Le roman de la Rose

LE ROMAN de la ROSE.
La miniature médiévale est, pour mon travail, une source d’études d’une richesse et d’une actualité inépuisable. (je pourrai citer aussi les miniatures persanes et l’enluminure des manuscrits du musée de Topkapi par exemple.) La revue » l’Art de l’Enluminure » est précieuse pour toutes ces études.
Ce travail ne semble pas hors du temps mais me parait au contraire comme une sorte de nouvelle renaissance nécessaire dans les arts , au delà de toutes les confusions ou négations et à la recherche d’un humanisme.

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L’article présent se rapporte au Roman de la rose. J’ai ainsi revu, relu des textes et aussi toutes les enluminures parfois étudiées à la loupe. Bien sûr je me suis adonné chaque jour à des dessins et compositions me permettant de rêver à des compositions ou à des ensembles nouveaux.

( je ne me réfère pas uniquement à ces pensées « historiques ou littéraires » : en ce moment je fais une recherche à propos des « Abysses » (Claire Nouvian) ce qui me permet de dessiner de multiples organismes sous marins, des profondeurs abyssales. Et ainsi je découvre cette catastrophe des grands fonds. L’homme détruit des surfaces immenses, les coraux et tous les organismes ou poissons et espèces précieuses datant de 10 000 ans.)

Il y eut le Roman de la Rose. et ses manuscrits enluminés.
Quelques rappels: ce long poème allégorique de 22000 vers est une histoire d’amour. Les auteurs sont guillaume de Loris (vers 1230 et vers 1270 Jean de Meun).
C’est le songe de la Conquête d’une Rose, une toute jeune fille, par un jeune homme l’amant , puis sa cueill
ette.

La 1ère partie de Lorris est un hymne à l’Amour Courtois.
La 2 éme partie est plus savante : elle peut être vue comme un répertoire des stratégies de séductions mais aussi comme une encyclopédie du monde . Il y eut environ 300 livres illustrés publiés qui ont eu une grande diffusion jusqu’au 16éme siècle. Les plus anciens manuscrits du Roman de la Rose datent de la fin du XIII éme siècle.
Le roman de la Rose est aussi intégré à des recueils divers, fabliaux de tendance ésotérique ou religieux.
Pour ce qui est des miniatures la première partie du roman ne comporte que 20 miniatures alors que par ailleurs elles sont très nombreuses et d’une grande richesse narrative et historiée.. Les manuscrits proposent une lecture morale du code de la courtoisie.

Le roman de la Rose évoque aussi les figures anti courtoises que l’Amant découvre (au jardin de Déduit) : La Haine, la Félonie, la Convoitise, l’Avarice, l’Envie, la Tristesse, la Papelardise, la Vieillesse, la Pauvreté. Et aussi le baiser, les mains jointes, le commandement ou encore l’épisode de Narcisse à la fontaine et la Muse Echo.
Apparait enfin une autre figure: Danger: c’est le vilain avec sa massue.

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Le Roman de la Rose est en langue vulgaire et les manuscrits s’ouvrent sur une page de Frontispice qui est une peinture bipartite : par exemple, d’une part , l’éveil du dormeur et d’autre part la découverte du Verger de Déduit.
Plus tard au 15éme , elle devient quadripartite. Les figures courtoises de la Carole (bel exemple de la danse médiévale) sont très présentes dans les cycles iconographiques.
Le Roman de la Rose suscite des querelles en raison d’une diversification des cycles. On s’oppose à la crudité du langage de jean de Meun. Christine de Pisan s’offusque de la mysogynie du Roman et d’une sorte d’incitation à la débauche.

Au début 15éme siècle se produisent des mutations intellectuelles. Il y aut la guerre de 100 ans . D’autre part des tensions avec la déshérence des chevaliers. A ce moment, les nobles cherchent à construire un modèle social autour d’une morale de loyauté et d’humilité qui apporte en même temps, une atmosphère de poésie et de fêtes. . Ainsi en 1400 est fondée la St Valentin ou la » cour amoureuse ». En 1401 nait aussi l’ordre de la Rose autour de Louis d’Orléans.: c’est la noblesse de coeur plus que celle du sang qui fait le lignage.
En même temps les humanistes continuent de découvrir l’art de l’antiquité. et des oeuvres majeures de Boccace paraissent. Et à la fin du 15éme siècle, 20 exemplaires illustrés paraissent.

