DÉTRUIRE ?

Image à la une : photo prise le 14 mars 2014 du temple de Bêl dans l’antique cité de Palmyre. – JOSEPH EID / AFP

Après la disparition du Temple de Palmyre…

(Traduction et réflexions autour d’un article de Beaux arts magazine à propos du livre du Suisse Dario Gamboni , traduit en français 20 ans après sa parution en anglais)

Dans l’action de détruire, Gamboni distingue le vandalisme politique du pur vandalisme nihiliste.
La destruction de l’Art remonte à la querelle des images au sujet de la représentation de DIEU au VIIIème siècle. On revisite cette pensée et ces images des destructions de trésors peints, d’icônes, de retables d’or.
Gamboni évoque ensuite les destructions des arts indigènes en Amérique ou en Afrique.

La Révolution Française occupe une place importante : on vend les pierres de la Bastille. La rage des révolutionnaires, des sans culotte, s’attaque aux sculptures des œuvres et chefs d’œuvre des églises et châteaux. On détruit la capitale de la chrétienté, Cluny. A Notre-Dame de Paris on renverse à terre la galerie des rois.

Mais cette rage devient aussi créatrice car on va créer les musées pour protéger de cette rage des éléments de ces chefs d’œuvre. Le Paris de la Terreur va créer le Louvre et nos musées des préfectures dans tout le pays. L’abbé Grégoire fut l’instigateur.
(cf l’article du blog viapictura : Historique du Musée du 19 Décembre 2011)

Autres destructions de monuments ou d’œuvres d’art au cours de l’histoire :
Il y eut en 1871 l’écroulement de la colonne Vendôme par les communards.
En 1917 , les allemands bombardent la cathédrale de Reims.
Puis durant la guerre de 39-45, il y eut l’obsession de la table rase des Nazis jusqu’à l’exposition d’art dégénéré à Munich en 193 .

Les futuristes aussi en Italie se débarrassent du cancer des musées, des antiquaires, professeurs ou archéologues et du monde classique.
Puis les Communistes multiplient les statues déboulonnées, les sigles effacés, ou les villes débaptisées. Il semble que la Destruction est au cœur de la vie de l’art.

Parmi d’autres formes de destruction il y a :
le recouvrement des classiques en cours, les palimpsestes. En Art contemporain les anglais Chapman ont peint sur des gravures de Goya… D’autres ont gommé tel dessin et ainsi l’ont présenté comme nouvelle œuvre d’art .
Il y a également la critique et la moquerie qui dénoncent et détruisent les œuvres… Les détournements des surréalistes sont parlants. On se rappelle LHOOQ, la Joconde à moustache de Duchamp en 1919

Et encore la politique des musées pratique un iconoclasme majeur, car il choisit et évalue dans un sens précis et il élimine. C’est l’iconoclasme d’en haut.
Il y a aussi l’iconoclasme d’en bas, celui des sans pouvoir. C’est par exemple le cas de la Vénus au miroir de Velázquez qui fut tailladée par une femme contre la phallocratie en 1914.
Une théorie dit que les objets, les œuvres peuvent construire détruire, penser , interagir.
L’art inclut la destruction comme un de ses possibles.

Gamboni fait de la destruction de l’art l’aspect spectaculaire d’un processus plus large de disqualification de l’art. C’est une pulsion interne de l’art moderne et contemporain, une contradiction. Cet art ne fait qu’être en rupture et aller vers sa propre disparition, par dérision désespérée. Maintenant cette rupture est autre et se situe ailleurs.

Dictateurs, psychopathes sont des ennemis de l’art. Parmi les ennemis, il y a aussi les artistes (chaque artiste par moments dans les tréfonds de son âme)… plus ou moins volontairement.
Palmyre est l’actuel plus grand symbole de la Destruction de la culture occidentale Gréco latine.

L’œuvre d’Art est déjà le théâtre de sa destruction.

R. Dumoux
www.viapictura.com