Le Cabinet des dessins du Louvre

Image à la une : Andrea del Sarto « Tête d’homme » – Dessin de la collection royale acquis sous Louis XIV – Musée du Louvre

Un cabinet des arts graphiques est né de la volonté de Louis XIV et il devient à la révolution, propriété nationale. Ce cabinet va alors s’enrichir considérablement au cours des siècles et constituer une prestigieuse collection de dessins : Ce sont des feuilles du XVéme au XIX éme, de Vinci, Piranèse, Fouquet, Delacroix, Dürer, Bosch, Pisanello, Mantegna, Bellini, Brueghel, Rembrandt, Bernin, Rubens, Murillo, Vasari, Jean Bourdichon, Primatice, Rosso, Goya, Ingres, Friedrich, Greuze, William Blake, Girodet, Victor Hugo… etc

HISTORIQUE. La véritable collection commence avec Louis XIV alors qu’avant il ne s’agissait que de pièces isolées. Vers 1670 on enregistre pour cette collection royale 101 tableaux et 5 542 dessins qui ont été négociés par Colbert. Puis on remarque un immobilisme malgré l’accroissement du « Fatras » du roi. Mais à partir de 1674 l’administration royale sort de l’immobilisme.

Le contrôleur des bâtiments du roi, Houasse est chargé des tableaux et dessins et il en fait un inventaire. Puis Antoine Coypel procède à un nouveau récolement en 1704. Cependant l »enrichissement du cabinet du roi n’a pas de vraie stratégie. On acquiert ici ou là… Par exemple Cochin prend en compte les dessins de Coypel, sa collection de dessins italiens et les siens propres. Comme il n’y a pas de stratégie on estime que le roi a déjà assez de fatras pour en ajouter encore.

On sort de l’immobilisme en 1774 après la mort de Mariette. En effet sa collection de dessins, illustre en Europe, est dispersée et 1 000 pièces sont acquises par le Louvre : des dessins de tous les pays du XVéme au XVIIIéme. Ces œuvres encadrées de cartouches dessinés par Mariette, sont parmi les œuvres essentielles du Louvre.

A la Révolution le cabinet du Roi est saisi, les dessins deviennent biens de la nation. Les dessins sont marqués et sont ensuite transportés dans un local fermé d’une double porte avec 3 serrures pour une meilleure protection. (Dans l’entresol des actuelles salles des antiquités du Louvre. Les dessins étaient rangés en paquets ou en porte-feuille dans 3 chambres. En 1792 la collection comptait 10 999 pièces.

Le 15 Aout 1797 est organisée une exposition de 415 oeuvres. C’est un premier accès aux collections jusque là tenues à l’écart. Les oeuvres proviennent du fond royal mais aussi de saisies sur les biens du clergé et les collections des émigrés, saisies qui ont doublé le fond royal jusqu’à 20 000 pièces. (La seule collection du comte de Morus comptait 14 000 pièces.) Il y eut un excellent accueil pour cette exposition, aussi les expositions vont se succéder jusqu’en 1845.

En 1802 Vivant Denon fut nommé directeur du Museum des arts au Louvre. Et il entreprend l’inventaire des dessins jusqu’en 1812. (Ensuite on ajouta à la collection les dessins acquis par Denon, par exemple 1200 dessins italiens) De la 2éme république au Second Empire : les dessins sont placés sous la responsabilité du conservateur Marius Granet.

De 1850 à 1860 Avec Reiset le cabinet des dessins est réorganisé et l’inventaire compte 36 000 pièces. On met alors un ambitieux programme de présentation au public. On organise un parcours chronologique dans 16 salles le long de la rue de Rivoli à l’étage. Sont présentés des dessins précieux de Raphael, Michel Ange, Léonard, Dürer, Poussin, Murillo… Reiset recherche d’autres oeuvres de qualité pour enrichir ce patrimoine. Par exemple en 1866 il fait entrer au Louvre 300 dessins attribués à Léonard, plus tard reconnus comme de Pisanello. Reiset s’intéresse à la production contemporaine comme la vente de l’atelier Delacroix. Et, pour le Louvre, il achète aussi à l’étranger dans des ventes importantes.

De la 3éme république à la guerre 39-45. Il y eut l’acquisition de dessins de Bellini, de Tiepolo. En 14-18 les collections sont évacuées. Cependant elles s’accroissent : en 1927 3 000 dessins sont légués par Moreau Nelaton. De plus, 1 524 dessins de Delacroix, 360 dessins de Corot et 260 de Millet. Plus tard le don le plus conséquent consenti fut celui des héritiers du Baron de Rothschild : 40 000 gravures et 3 000 dessins déposés au Louvre en Juillet 1936. Un véritable trésor dont la conservation est bien assurée.

Lors de la guerre 39-45 la grande majorité des collections est évacuée au château de Chambord. La collection Rothschild va au château de Valençay. De retour au Louvre en 1950 les dessins sont installés à l’aile Mollien puis en 1969 il déménage dans l’aile de Flore. Depuis 1950 le cabinet des dessins sous Mme Bouchot connait un grand essor avec des expositions à un rythme soutenu. En 1988, le Cabinet des dessins est officialisé comme le 7éme département du Musée du Louvre.