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Quelques recueils du Roman de la Rose :
– Le manuscrit français . Une nouvelle éthique courtoise . Une éducation sentimentale _
Un éloge de jean de Meun (Valencia) Enluminures: la danse médiévale La Carole . La légende de Narcisse et Echo. Le château de Jalousie. L‘arrivée de Vénus sur un char à colombes. Pygmalion chante devant sa statue, celle de Galatée à laquelle il va donner vie.
Cette succession d’images, de compositions permet de comprendre l’intérêt porté à la mythologie, à l’histoire avec parfois certaines scènes de grivoiserie. Telle la cruauté de Jean de Meun dans le réalisme de la castration de Saturne et de la naissance de Vénus. Il y a aussi une connaissance des textes savants, l’Ovide moralisé, les livres de Boccace.

– Le maître du second Roman de la Rose (du duc de Berry). C’est un artiste parisien de la fin du 14éme . Sa palette se construit autour de l’opposition de deux couleurs: le bleu roi et le rouge orangé S’ajoutent des fonds noirs parfois et un vert olive, un vieux rose, mauve.. Ce peintre a aussi travaillé aux livres du roi Modus et de la Reine Ratio et il participe aussi à des manuscrits arthuriens comme à des illustrations pour Aristote.
Les Manuscrits du Roman de la Rose (du duc de Berry). Le duc acquiert au moins 5 exemplaires. Tel est par exemple un somptueux exemplaire acheté par le duc permettant de lire le roman de la Rose: sur les thèmes de la Nature , de l’Antiquité , de la Philosophie, du Mariage et des Femmes.

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Tout au long de cet article, il s’agit d’une sorte d’énumération qui me permet d’approfondir ma recherche sur tel ou tel livre. Et ainsi de me constituer une collection de pensées, d’images, d’enluminures toutes plus merveilleuses.

Toutes ces miniatures du Roman de la Rose me permettent de penser, de dessiner et recréer et faire revivre des compositions et figures universelles de l’humanité. Telles sont mes actuelles séries de dessins en à propos du Roman de la Rose. Ils m’inspirent des compositions peintes soit a tempéra sur panneaux soit sur des grandes toiles de 2 mètres ou aussi sur mes toiles de 5 mètres x 3, de mon ensemble monumental peint de 50 toiles de 5 mètres x 3.

Ce panorama est en correspondance avec la pensée profonde du Roman de la Rose qui est tourné vers l’encyclopédie du monde et s’exprime de façon poétique au sujet de la vie, de la Nature, de l’histoire, des mythes ou de la Bible , comme des grandes figures de l’Antiquité.
R.Dumoux

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L’Art Islamique et la Figure

Image à la une : Acrylique sur toile – 240 x 150 cm – 1980 – © Raymond Dumoux

ART ISLAMIQUE . La Question de la Figure.

Dans l’art islamique il y a une unité esthétique qui est donnée par l’ornement. L’ornement avec l’absence supposée de la figure. C’est une question paradoxale car souvent on trouve une figuration bien présente dans de nombreuses oeuvres d’art de l’islam.

– En Occident il y eut une grande continuité avec la place privilégiée de la figure humaine, même dans le rôle de Dieu ou des dieux.
Depuis le 5ème siècle avant J.C. la figuration en Occident est une valeur centrale très visible et lisible. Et cela tout au long des siècles sans interruption.
Ensuite l’histoire de l’art s’est écrite en Occident sur ces bases.

Alors on a découvert les arts extra européens comme d’autres horizons complètement inconnus et nous avons dû lire, apprendre à lire autre chose et d’autres formes d’art.

– Il existe une méditation profonde sur l’ornement à partir de l’art islamique. L’historien Oleg Grabar a écrit en 1992 « la méditation de l’ornement ». ll développe 4 thèmes : l’écriture, la géométrie, l’architecture, la nature.
Il n’y est pas question de la figure car le monde islamique parait réduire la figure à l’ornement. La figure est Ornement. On voit parfois dans tel objet d’art islamique des accumulations, des suites de personnages ou animaux dépourvues de sens comme s’il s’agissait d’un simple décor. Par exemple dans un objet on va distinguer 50 ou 100 personnages et animaux entrelacés avec des végétaux ou liens, courbes abstraites. Ce sont des rébus d’images, des ensembles très décoratifs sans signification précise, comme une bizarrerie surréaliste. Citons seulement une pièce célèbre « Baptistère de Saint Louis » qui propose une extravagance ornementale où les figures sont entrelacées à profusion, selon un ordonnancement de bandes horizontales comme des écritures? (à l’extérieur de l’objet comme à l’intérieur.)

