrerie de l’art d’Ingres. Un art plein de contradiction qui faisait cohabiter la minutie du détail réaliste avec l’idéalisation et les attraits de l’antiquité.

L’art d’Ingres est marqué d’étrangeté : il s’adonne à l’antique et aux citations mais d’autre part, il pratique l’allongement des corps, les déformations et les déhanchements et parfois ces caractéristiques s’exagèrent.
Ainsi à partir de 1806, Ingres peint des tableaux d’histoire singuliers : tels sont « Œdipe et le Sphinx » ou « Jupiter et Thétis » ou « Romulus et les armes d’Acron » magnifique toile. Ingres qui manifeste une grande dévotion pour l’antiquité,  est obsédé par les contours  et l’archaïsme .
Les sources d’Ingres sont aussi variées: du Néo- Grec il s’intéresse à Mantegna  ou à Masaccio comme  aux primitifs et c’est pourquoi il est traité de gothique revenant à l’enfance de l’art.

A partir de toutes ces données de cette richesse de sources il arrive que Ingres peigne des tableaux d’histoire étranges. Lesquels auront une grande prospérité plus tard chez les modernes.
Par exemple « le songe d’Ossian » C’est un climat lunaire avec un barde gaélique qui est le signe de poésie et d’anti-classicisme.
Puis Ingres s’inspire de Dante avec Paolo et Francesca et Roger et Angélique qui présente les mêmes déformations .
Roger et Andélique inspirés de l’Arioste mettent en scène des corps fascinants, le visage renversé et le physique désarticulé.
Cet anti-classicisme va inspirer plus tard Degas, Seurat Whistler et les modernes.

R.Dumoux
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