-> Inventaire du département des Arts graphiques du Louvre

J’ai écrit cet article en raison de l’aspect manifeste du développement d’une collection. (et dans le cas présent prestigieuse et magnifique.)

C’est finalement la création d’un monde, une sorte d’oeuvre d’art total avec de multiples acteurs jouant une partition sublime dans l’espace comme dans le temps.

Cette idée me fascine car je suis moi même modestement une sorte de collectionneur de mon travail de dessin… qui accumule des centaines, des milliers de dessins mettant en scène des figures, des paysages, des arbres, plantes zoomorphes, des objets, des accumulations d’objets à la Morandi ou bien comme les simulationistes ; des composition historiques, des monstres des portraits des animaux courants familiers ou bien multiforme, des objets historiques archéologiques, l’art antique grec ou égyptien, les études très variées à l’imitation des miniatures médiévales ou du musée de Topkapi. Sans oublier les dessins abstraits de formes, de courbes de niveau, rappelant les orographie des paysages chinois Ming ou Qing.

C’est un art total en mouvement en perpétuel progression, une forme de process-art. Composant aussi avec les robots, les vues du ciel, de l’espace, des étoiles et des pauvres humains qui s’éparpillent comme fétus en direction du trou Noir.

R.Dumoux www.viapictura.com

ob_3132b2_dess2007-6g-jpg » Le déluge » – crayon de couleur et mine de plomb. 21 x 29 cm – 2007 – R. Dumoux ©viapictura.com

Le papier

Image à la une : Mine de plomb et incisions sur papier – R. Dumoux – ©viapictura.com

 

Le dessin est une pratique quotidienne et le support que j’utilise le plus souvent est le papier. J’ai toujours accordé une grande importance à ces pages du quotidien en dimensions et matières très variables.

Papier pelure, papier calque, papier Rives Arches ou de Richard de Bas ou bien simplement papier Craft ou papier de nappe en grandes dimensions et divers papiers de couleur… sont depuis toujours les pages libres pour mes  projections, rêves, premières pensées, copies ou  dessins automatiques… Le papier invite à l’aventure, au rêve.

– Le papier est né en Chine il y a plus de 2000 ans. Pendant 1000 ans il reste le monopole du monde Bouddhiste.
L’Islam s’en empare à Samarkand  au VIIIéme siècle. Le secret de la fabrication du papier sera tenu secret pendant 500 ans jusqu’à la chute des Abassides.
Alors le papier va aborder les côtes d’Italie au XIIIéme siècle. Il se développera en Europe et au XVIéme et il devient l’instrument de la Renaissance occidentale pour l’écriture et les arts figuratifs. Tout cela se produit en Europe après les lentes préparations artisanales du parchemin. Ce papier sera alors produit dans des moulins spécialisés et il est devenu le 1er produit de consommation de masse, substance fondamentale de notre culture.
Le papier est espace de conception, laboratoire secret. Il appelle notre écriture notre dessein (dessin) notre pensée. Le papier stimule nos neurones…. Tous les papiers sont la page blanche où nous allons écrire notre vie.

– Mais aujourd’hui qu’en est-il ?

La révolution numérique remet en cause pour la 1ère fois depuis 500 ans le pouvoir du papier, support exclusif de l’écrit, de l’image et de la transmission.
Cependant nous n’avons jamais autant consommé de papier que depuis que nous sommes dans l’ère informatique et du silicium.
Le papier demeure l’auxiliaire de nos écrans même s’il ne gouverne pas tout, il est l’auxiliaire indispensable..
On sent bien sûr qu’il nous rattache au passé, à la tradition, en raison de ces nouveaux supports pour faire circuler textes et images à la vitesse de la lumière.
Avec nos écrans naissent peut être les nouvelles formes de création de l’art numérique.
Cependant l’ère du papier c’est la lenteur, la réflexion, la rêverie, la plaisir  et le temps de regarder et de lire.
Il faut un mois pour lire un livre alors que l’ordinateur va le lire et le transmettre des milliers de fois plus vite. Le papier nous accorde le luxe de ne percevoir que quelques images par seconde.
Nous ne pouvons suivre la vitesse du numérique ni la vitesse de création ou de transmission, c’est pourquoi le papier continue de vivre avec nous  car il correspond à notre rythme biologique.
Avec le papier nous prenons le temps, nous rêvons la page blanche de notre vie, qui va se réaliser. Nous prenons le temps d’élaborer lentement une œuvre avant de la transmettre, ce qui est le propre de l’art. Cela nous le devons au papier, à nos livres, à ce que nous dessinons, écrivons, rêvons.

N. B.
Le papier nous accompagne à chaque instant et nous permet toutes sortes d’expériences grâce aussi à la variété des supports qu’il nous propose. Le papier est une passion commune au dessinateur et à l’écrivain… les petits papiers s’écrivent et se transmettent. Ils sont décorés, vivants, chaleureux, et bien réels, ils nous aident à vivre Les papiers  sont découpés collés fragmentés.. on met bout à bout des feuilles, on utilise des feuilles de 10 m de long. On superpose des papiers transparents vierges ou écrits et dessinés.