Cette manifestation originale de l’art islamique est très inspirante et stimulante pour ma création artistique qui déjà traçait un rapport entre la peinture et l’écriture. Par exemple mes toiles dites abstraites ont leur origine dans les bandes horizontales de l’écriture avec la succession des bandes couvrant toute la surface.
Certaines bandes horizontales prenaient parfois l’apparence de figures qui se répètent ( oiseaux répétitifs ou visages se répétant tout au long des lignes : mes dessins ou peintures des années 75 à 80. )

Mon travail rejoint l’analyse de l’art islamique qui est l’expression de l’ambiguité de la figure qui devient écriture.
Par la suite mon travail a suivi une évolution dans le sens d’une plus grande abstraction touchant au monochrome. S’en est suivi une réaction très figurative jusqu’à maintenant. Avec cependant toujours la présence de la figure contenue dans des bandes, comme dans des lignes d’écriture qui se déploient dans la construction de la surface.

– On le comprend dans l’art islamique la figure devient ou du moins, est complètement intégrée dans l’ornement qui est dominant.
La géométrie est très présente : c’est la géométrie de l’arc de cercle, de l’art byzantin alliée à des assemblages de lignes droites directrices. Ensemble dans lequel s’intègrent les figures.
Avec ces ensembles de courbes on est proche de ce que l’occident a appelé « Arabesque ». Ce mot apparu en Italie au 16ème siècle désigne un ornement formé de plantes, branches, feuillages entrelacés qui répartissent et structurent la répartition des figures. Il s’agit de géométries triomphantes, géométrie de la règle et du compas, et décors de polygones étoilés qui régissent l’ordonnance des figures.
On observe encore le passage de l’arabesque à la flore. Même lorsque le décor végétal triomphe tout est fortement géométrique.

N.B. Extrait d’un article du blog Viapictura à propos de l’art islamique.
Mon travail est finalement très inspiré de l’art islamique. Dans les années 70 , avant même, tout a commencé avec une sorte d’abstraction que je nommais « Formisme » qui privilégiait le jeu des courbes des serpentines et ondoyantes. A ce moment là, par milliers des pages de toutes dimensions, déroulent des écheveaux de courbes comme les courbes de niveaux d’un infini cosmos.
C’est une immensité d’océans, de dunes qui se muent, se mutent en algues, en plantes qui se personnifient peu à peu ou prennent des allures animales. La figure nait peu à peu dans ce vaste mouvement d’ondulation de vagues et plissements de terrain. Telle figure, visage, animal, oiseau, se constitue dans ces lignes courbes parallèles. Peu à peu elle se fera de plus en plus évidente et présente, tout en s’insérant dans des compositions géométriques..

Le site www.viapictura.com sous le lien » toiles » témoigne clairement de cette évolution
C’est un peu ce paradoxe que je rencontre dans l’art de l’Islam qui est figuratif mais abstrait et rarement naturaliste.

R.Dumoux

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phprX9jHRAcrylique sur toile – Eléments figuratifs et projections – 150 x 150 cm – 1983 – © Raymond Dumoux

Les MAYS de Notre Dame de Paris

Image à la une : Vue de la nef de Notre-Dame de Paris au XVIIIe siècle.
XVIIIe siècle. Musée Notre-Dame de Paris. © NDP

Les MAYS de Notre Dame de Paris.

Pourquoi cet intérêt pour les Mays à l’époque de Buren, Jeff Koons ou de Kieffer pour parler « peinture » ?

L’esprit, le vent souffle où il veut. Rien ne le retient. Les Mays, loin des collages de la réalité, des assemblages spectaculaires pour grand public festif jeune, à l’écart aussi des effets technologies des médias qui d’un coup de clic couvrent la planète, les Mays sont cachés, peu visibles, il faut les découvrir.

Au cours des siècles, la cathédrale Notre Dame fut le réceptacle d’un trésor pictural : 120 tableaux furent exécutés pour la cathédrale (maintenant une vingtaine seulement sont visibles dans la cathédrale)
Les grands Mays de Notre Dame représentent un ensemble pictural cohérent où les sujets sont imposés, dirigés et les dimensions demandées car ils devaient être accrochés dans la nef.

