Les images d’Épinal

Image à la une : « Saint Louis » – Détail – Tempera sur toile – 500 cm x 300 cm – R. Dumoux – © viapictura.com

L’ensemble de mon travail se rapporte à l’image , à l’image inspirée qui réconforte et qui, facile à lire, ne déroute pas le voyageur mais au contraire l’encourage à poursuivre sa voie vers plus de vérité dans un sens de beauté et de vérité.. Du moins, c’est la tentative, le sens de mon projet, dans la réalisation permanente de mon travail.
Très librement, je m’inspire de l’histoire de la peinture, comme par exemple de toutes ces toiles que Diderot a loué dans les chroniques de ses Ateliers . Mais aussi je porte un grand intérêt aux chefs d’œuvre de l’enluminure et des miniatures des manuscrits médiévaux comme à ces images du musée du Topkapi ou de la peinture Moghole.

Également je découvre l’imagerie d’Épinal, les imagiers et c’est l’objet du présent article.
Après les livres d’heures et les enluminures des manuscrits, depuis le XVIéme siècle on produit des images sur des feuilles volantes à Paris et en province. Puis à partir du XVIIIéme et surtout au XIXéme le images produites à Epinal sont si connues que toutes ces images produites sont appelées images d’Épinal.

– Histoire d’Épinal. La ville est fondée au Xéme siècle par l’évêque de Metz autour de l’abbaye : c’est alors une ville en Lorraine, devenue Française en 1766 par son rattachement à la France.
C’est une petite ville florissante. sous la protection de St Maurice . Elle vit de commerce, de l’imprimerie , du blanchiment des toiles et surtout de moulins à blé et à papier. Les moulins à papier sont implantés depuis le XVéme siècle et ils fabriquent du papier chiffon qui est aussi exporté.

– Les premières images :
– 1 – Les cartes à jouer. Fin XVIéme, on encourage la fabrication des cartes à jouer. en employant le papier produit à Epinal. Et puis il y a un cartier venu de Liège et à sa suite toute une lignée de cartiers. Jean Emau et ensuite Didier, Joubert, Pellerin dont le nom sera illustre à Épinal. Ces cartiers vont diversifier la production et toujours avec la taille d’épargne: en effet les images sont gravées dans une planche de bois de fruitier: Une planche produit tout les traits de l’image, tous les contours. On imprime ce bois gravé sur papier d’Epinal. Et ensuite on imprime les couleurs à l’aide de pochoirs découpés.
– 2 – Les Dominos.
En plus des cartes , les imprimeurs fabriquent aussi des papiers de décoration : les Dominos. Ce sont les ancêtres des papiers peints ; ils servent aussi à orner les intérieurs de livres, de coffrets et aussi quelques fois les murs.
Au début ce sont des motifs géométriques, puis floraux ou végétaux. Puis peu à peu on va représenter des scènes figuratives et religieuses.
Datées de 1664 les plus anciennes images connues sont un St Nicolas et une Crucifixion. Par exemple J.C. Didier cartier produit des dominoteries: des motifs floraux , des images de Notre Dame de Lorette ou de Ste Anne ou une frise des 12 apôtres.
En général maintenant ces images sont très rares car accrochées au mur elles sont vite abîmées et puis jetées. Celles qui sont utilisées dans les livres e( registres son mieux conservées..

– La famille Pellerin.
Jean Charles Pellerin assure la Reconnaissance d’Épinal comme centre imagier au XIXéme En 1771 il reprend la fabrique de cartes de son père Nicolas Pellerin. A cause de la Révolution qui a détruit les images de Rois et de la religion, il faudra réorienter l’entreprise. Et l’entreprise devient imprimerie en 1800 Les Pellerin vont imprimer des livres et on imprimera alors les caractères avec les bois gravés ensemble. On embauche des graveurs. Et en particulier il emploiera Georgin le graveur de l’épopée impériale.
En 1814 le culte catholique est rétabli et Pellerin va proposer des images religieuses. Il imprime des bois anciens mais aussi fait graver des copies à partir des images de saints achetés à Paris.
Puis Pellerin va éditer des images modernes prises dans les chansons et histoires à la mode. Enfin sa grande originalité sera d’éditer des images à la gloire de Napoléon.
Pellerin organise la diffusion des images dans les librairies et aussi à l’ aide de colporteurs de ville en ville.
L’entreprise Pellerin va durer pendant 7 générations jusqu’en 1861 et après l’entreprise se lancera dans une production industrielle.