On peut regrouper 100 ou mille de mes dessins  et en tirer des variations infinies. C’est un cosmos qui bouge, se transforme se récréé en permanence. Lorsque je dessine une figure, si les jambes ne tiennent pas j’ajoute une bande papier et ensuite je l’encolle sur un panneau pour le peindre. Je colle aussi des éléments divers, textes articles de journaux photos  dessins sur une grande surface et une composition apparait… une narration particulière une histoire tout à fait nouvelle. 
Juxtaposer Découper Coller Superposer et encore Retoucher Rajouter. On peut penser là à la pratique des écrivains à leurs brouillons, à toutes ces manipulations de papiers de fragments de papiers juxtaposés, épinglés, fragments cousus avec des ajouts des corrections.
(Les paperolles de Proust sont un célèbre exemple de ces couper coller.)
Je pense et réalise concrétise tout cela dans mes accumulations de papiers quotidiens dans lesquelles je recueille chaque jour des noms, des textes, des dessins, de personnages, de compositions, des objets, des figures très classiques, hétéroclites, fantastiques, bizarres, religieuses ou très païennes.

Bref, tout ce que j’ai nommé dans un autre article de ce blog comme étant un véritable cosmos où tout vient se télescoper  dans un immense désordre  qui va s’organiser  se bousculer pour se réorganiser et créer de nouvelles pensées… une Pensée.

R.Dumoux
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Gravures et dessins pour un Atlas cosmique de R.Dumoux

Image à la une :  » Constellation » – crayon de couleur et mine de plomb. 21 x 29 cm – 2007 – R. Dumoux

 

Gravures et dessins pour un Atlas cosmique .

L’ensemble de mon travail repose sur la présence permanente du dessin et de la gravure: la source de tout mon travail et de sa variété. www.viapictura.com
Les gravures sont des gravures de recherche ou d’études mais aussi des gravures d’interprétation des tableaux, de petite dimension ou monumentaux, réalisées avant la réalisation picturale  ou au contraire après….
Telles sont les gravures présentées dans un précédent article : la suite de 40 gravures évoquant l’ensemble monumental peint de 40 toiles monumentales. Panorama de 40 Gravures
Ce travail de gravure repose sur ma pratique quotidienne du dessin.
Le corpus de mes  dessins est immense, se développe sur environ 40 ans de façon continue de façon parfois volontairement  systématique,
Ce Travail doit être considéré sous l’angle de la Variété. Toute les images du monde réel ou fictif y paraissent. C’est pourquoi il est bien de qualifier tout cet Univers  d’Atlas ou Atlas cosmique… du fait qu’il s’étend dans l’espace mais aussi dans le temps , du monde sous terrain au monde aérien, englobant toutes les couches, toutes les strates de la vie terrestre, du paradis et de l’enfer.

Ainsi défilent des cohortes bigarrées :

l’histoire, la mythologie, les miniatures médiévales, les allégories, les amours des dieux, les animaux, la peinture religieuse,  la charité, l’exotisme, les oiseaux exotiques, le détails anatomiques, les détails de natures mortes, les fleurs et plantes, les éléments.le déluge , l’enfer, les cercles de l’enfer de Botticelli, , les enlèvements, crucifixions, danses, le baiser d’Amaryllis, les drapés, les danses macabres, éros et thanatos, les difformités, les corps malades de la peste, la fontaine de Bethésda, les grimaces  et les caricatures, les portraits, les évangélistes, le jugement dernier, le Baptême de St Jean Baptiste dans le Jourdain, le noeud d’amour, la résurrection, l’érotisme, les serpents dans Moïse et Aaron, l’argent, les péchés capitaux, le temps, les anges, les scènes grotesques, les décors et figures de grotesques, figures hybrides, la fessée, élève rossé, les saisons, les travaux des champs, tailler, bêcher piocher etc, les fruits, les raisins, le blé, crânes et transis, vanités, ..

Cette liste, cette accumulation caractérise mon travail de dessin au cours des deux derniers mois d’Avril et mai 2012. Cela représente une suite  continue et abondante de dessins aboutis, un fleuve qui a sa vie propre. Ce flux est composé d’éléments très variés. La Variété caractérise l’ensemble de ce travail de dessin.
Il se trouve que je suis passionné de William Hogarth qui précisément parle de la Variété dans son travail, dans un chapitre de son livre « Analysis of Beauty ». Variété en effet dans une gravure de Hogarth tel le lever de la Comtesse de la série du « mariage à la mode »  Gravure où l’on voit des natures mortes symboliques, des frises de figures, un paravent peint d’une scène complexe, des draperies encadrant un miroir, des rideaux ouverts sur un lit, des tableaux au mur. Le spectateur fait une sorte d’investigation archéologique … visite ce palimpseste dense.

Le lecteur peut se rendre sur le site www.viapictura.com et découvrir des ensembles de dessins et gravures. Il manque bien sûr des exemples plus récents dans ce courant graphique dont les concepts se développent dans les compositions gravées et peintes, parfois en très grandes dimensions comme aussi en miniature.