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« Des Romains au golgothe » toile a tempera 5 mètres x 3 mètres – ©viapictura.com – R. Dumoux  – 2013


L’origine des Mays se déroule depuis l’offrande d’un arbre jusqu’au tableau de dévotion.
1er Mai 1449 : Il y eut l’offrande d’un arbre vert devant le maître autel de Notre Dame par la confrérie de Ste Anne. C’est un acte de Dévotion envers la Vierge qui se prolonge dans la réalisation d’une châsse de grande préciosité par deux maîtres orfèvres. Cette châsse devait accueillir les reliques de St Marcel. L’offrande au maitre autel de Notre Dame se transforme donc . On abandonne le dépôt de l’arbre pour un petit tabernacle suspendu à la voûte. Et alors on y joint des poèmes ou des vers. Puis à partir de 1533 le tabernacle est décoré de peintures inspirées de l’ancien testament en 1533. Et en 1608 les sujets changent  et on va les renouveler tous les ans (tels les tableaux de la vie de la Vierge.)

Apparition des Grands Mays  au 17éme siècle. C’est l’arrivée des reliques de Ste Anne en 1620 fixe les nouveaux modes de présentation des Mays et cela va favoriser les nouvelles créations et commandes.
L’offrande consacrée à Marie est exposée dans le choeur puis à l’extérieur puis dans une chapelle et enfin  dans la Nef. Cette localisation dans la Nef est nouvelle et elle va déterminer des mesures précises aux oeuvres. La confrérie se décide à faire réaliser un seul grand tableau par an  qui doit illustrer un épisode Actes desApôtres.

La tradition des Grands Mays de Notre Dame débute en 1630 avec lé tableau de Georges Lallemand: « St Pierre et St Jean guérissant. à la porte du Temple »
Au total en 1707 , 76 tableaux sont en place  jusqu’à la Révolution. 13 tableaux demeurent en place aujourd’hui. Car ils sont dispersés, 14 Toiles sont au musée d’Arras. , d’autres au Louvre , dans les églises de Paris et certains détruits. Tous ces tableaux sont une anthologie de la peinture religieuse du 17éme siècle et en même temps un panorama de la peinture religieuse et des peintres les plus connus au 17éme siècle. On découvre ainsi: Georges Lallemand, Jaques Blanchard, Charles Lebrun , Lahyre , Bourdon, Courtin. Ces peintres avec leurs tableaux accompagnent les reliques et permettent de vivre la Foi à un moment où l’image religieuse est essentielle.

Les Thèmes. Ils ont extraits des Actes des Apôtres et du nouveau Testament. Ils sont tous issus des textes bibliques. St Pierre et St Paul inaugurent la série des grands Mays. et l’hstoire de St Paul est la plus  représentée. La guérison du paralytique de Jouvenet  fait partie d’un cycle de 18 épisodes directement liés à la Vie du Christ…. : la résurrection de Lazare , les noces de Cana, Jésus chassant les marchands du Temple,Jésus guérissant des malades. D’autres tableaux évoquent la vie de la Vierge. ou encore l’histoire de Pierre et Paul.Les toiles se rapportant à la vie de Jésus démontrent les hauts faits.. Les grands Mays accompagnent de façon spectaculaire une démarche d’offrande: ils présentent un retour à la vie des apôtres et une puissante vision de la Foi.

Les Mays : Exemples de tableaux.
– Lallemant  : St Martin donnant son manteau au pauvre.
– Jacques Blanchard : la descente du St Esprit
– Laurent de la Hyre :  St Pierre guérissant les malades de son ombre . La conversion de S t Paul.
– Charles Poerson:  La Prédiction de St Pierre à Jérusalem
– Sébastien Bourdon: Crucifixion de St Pierre.
– Charles Le Brun: Lapidation de St Pierre .
-L e Sueur: prédication de St Paul à Ephèse.

Autant de noms illustres de la peinture au 17éme siècle et de titres évocateurs des grandes inspirations sacrées qui maintenant s’imposent à notre pensée.

