Le papier

Image à la une : Mine de plomb et incisions sur papier – R. Dumoux – ©viapictura.com

 

Le dessin est une pratique quotidienne et le support que j’utilise le plus souvent est le papier. J’ai toujours accordé une grande importance à ces pages du quotidien en dimensions et matières très variables.

Papier pelure, papier calque, papier Rives Arches ou de Richard de Bas ou bien simplement papier Craft ou papier de nappe en grandes dimensions et divers papiers de couleur… sont depuis toujours les pages libres pour mes  projections, rêves, premières pensées, copies ou  dessins automatiques… Le papier invite à l’aventure, au rêve.

– Le papier est né en Chine il y a plus de 2000 ans. Pendant 1000 ans il reste le monopole du monde Bouddhiste.
L’Islam s’en empare à Samarkand  au VIIIéme siècle. Le secret de la fabrication du papier sera tenu secret pendant 500 ans jusqu’à la chute des Abassides.
Alors le papier va aborder les côtes d’Italie au XIIIéme siècle. Il se développera en Europe et au XVIéme et il devient l’instrument de la Renaissance occidentale pour l’écriture et les arts figuratifs. Tout cela se produit en Europe après les lentes préparations artisanales du parchemin. Ce papier sera alors produit dans des moulins spécialisés et il est devenu le 1er produit de consommation de masse, substance fondamentale de notre culture.
Le papier est espace de conception, laboratoire secret. Il appelle notre écriture notre dessein (dessin) notre pensée. Le papier stimule nos neurones…. Tous les papiers sont la page blanche où nous allons écrire notre vie.

– Mais aujourd’hui qu’en est-il ?

La révolution numérique remet en cause pour la 1ère fois depuis 500 ans le pouvoir du papier, support exclusif de l’écrit, de l’image et de la transmission.
Cependant nous n’avons jamais autant consommé de papier que depuis que nous sommes dans l’ère informatique et du silicium.
Le papier demeure l’auxiliaire de nos écrans même s’il ne gouverne pas tout, il est l’auxiliaire indispensable..
On sent bien sûr qu’il nous rattache au passé, à la tradition, en raison de ces nouveaux supports pour faire circuler textes et images à la vitesse de la lumière.
Avec nos écrans naissent peut être les nouvelles formes de création de l’art numérique.
Cependant l’ère du papier c’est la lenteur, la réflexion, la rêverie, la plaisir  et le temps de regarder et de lire.
Il faut un mois pour lire un livre alors que l’ordinateur va le lire et le transmettre des milliers de fois plus vite. Le papier nous accorde le luxe de ne percevoir que quelques images par seconde.
Nous ne pouvons suivre la vitesse du numérique ni la vitesse de création ou de transmission, c’est pourquoi le papier continue de vivre avec nous  car il correspond à notre rythme biologique.
Avec le papier nous prenons le temps, nous rêvons la page blanche de notre vie, qui va se réaliser. Nous prenons le temps d’élaborer lentement une œuvre avant de la transmettre, ce qui est le propre de l’art. Cela nous le devons au papier, à nos livres, à ce que nous dessinons, écrivons, rêvons.

N. B.
Le papier nous accompagne à chaque instant et nous permet toutes sortes d’expériences grâce aussi à la variété des supports qu’il nous propose. Le papier est une passion commune au dessinateur et à l’écrivain… les petits papiers s’écrivent et se transmettent. Ils sont décorés, vivants, chaleureux, et bien réels, ils nous aident à vivre Les papiers  sont découpés collés fragmentés.. on met bout à bout des feuilles, on utilise des feuilles de 10 m de long. On superpose des papiers transparents vierges ou écrits et dessinés.

On peut regrouper 100 ou mille de mes dessins  et en tirer des variations infinies. C’est un cosmos qui bouge, se transforme se récréé en permanence. Lorsque je dessine une figure, si les jambes ne tiennent pas j’ajoute une bande papier et ensuite je l’encolle sur un panneau pour le peindre. Je colle aussi des éléments divers, textes articles de journaux photos  dessins sur une grande surface et une composition apparait… une narration particulière une histoire tout à fait nouvelle. 
Juxtaposer Découper Coller Superposer et encore Retoucher Rajouter. On peut penser là à la pratique des écrivains à leurs brouillons, à toutes ces manipulations de papiers de fragments de papiers juxtaposés, épinglés, fragments cousus avec des ajouts des corrections.
(Les paperolles de Proust sont un célèbre exemple de ces couper coller.)
Je pense et réalise concrétise tout cela dans mes accumulations de papiers quotidiens dans lesquelles je recueille chaque jour des noms, des textes, des dessins, de personnages, de compositions, des objets, des figures très classiques, hétéroclites, fantastiques, bizarres, religieuses ou très païennes.

Bref, tout ce que j’ai nommé dans un autre article de ce blog comme étant un véritable cosmos où tout vient se télescoper  dans un immense désordre  qui va s’organiser  se bousculer pour se réorganiser et créer de nouvelles pensées… une Pensée.

R.Dumoux
www.viapictura.com