(Cela laisse présager de la proximité de pensée entre la miniature et le monumental. La miniature devant paraitre monumentale comme une oeuvre de Pol de Limbourg  et le monumental devant être travaillé au (petit) pinceau à la manière d’une  miniature. Paradoxe à développer.)

R.Dumoux
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Les dessins de R. DUMOUX

Image à la une : »La Nature et la science » – crayons et mine de plomb – 2000 – R. Dumoux © viapictura.com

 

Mon travail de dessin.

L’importance du corpus de mes dessins fait que un article est nécessaire pour présenter ce travail. De là une analyse plus spécifique et en profondeur pourra être effectuée.

Cette activité se déroule depuis plusieurs décennies, de façon quotidienne. S’il fallait l’évaluer en nombre on pourrait avancer le chiffre de 10000 pièces. Le déroulement montre globalement une évolution d’une création assez  abstraite vers une recherche figurative. Comme s’il s’agissait d’ embryons qui peu à peu s’éveillent et s’animent, pour tracer l’histoire de l’évolution de la nature, de l’homme, du cosmos. C’est aussi cela qui conserve à ces dessins « figuratifs » un aspect symbolique, abstrait, presque conceptuel, à l’écart de tous les réalismes.

– Les dimensions des dessins sont souvent de format  A4 mais aussi A3 ou 65 x 50 ou bien plus jusqu’à 2 m , 2 m 50 comme par exemple une série de dessins à la plume de cette manière. Les techniques et supports sont très variés : plume et encre , crayon ou crayon de couleur  sur papier , dessins collages, frottages monotypes re-dessinés, dessins sur toiles fines, dessins sur papiers préparés à l’antique, c’est à dire à la colle de peau et au blanc d’Espagne. dessins à la pointe d’argent, dessins sur papier photos, dessins grattés sur photos. dessins sur feuilles de contreplaqué ou sur marqueterie.

Du figuratif mais aussi de l’abstrait. Bon nombre de dessins sont abstraits ou surréalisants.  Ainsi pendant  plusieurs années (suite des 2000 dessins) j’ai réalisé des séries très importantes de dessins de courbes, arabesques parallèles qui se déroulent et se gonflent de plus en plus comme des plantes en excroissance, de plus en plus envahissantes. Ces lignes  parallèles peuvent aussi faire penser à des courbes de niveaux figurant les reliefs géologiques ou bien de la sculpture égyptienne par exemple.

Peu à peu ce travail d’arabesques s’est mué en figures où se définissent les os, muscles ou tendons comme s’il s’agissait de radiographies. Ce fut la constitution d’une collection de silhouettes, Ainsi apparut un langage historié qui peu à peu m’amena à une réflexion sur l’art roman et en particulier sur l’art des enluminures médiévales jusqu’à l’art Irlandais dans le livre de Kells ou encore dans les courbes  des drapés de Burne Jones.. Peu à peu se constitua une réflexion sur la naissance de la forme, le formisme vital, vitalisant, sur la naissance d’un langage inspiré qui peu à peu s’est insinué dans mes préoccupations sur l’art.

– On discerne l’importance de ces productions pas seulement en raison de leur nombre mais surtout pour la profondeur d’une pensée.
Les conséquences de ce travail sont pertinentes sur tout mon travail à venir jusqu’à maintenant.

– Parallèlement à mes tableaux a tempéra et à mes toiles, quotidiennement je réalise des séries de dessins historiés, inspirés de textes (historiques, mythologiques ou bibliques) mais aussi de lectures ou de regards sur les oeuvres des maîtres anciens ou simplement à partir de petits croquis réalisé à la sauvette durant la visite d’une exposition ou d’un musée.
Cette activité là depuis des années m’a permis de réaliser plusieurs dessins chaque jour et de constituer ainsi un grand nombre de registres ou de livres.

– Chaque année aussi, pendant quelques semaines, se constituent de nouveaux « cahiers de modèles » C’est à dire que je reprends sur la vitre (sorte de décalque sur une vitre de la fenêtre) certains dessins choisis dans les cahiers des mois écoulés, mais en interprétant assez librement, en ajoutant des éléments figuratifs ou abstraits. La dimension des feuilles est d’ailleurs 2 fois plus grande si bien que le geste, la graphie s’en trouvent libérée et plus ample.

(Également, une part importante  de mon travail de dessin se fait en tant que  recherche documentaire, accumulation de notations dessinées et écrites, à la lecture de textes mais également suite au regard sur des œuvres de toutes époques.  Enfin un ensemble particulier de dessins existe par rapport à mon grand projet pictural de 45 toiles de 5 m. x 3. Pour chacune de ces 45 toiles il y a un dossier documentaire constitué d’écrits, de photos mais aussi de dessins, d’études de détail…)

– L’importance et la variété de ce corpus dessiné se présente  comme une accumulation de recueils, de livres ou de cahiers se rapportant à l’image du monde. Il s’agit alors d’une sorte d’Atlas mondial et cosmique. Une présentation simplifiée sera nécessaire pour aborder ensuite une véritable organisation qui soit claire et lisible.

(Un autre article prolongeant ce texte sera consacré à mon travail de Gravure qui a évolué, parallèle et complémentaire.)