Toute la recherche dans mon travail de peinture s’appuie sur ces visions puissamment expressives et m’invitent à penser, à composer, à dessiner, à peindre …

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« Saint Louis » ébauche pour un panneau a tempera – ©viapictura.com – R. Dumoux  – 2013

R.Dumoux
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N.B. : En 1634, Roger de Piles fait l’éloge du tableau de Blanchard : « la descente du Saint Esprit »

-> Les grands Mays de Notre-Dame de Paris

Fluxus

Image à la une : Extrait – R. Dumoux ©viapictura.com

FLUXUS

Il y a 50 ans, (à partir de 1950) naissait un mouvement développant de nouvelles attitudes en art.  S’expriment alors des théories, un journal, des éditions-diffusion, descriptions d’oeuvres et des expositions.
Cela ne paraissait pas devoir être un intérêt durable car il s’agissait d‘un groupe très disparate avec des oeuvres éphémères, bon marché, marginalisées. De plus tout paraissait inorganisé face au Pop Art, au Nouveau Réalisme ou au minimalisme soutenus par galeries et institutions.
Fluxus est un désordre radical décourageant. Les leader furent : Maciunas , Higgins , Vostel. mais les membres restaient très indépendants. Dans ce mouvement il n’y a pas de leadership, pas de stratégie bien nette. Tout semble inopérant. et l’observateur est embarrassé devant le manque d’information. Et puis la littérature de Fluxus est le plus souvent un discours de la faillite du discours ! ! ! On ne parvient pas à trouver une définition.

Cependant on peut se mettre d’accord sur une suite de noms et d’évènements tels en 1962 la rencontre de Ben Vautier et Maciunas ou trouver les éditions de Fluxus  ou encore la tournée européenne des festivals en 1962. Cependant dans ces récits il y a des éléments contradictoires.

Pour tenter de définir Fluxus : il ne s’agit pas d’ un mouvement artistique au sens habituel mais d’une sorte de réponse à un besoin, à des besoins disparates. On y recherche à définir des attitudes nouvelles vis à vis de l’art.
Le fonctionnement de Fluxus repose sur la monstration, l’édition, la diffusion et la critique de l’histoire. Fluxus produit un nombre considérable de textes d’artistes.
PostFace est le texte fondateur (1964)  et l’auteur est Dick Higgins qui a cette maison d’édition créée dans ce but.
Dans ce texte sont analysées les activités des néo-avant gardes, puis une série de biographies individuelles sont traitées. L’auteur décrit les événements Fluxus en Europe, un journal de voyage et des considérations sociales. Il souligne l‘enseignement de John Cage. Il parle aussi de la querelle entre Maciunas et Vostell.

Higgins inscrit Fluxus dans un cadre américain. Postface est comme une conclusion qui dit que l’expérience collective commencée en 1958 s »achève. Aussi, il appelle à un réinvestissement dans les pratiques de chacun  comme maturation.  D’autres articles furent publiés par Fluxus en 1970 et 1980 avec aussi des catalogues d’expositions. Par ce biais on parvient à un meilleure homogénéité de la démarche de Fluxus. Surtout à partir de l’exposition de Cologne en 1970 et en 1990 avec le catalogue de la Biennale de Venise.

A remarquer que les initiatives pour ces publications appartiennent aux artistes. Ils produisent directement du producteur au consommateur. Les artistes dépossèdent les historiens et s’approprient des outils du commentateur.

                     LES ARTISTES  ET LES OEUVRES.

Ben Vautier s’expose comme objet d’art dans une vitrine à Nice.
Nam June Paik se montre en violoncelle humain et Charlotte Moorman est la musicienne avec son archet.
Yoko Ono, vêtue de noir  invite les spectateurs à monter sur son estrade pour découper des morceaux de son vêtement. Cette action fut reprise récemment.

Il s’agit d’expression directe  et immédiate. Ce sont des jeux de mots  ou parfois des calembours saugrenus et il faut mettre è l’épreuve le spectateur. Les artistes de Fluxus cherchent à sortir  la création du circuit économique classique et le geste devient une expression de la liberté de l’esprit. On veut aussi court-circuiter la chaîne commerciale en changeant les lieux d’intervention et les modes de production ou de présentation.
Pour Fluxus il s’agit  de court-circuiter la chaîne commerciale et le objets fluxus sont fabriqués à la demande.