– Charles Pinot.
Dessinateur chez Pellerin Il avait été formé à Paris dans l’atelier de Delaroche. Après la création de la litho en 1850 il travaille les sujets à la mode, l’illustration et la caricature.
Ne pouvant pas occuper de poste important chez Pellerin, il va créer son entreprise et fonde « la Nouvelle Imagerie d’Epinal » en 1861.
Ce sera alors la guerre entrez les deux imageries. Pinot devient le fournisseur de l’Empereur et Pellerin avec son expérience le fournisseur de l’Impératrice. Pinot sera plus inventif et va créer des images en lithographie reproduisant Raphael, Titien ou Rubens. L’un invente des images d’architecture à découper alors que l’autre riposte avec « le petit constructeur ».
Cependant Pinot meurt et Pellerin va racheter l’entreprise de Pinot. Pellerin sera ainsi le seul imagier jusqu’en 1918. Et ce destin continue maintenant avec la télévision, la caricature ou la bande dessinée ainsi q’avec l’édition d’images anciennes et historiques.

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En résumé :

– Pour compléter cet article il est bien de citer depuis ses débuts, les diverses activités ou thèmes et sujets de l’imagerie d’Épinal.

– les images traditionnelles. On a créé ainsi depuis le XVIIéme et au XIXéme, Pellerin et Pinot continuent avec les mêmes thèmes : la Vie, la Mort, Dieu et les Hommes,, les rapports entre hommes et femmes entre parents et enfants ou au sujet du travail et de l’argent.
Ces images reflètent aussi l’évolution des moeurs, les rapports à la religion, à Dieu. Il est question de la Passion du Christ.
Le degré des âges est une galerie de personnages passant de la naissance à la mort au fil des activités sociales et familiales. Il y a également « les images du monde renversé » qui se moquent de la Folie de l’homme. On inverse les relations ente l’homme et l’animal . Par exemple le lièvre est armé d’un fusil et chasse l’homme.

Autres sujets traités : « l’arbre d’Amour » , »le Grand diable d’amour » ou « le Juif errant » sujets peu complaisants pour l’humanité.
Dans  » l’arbre d’amour  » des hommes sont accrochés aux branches d’un arbre avec la marque de leurs activités. Au sol deux femmes sucent le tronc de l’arbre et d’autres femmes essaient avec de longs bâtons de décrocher les hommes de leur perchoir.

– Images pour admirer et Vénérer.
Les images illustrent souvent des thèmes religieux. En effet la religion catholique est très présente dans la société jusqu’en 1905. Ces images racontent l’histoire sainte pour édifier et donner des modèles: le fils prodigue apprend la repentance et la pardon. On va créer aussi des images pour les saints patrons des villes et villages. Par exemple la Lorraine est sous le patronage de St Nicolas. Épinal sous la protection de St Maurice. Les corporations aussi ont un saint patron : Joseph pour les menuisiers, St Hubert pour les chasseurs, Sainte Catherine protège les filles. Chaque humain a un ange gardien, un saint protecteur pourfendeur du démon.
Toutes ces images on les colle au mur, dans les missels ou les armoires : ce sont des crucifix, protecteurs, la Sainte famille et son modèle, les idéaux de charité et de bonté. Dans les pèlerinages on achète des images de Lourdes ou de notre Dame de la Salette.
L’ imagier d’Épinal illustre de pieuses histoires pour créer des milliers de Saints qui protègent et édifient les hommes des XIX et XXéme siècles.

– Les images de Vénération constituent une iconographie d’une grande richesse. Les crucifixions, les chemins de Croix. Le miroir du pêcheur, le chemin du ciel, le chemin de l’Enfer, le jugement dernier, St Michel, la création du monde des animaux de l’homme, le Christ en croix et le tétramorphe, la vie du Christ, le massacre des innocents, St Jean et l’agneau, St Pierre et St Paul, la main puissante, la main avec le plaie en son creux, Jésus Marie Joseph, L’ange gardien.

– Autres images d’Épinal.
Par exemple, les histoires et les Batailles de Napoléon. Napoléon III , la Commune, la III éme république , la guerre de 14 -18 , les Poilus.
Il y eut aussi les images d’actualité et les faits divers : Nicolas II à Paris, un tremblement de terre à la Guadeloupe ou le Crime de Pantin.
Enfin les images d’Épinal produisent des images « occupations de l’enfant » et aussi des images mythologiques ou encore des jeux et des constructions de monuments , des marionnettes, des costumes ou bien sur la Connaissance du monde, des animaux et des poissons.

Les images d’Épinal déploient une sorte de collection, une accumulation de regards sur le monde, tout un registre qui se développe au fur et à mesure des évènements de l’actualité et s »adapte à toutes les pensées et philosophies selon les évolutions de l’époque.
C’est en cela que les images d’Épinal constituent pour moi un répertoire où puiser et imaginer pour tenter de créer une autre dimension et ainsi rejoindre les grands moments de la peinture de Velázquez à Rubens, des miniatures médiévales à Hokusai.

R.Dumoux
www.viapictura.com

Voir le site des images d’Epinal :
http://www.imagerie-epinal.com/

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