R.Dumoux

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N.B.
Le lecteur pourra s’il le désire se référer au site www.viapictura.com   (lien « dessins »)  pour découvrir quelques dossiers de dessins anciens ou récents.

Atelier de dessin (4)

Après la visite de l’atelier des grandes toiles, il est intéressant de proposer un périple dans mon « atelier de dessin. » Le dessin couvre  toutes les facettes  de mon travail :

la création mythologique, le rêve, le symbolisme ou l’allégorie…
Tout s’y développe depuis les années 70.

– Je conseille  au lecteur de se rapporter aux pages du site viapictura qui présentent des dessins anciens.
Les 1ers répertoriés en nombre datent des années 1962 1964.
Ils sont influencés par l’abstraction géométrique, tachiste ou par le surréalisme, de Hartung
, Tapiès , Soulages ou Mathieu. Néanmoins ils ont une présence particulière qui les apparente aussi aux décors de l’antiquité arabe ou gréco latine ou bien aux mosaïques et dessins paléochrétiens. (doura Europos).
Ces dessins par centaines déclinent inlassablement les rumeurs de la passion de l’art qui a accompagné l’humanité dans sa démarche au cours des siècles.

– Il m’est arrivé de systématiser la succession des dessins et d’instituer l’ensemble comme un mouvement plastique autour de la ligne courbe. Ainsi, de 1970 à 1980, j’ai réalisé de très nombreuses pages de courbes, cela pendant des mois.
Le lecteur peut voir quelques exemplaires de ces dessins sur le site viapictura : on y voit une multitude de volutes et spirales mais aussi des lignes parallèles suggérant des courbes de niveau, comme si ces lignes allaient recréer des reliefs disparus ou des formes de la vie qui renaît avec ses tendons et sa musculature.
Mais toujours il s’agit de lignes tendues, de dynamisme vital.

– Peu à  peu les courbes reconstruisent la figure, la représentation. Ces dessins, abstraits à l’origine, vont se conjuguer aux recherches historiques dessinées en relisant les textes ou bien dans l’étude des maîtres anciens.
On assistera alors à l’apparition d’un dessin figuratif primitiviste faisant songer aux calligraphies et enluminures médiévales ou aux fresques de St Savin (Vienne).
C’est la musique des lignes, des ondoyantes qui trament la vie et l’esprit.

R.Dumoux
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Ulysse et les sirènes de l’oubli

Image à la une : « Ulysse et Circé » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001

Le récit de l’Odyssée incorpore des mythes déjà rencontrés dans les récits de Jason et les Argonautes : les Sirènes, Charybde et Scylla, la rencontre avec Circé… etc

En plus pour Ulysse, il y a le récit du combat contre Polyphème :

Ce cyclope avec son oeil unique au milieu du front incarne la rusticité. Il est l’incarnation des forces élémentaires de la nature, une créature sauvage de l’aurore des temps.
Polyphème est anthropophage et il va dévorer six compagnons d’Ulysse.
Ulysse va le vaincre par la ruse : il l’enivre et transperce son oeil à l’aide d’un pieu rougi au feu.
Ulysse va fuir ensuite avec ses compagnons en s’attachant au ventre des moutons parqués dans la caverne de l’ogre.

Dumoux_Polypheme« Polyphème » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001
Charybde et Scylla :
Charybde avait dévoré les troupeaux d’Héraclès. Aussi elle fut contrainte pour l’éternité à n’être plus qu’une bouche avide et insatiable absorbant et régurgitant d’énormes quantités d’eau.
En face de Charybde il y avait Scylla.
Scylla a six gueules de chien et elle dévore tout ce qui passe ; Ulysse y échappe par la ruse.

Autres périls d’Ulysse

– les Lotophages ou mangeurs de lotus : ils se nourrissaient d’un fruit qui faisait perdre la mémoire : c’est un fruit d’oubli.

– Autre tentation et péril d’Ulysse : la magicienne Circé. Elle habitait un palais au fond d’une vallée et recevait les voyageurs. Voyant arriver les compagnons d’Ulysse, Elle les accueillit, leur offrit un repas et une boisson magique. Cette boisson les transforma en animaux divers.

Mais Ulysse va déjouer les pièges de Circé et et il va donner à ses compagnons, avec l’aide de Hermès, une herbe qui va combattre les effets de la boisson. Ainsi Ulysse va conserver la forme humaine et la transmettre à ses compagnons.

– Enfin il est un péril célèbre pour Ulysse : celui des Sirènes, filles des muses. Elles sont  quatre : deux sirènes chantent, la troisième joue de la flûte  et la quatrième de la lyre.
Elles chantent des mélodies qui envoûtent. Lorsqu’on les écoutait, on était sous le charme de la magie et projeté dans les griffes de monstres dévorant.
Aussi Ulysse se fit attacher au mât de son navire et  il évita de se dissoudre dans les plaisirs du monde.

 – Un dernier danger pour Ulysse fut celui des Vaches du soleil : dans une île du Sud consacrée au Soleil, les compagnons d’Ulysse affamés se jettent sur les vaches  pour les manger. Mais ils furent comme empoisonnés par cette nourriture interdite.


Ulysse parvint à revenir à Ithaque.