Le  fonctionnement est ainsi :
Utilisation de l’art postal: en faisant circuler dans le monde des cartes postales des collages,  paquets surprise.
– On produit aussi de multiples publications de livres d’artistes, de revues de catalogues; qui peuvent remplacer la production plastique.
– Une boutique  galerie est ouverte à Villefranche sur Mer par Robert Filliou et George Brecht ; on y produit des poèmes, des objets, on parle, on fait des jeux, des rebuts etc. Ce sera  » la cédille qui sourit »

Fluxus reste un Mythe. Des créateurs actuels s’en réclament encore. Ce sont certains artistes pour qui les incidents banals de la vie courante, les jeux ou l’humour, font partie de la scène artistique.

            Mais aussi, Fluxus signifie : le flux,  c’est le flot, la Vague, la Naissance, l’eau qui jaillit, le monde sous marin infini, ou encore la conque et le  bénitier.
En effet, pour mon travail, une création va naître. Une toile de 5 mètres x 3 dont la composition déjà s’ébauche dans ce rêve de la vie qui nait , se renouvelle en permanence.

Première pensée : Quelques lignes courbes et ondoyantes suggèrent au centre de la composition : une figure féminine, une  naissance et une conque ou coquille St Jacques géante d’où jaillit l’eau. Alentour, le paysage environnant représente l’abysse des mondes sous marins avec son obscurité prégnante et ses organismes et animaux multiples, ou peuples de méduses, coraux, pieuvres ou encore animaux aux formes extravagantes, transparents, translucides. Des créatures abyssales aux couleurs intenses, bio-luminescentes et aussi armées de photophores qui créent une lumière comme des phares.

Tout cet univers, le plus grand espace terrestre de vie, fascine dans sa noirceur impénétrable.

R.Dumoux
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Le temple d’Hérode

Image à la une : Maquette du temple d’Hérode à Jérusalem

 

Le temple d’Hérode  (art. 2)
Il semble nécessaire de compléter même brièvement l’article précédent par un commentaire du temple d’Hérode, (après avoir visité successivement le temple de Salomon puis le temple de Zorobabel).

Surtout connu pour le Massacre des Innocents, Hérode fut un des grands bâtisseurs de l’antiquité et il rénova aussi le temple de Zorobabel. Il a d’autre part édifié 3 autres temples. Et il voulut créer là un ensemble sacré des plus ambitieux du monde ancien, lieu où Jésus va prêcher.

Hérode entreprend la rénovation du temple de Zorobabel en 19 avant JC et ce travail s’achèvera en 63 de notre ère.
Hérode démantèle le temple de Zorobabel et le remplace par une structure neuve. Il en fit un superbe édifice, prodigieux, merveille du monde antique.
Le temple d’Hérode était composé de 3 parties; le parvis, le Saint et le Saint des Saints. Comme pour le temple de Salomon.

La façade était revêtue d’or et mesurait  52 m x 52 , Le portail laissait voir une porte ouvragée. Un grand voile multicolore était à l’entrée du Saint.
Le Saint des Saints formait une grande pièce entièrement revêtue de plaques d’or.

Le mobilier était le même que dans le temple de Salomon :

Le Saint contenait un candélabre à 7 branches, l’autel de l’encens  et la table des pains.
Le voile qui séparait le Saint du Saint des Saints est sans doute celui qui se déchira au moment de la mort du Christ. C’était un voile de brocart : le rideau du temple.
(J’évoque ce voile car il apparaît dans ma toile de 5 m à propos du  monde romain finissant et de la naissance du christianisme.)

Le Saint des Saints  était un cube  de 10m de côté recouvert de plaques d’or martelé, avec la présence de la Pierre de fondation, l’origine de la création du monde, ce bloc de pierre… qui est peut être celui du Dôme.
On voyait dans le Temple une représentation du Cosmos.

Ce magnifique temple d’Hérode fréquenté par le Christ pendant sa vie publique, fut détruit par les romains et Titus en 70 de notre ère.

L’ensemble de ces notes présente sans doute des lacunes et en particulier par rapport au devenir du lieu du Temple. Mais il faut noter qu’il s’agit là de documentations pour un peintre et aussi de suggestions de formes, de décors et d’inspirations colorées  qui sont  essentielles dans la composition et la réalisation de telles oeuvres. (cf : mon ensemble monumental peint de 50 toiles de 5 m x 3).  On remarquera en particulier la forte présence de l’Or, incarnation du spirituel, du sacré.