Et alors on assiste au massacre des Prétendants puis aux retrouvailles de Pénélope.
(On ne peut s’empêcher de penser et de citer les belles toiles de Gustave Moreau)

Dumoux_Ulysse2« Ulysse et les prétendants » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001
Plus tard Ulysse ne restera pas à Ithaque et  reprendra la mer et comme un éternel errant il va rechercher un lieu pour y mourir. Un lieu où les hommes ne connaissent pas la mort…..

Thalassa … la mer.

R.Dumoux
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Œdipe. Les épreuves de l’âme.

Image à la une : Œdipe – Dessin plume et crayons de couleurs. R. Dumoux –  2001 – © viapictura.com
Œdipe face au  mystère de l’homme.

L’histoire de Thésée se situait au bord de la mer Égée.
Avec Œdipe nous sommes à Thèbes, à la recherche de ses parents.
Sur ce minuscule coin de terre, Œdipe recherche le mystère de ses origines.
Qui sont ses vrais parents ? Qui est-il ? Pourquoi un sort aussi inquiétant ?

( Le père d’œdipe  était Laïos.
Un oracle avait prévenu Laïos de ne pas procréer car son fils le tuerait.)


La naissance d’Œdipe est marquée du sceau de la malédiction divine. (comme Thésée)

 L’enfant Œdipe fut exposé près de Thèbes sur le mont Cithéron.
On lui perça les chevilles pour y passer une corde: on  l’abandonna ainsi, attaché dans la montagne.
Découvert, iI fut remis à un berger qui l’accueillit et l’emmena à  son père.

Exposer ainsi un enfant aux bêtes sauvages était cruel mais laissait une chance à la victime. Chance minime mais plus importante dans le cas des héros.
(Ainsi furent Romulus et Rémus et Persée qui aussi fut confié aux flots avec sa mère Danaé.)
Tous ces héros sont recueillis par un étranger ou protégés par un animal sauvage.

Échappant à de telles épreuves, le héros est appelé aux plus hautes destinées. (Ainsi en est-il aussi de destinées artistiques.)

Œdipe grandit à la cour de Corinthe. Mais le Destin veillait.
Un jour par hasard un homme lui dit qu’il était « un enfant trouvé ».
A partir de ce moment, Œdipe se questionna sur son origine, sur le mystère de sa naissance et il partit à Delphes.


Sur le chemin de Delphes, il rencontra plusieurs hommes et un voyageur en litière.

Œdipe eut une altercation avec ces voyageurs : fou de rage pour avoir été agressé, il se précipita sur l’un d’eux . Ainsi il tua le voyageur Laïos qui n’était autre que son père.

Continuant sa route en direction de Thèbes il fit une deuxième rencontre : celle de la Sphinge, fille de Typhon.
La Sphinge était un être à la figure et à la poitrine de femme, aux pattes et à la queue de lion, avec des ailes. La Sphinge avait comme gîte un rocher dominant le chemin : c’est là qu’elle posait des devinettes redoutables. Lorsque le voyageur ne savait pas répondre, elle le dévorait. Mais Oedipe sut répondre à ses questions , alors la Sphinge se jeta du haut de son rocher et se tua.


Œdipe est le symbole de l’homme qui se cherche. Le héros qui enquête avec lucidité sur sa vérité.

Enfin Œdipe vécut à Thèbes en triomphateur. Avec son épouse Jocaste, il eut des enfants et il régna sur la ville, vivant au fait des honneurs.

 Mais le souvenir de l’oracle revenait de temps à autres… Comme le destin qui veille…
L’infernale mécanique est en marche et rien ne peut l’entraver….

Puis un jour, le drame éclate : la peste s’abat sur la ville de Thèbes.
(La peste est symbole de souillure morale portée par un habitant présent dans la ville.)
Un habitant est le meurtrier de Laïos, le responsable de cette peste persistante.

Œdipe lui-même va mener l’enquête et peu à peu l’étau va se resserrer sur lui.
Il apprend ses vérités en forçant les consciences de tous les témoins de sa vie.

Œdipe voit clairement sa vérité, il harcèle, ne laisse rien dans l’ombre:
– il est le meurtrier de Laïos.
– il est régicide.
– il est fils incestueux et parricide.

N.B.
La question de la sphinge :
– quel est l’être qui marche le matin à 4 pattes, le midi sur 2 pattes et le soir sur 3 ?
réponse : L’homme.
– Quelles sont les deux sœurs qui s’engendrent mutuellement?
réponse : Le jour et la nuit.

R.Dumoux
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Du dessin au tableau

Image à la une : Tondo – commande et collection particulière – Tempera sur panneau – R. Dumoux ©viapictura.com


On peut penser, imaginer une installation monumentale de mes dessins….
Ils sont souvent sans lien apparent, et montrent des sujets très divers.

Il s’agit de motifs multiples :

– éléments anthropomorphes, zoomorphes.

– fragments corporels.

– évocations florales et végétales.

– oiseaux improbables.

– réseaux de traits, de lignes quadrillées.

– formes apparemment abstraites.

– compositions figuratives historiques.

– citation d’œuvres célèbres et mutation-transposition.

– références illustratives  à des compilations livresques.

C’est une grande variété qui est à l’écoute du monde  et porte son attention aux choses vécues, vues, lues comme observées, naturelles ou créées par l’homme.


Cet article est écrit après l’observation, la contemplation d’un tableau du 15ème siècle italien et relatant le songe de Constantin.
Constantin est sous sa tente, semble rêver, dormir. Derrière sa tente s’échappe un cavalier casqué dont le cheval tonitruant s’engouffre sur le pont Milvius.
A l’opposé, sur ce pont, un cavalier semble être Maxence qui va chuter.
Cependant dans les airs un ange parait annoncer une grande nouvelle, le songe de Constantin inspiré par la présence de la Croix du Christ.
Moment clef de l’histoire.


Du dessin de composition qui observe et détermine les éléments divers, s’effectue un passage vers la peinture vers le tableau et les dimensions murales.

L’ensemble de mon travail présenté sur le site viapictura.com est pictural et rétinien : peintures sur panneaux a tempéra, toiles de 2 mètres jusqu’au format panoramique. Il s’agit le plus souvent d’œuvres figuratives, narratives, historiques ou symboliques et allégoriques.
La représentation des scènes est conforme aux canons usuels de la lecture des images depuis l’époque romane par exemple où les sujets sont accessibles à la lecture de chacun, quel que soit son niveau de culture.
Il est toujours question de la mise en évidence d’assemblage de figures ayant une portée et un sens défini.
Tout ce travail représente un refus de l’incompréhensible, habituellement en vigueur.

De telles réalisations paraissent actuellement méprisées, rejetées, comme étant populistes et basiques, alors qu’elles tendent à la sublimation de la peinture.

Enfin l’ambition finale de ce projet pictural de longue échéance est de prospecter une histoire générale de l’humanité, depuis  la préhistoire jusqu’aux conquêtes scientifiques et de l’espace, en passant en revue toutes les périodes charnières des siècles passés et leurs repères incontournables.

R. Dumoux
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Mes dessins

A plusieurs reprises il fut question de ce travail qui est à la base de toutes mes réalisations.
Il faut noter tout de suite cependant qu’il ne s’agit pas seulement d’ébauches pour la préparation des toiles ou tableaux.
Le site viapictura.com en donne un aspect dans quelques suites, couvrant plusieurs décennies.
Il est possible de revoir le site  et visiter diverses séries de dessins assemblés selon un répertoire précis.


« Mes dessins » constituent en réalité une oeuvre à part entière qui se déroule continuellement sur plus de 30 ans. Pour mémoire,  je citerai 2000 dessins abstraits (format A4) sur 2 ans ou bien des dessins à la plume en grandes dimensions (150cm x 120.)

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Ainsi, au fil du temps, outre les dessins préparatoires ou de recherche, des suites se sont constituées et peuvent être répertoriées selon une nomenclature précise allant de la composition mythologique ou biblique et évangélique à la figuration surréaliste ou symboliste jusqu’à des séries actuelles sur la vie, la mort ou encore dans des bestiaires soit naturalistes soit monstrueux ou zoomorphes ou bien encore sur l’espace avec des cosmogonies fantastiques.

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Actuellement le répertoire abordé est relatif au domaine des Curiosités et des Vanités, aux monstres mais aussi à la mythologie avec les amours des dieux et à l’évocation des anges à travers l’histoire.

               Certains parmi ces dessins( format A4) sont choisis et répétés selon des variations colorées mais aussi inversés.( Il en a été question dans un article précédent ou tel dessin a connu jusqu’à 10 variations.)

               Un projet est de réaliser en grandes dimensions des compositions de 2 mètres, au crayon de couleur et à l’encre, inspirées de certains de ces dessins.
Certains de ces dessins en grandes dimensions peuvent alors être encollés et préparés puis travaillés a tempéra et certains aboutiront au tableau..
Les procédés de la tempéra assurent une grande liberté mais leur originalité est toujours sous tendue par une mise en œuvre pointue du dessin.

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La grande liberté et originalité de ces pratiques est de ne pas dissocier le dessin , la composition et la matière couleur, toutes données qui s’imbriquent les unes dans les autres et s’engendrent naturellement.

Il est parfois difficile de comprendre ce processus qui demande une  expérience et une attention profonde aux mystères de la  peinture depuis les enluminures des miniatures persanes, aux évangéliaires enluminés et  au métier tout de transparence de Breughel, jusqu’aux esquisses à l’huile sur panneaux de Rubens.

Cette longue expérience est basée sur l ‘exercice fastidieux des encollages, marouflages à chaud et sur le dosage des préparations.
Ces pratiques étant étroitement liées à l’originalité du dessin qui est un processus de lumière vers les transparences de la peinture.

Autant de critères difficiles à aborder et qui font que le produit de toutes ces pratiques trouve peu de concurrence sur la scène de l’art.

N.B.
Un exemple caractéristique à méditer :
Certains manuscrits de la Renaissance italienne, comme les manuscrits de St Ambroise, à Milan, présentent des enluminures inachevées.
Dans ces œuvres on observe les étapes de la réalisation :

– le dessin au trait précis.
– l’ébauche colorée d’ensemble.
– l’exécution finale avec la saturation de la couleur, les dégradés et contrastes.
– et enfin les reflets iridescents des plages colorées et les vibrations spirituelles jouant sur les raies de lumière qui animent les personnages.

R.Dumoux
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Les lignes et leur signification (Markus Raetz)

Image à la Une : œuvres de Markus Raetz

Les lignes et leur signification. (et dans l’oeuvre de Markus Raetz) Art.2

– Les lignes ondoyantes et serpentines : elles fascinent Raetz : ce sont des étreintes , des vagues, des corps sensuels, des serpents ou des boucles de cheveux.

Diderot parle de la ligne serpentante :
– La statue équestre plaît plus que la statue pédestre, la ligne brisée plus que la droite, la ligne circulaire plus que la brisée, l’ovale plus que la circulaire, la serpentante plus que l’ovale.

– La ligne ondoyante symbolise le mouvement, la vie.
– La ligne droite est le symbole de l’inertie.
Diderot tient compte de la pensée d’Hogarth » dans son « analyse de la Beauté »

– Hogarth, contre la droite, contre la symétrie, contre les jardins français, chante l’hymne de de la ligne serpentine. Il dit qu’il n’y a pas de divinité égyptienne, grecque ou romaine sans qu’il y ait un serpent enroulé, une corne d’abondance ou autre symbole sinueux .
Allées sinueuses, ruban autour d’une canne, linéament d’un os, boucle de cheveux, formes de flammes, de vagues conduisent l’oeil dans une poursuite enjouée.

– Raphaël refuse la manière droite et raide et s’entiche de la ligne serpentine à la vue de Michel Ange et des draperies antiques.

– L’analyse de la beauté d’Hogarth a en épigraphe 2 vers de Milton:
« Ainsi Satan variait ses mouvements et sa queue tortueuse. Enroulant ses capricieux anneaux à la vue d’EVE. »

L’artiste actuel Markus Raetz multiplie spirales et tourbillons. Il suggère tourbillons, remous, mouvements de la mer et des vents. En cela il est proche de Léonard dans ses carnets lorsqu’il parle des tourbillons.


Plusieurs aspects des œuvres, dessins ou sculptures, de cet artiste sont dans le prolongement de ces réflexions. Citons pour conclure quelques exemples.

– 1979. Raetz construit Mimi, ensemble d’éléments de bois de section carrée, de 50 cm à 200 cm. L’ensemble forme une sculpture fruste. La forme suggérée par l’assemblage est une figure soit couchée, soit assise. C’est une sorte de marionnette brute ou poupée équarrie. ( le nom de Mimi désigne des esprits de certains aborigènes d’Australie.)
– Dans labyrinthe d’Éros, Raetz créé des labyrinthes, des dédales et des méandres. Il évoque un hémisphère dans une chevelure. En 1980, il dessine des entrelacs de lignes qui sont comme des figures enlacées.

– Dans la suite du travail des lignes, Markus Raetz utilise les  ponctuations. Il dessine des parenthèses, virgules, lignes de points,tirets, signes d’addition, de soustraction, de division ou multiplication ainsi que des arobases, des esperluettes, signes de l’infini et aussi les flèches.
Toutes ces figures sont à le base de ses dessins et sculptures.

De plus Raetz joue avec les lettres et les mots pour ses dessins et ses sculptures.

Par exemple, le Z de zénith renversé devient Nadir.
Le Y symbolise la langue bifide du serpent ou bien 2 doigts écartés ou bien la lettre érotique du y.
Le Y est aussi la fronde de David. Mais aussi l’aiguillage, le carrefour, le diapason ou la fourche à 2 dents.
Le M c’est l’homme et renversé ,W, il figure la femme.

Raetz joue avec les anagrammes, les homophonies, les échos et les contrepèteries.
Night- Light…Ligne-Linge…

Il relève tous les mots qui en argot désignent la tête :
caboche, caisson, citrouille, poire, potiron, citron, trognon…
Il relève l’expression des mains..   les mains travaillent, écrivent, caressent, fouillent, une main caresse un coeur, recherchent la pensée dans un cerveau.

Enfin pour conclure sur le travail de Markus Raetz, il faut citer, à l’opposé, l’emploi des taches.
Il grave ainsi des paysages de l’ici et de l’ailleurs.. des collines, un fond de vallée, des montagnes , une grande plaine. Il en propose des archétypes. Pour cela il choisit le moyen du hasard contrôlé qui a passionné Hugo et il se réfère aussi au traité de l’anglais Cozens.
Raetz s’inspire aussi de carnets de Léonard fasciné par les murs.

« Si tu regardes des murs barbouillés de taches et si tu veux imaginer quelque chose, tu y verras des paysages variés, des montagnes, des fleuves, rochers arbres et collines ou montagnes. »
Il retouche les taches, les formes accidentelles et il les reprend.

Tout l’œuvre de Raetz est intéressant à évoquer, car il est suggestif d’une richesse de pensée et d’imagination et ainsi il est précieux pour tout ceux qui  cultivent l’art du dessin ou le proposent à des disciples.

R. Dumoux
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