R. Dumoux
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Le Temple depuis Salomon

Image à la une : Vue artistique fantaisiste du temple d’Hérode par Nicolas Poussin

Depuis Salomon : Le Temple. Le Tabernacle. Le Temple de Salomon. Le Temple de Zorobabel.

Dans l’ ensemble de mon travail un certain nombre de toiles se rapporte à des thèmes historiques depuis la haute antiquité. Ainsi un certains nombre d’éléments ou de décors et d’architectures sont mis en scène  dans ces réalisations.
Dès les origines les plus lointaines on remarquera des constantes frappantes dans les organisations de l’architecture et donc une permanence.
Depuis l’Egypte, depuis Babylone, en accompagnant Moïse ou Alexandre, il m’était nécessaire de comprendre quelques monuments essentiels de ces civilisations, avant de dessiner.
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Ainsi le 1er  monument qui a retenu  ma curiosité fut le Temple. Quelle est son origine ?

 1- Le Temple
Le temple des anciens était la résidence terrestre d’un dieu ou d’une déesse. Cette divinité y était honorée par des cultes, des sacrifices, prières, musiques et offrandes. Afin de préserver la bienveillance de la divinité.

Le temple était souvent construit à proximité du palais royal. Il était élevé sur un centre géographique : il était le nombril du monde et avait le pouvoir de vaincre le chaos.
 Ainsi fut le temple de Marduk à Babylone, accompagné d’une ziggourat liant le ciel à la terre. il était construit dans l’alignement du mouvement du soleil et des étoiles, étant ainsi lié au Cosmos.
Au centre de la cour du temple il y avait un grand bassin, une cuve appelée « mer ».

Temple et Jardin à Babylone. Les dieux cultivaient un jardin luxuriant et fertile après avoir recueilli les eaux primordiales.
Le dieu Enki, autour de son temple, installe un jardin des délices rempli d’arbres fruitiers et d’oiseaux chanteurs.
Le temple par son ornementation sera le reflet de ce jardin floral. Par exemple les temples égyptiens ont sur leurs parois des scènes de jardin extraordinaires.

Le temple de Salomon déployait une profusion de décors floraux.
L’image du jardin d’Eden qui est souvent présente : Dieu plaça Adam et Eve dans un jardin dans l’Eden. De ce jardin sortait un fleuve qui se divisait en 4 pour irriguer le monde. C’est le thème de la Création et de l’Eden qui est souvent repris dans le temple de Salomon comme dans celui d’Hérode. La cour du temple de Salomon comprenait un un jardin avec des palmiers, des cèdres, des cyprès et un décor sculpté d’arbres. Le temple représentait le Cosmos, les cieux, la terre, la mer et Dieu assujettit le Chaos et impose la création dans son jardin.
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2- LE TABERNACLE

qui contient l’Arche d’Alliance. Durant la marche vers la terre promise, les hébreux se déplaçaient avec l’arche dans le tabernacle.

Sur le Mont Sinaï, Dieu révèle sa Loi et formule l’alliance : il donne les 10 Commandements. Ils seront gravés sur les tables de la Loi et conservés dans l’Arche d’Alliance.

Le tabernacle est un sanctuaire qui contient et abrite l’arche : il consiste en une tente mobile.
Cette tente mesurait 13 m x 4 m 50 : elle était composée de parois en bois et bandes d’étoffe de lin brodé et couverte de peaux de chèvre à l’extérieur.

L’ensemble du tabernacle est divisé en 2 carrés :
– une partie (le Saint) qui sert au culte  des prêtres avec trois éléments : l’autel de l’encens, la table des pains  et le candélabre
– le Saint des Saints qui contient l’Arche d’Alliance.

L’arche est un coffre d’acacia plaqué d’or de 112 x 69 cm Le couvercle était décoré de chérubins d’or. Il y avait deux poignées pour le  transporter. Et ce coffre contenait les tables, de la manne, et la verge d’Aaron.

Telles étaient les 3 parties du tabernacle :
– le parvis à ciel ouvert avec un bassin et l’autel des holocaustes.
– le saint avec le candélabre, la table des pains de proposition et l’encens.
– enfin le saint des Saints contenant l’Arche d’Alliance dont nous venons de parler.

Le Tabernacle servira de modèle pour la construction du temple.

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 3- LE TEMPLE DE SALOMON

Israel devient un royaume sédentarisé sous David (1010- 970) Et il fut décidé de créer pour Dieu une demeure permanente en pierre.

Les 10 siècle depuis David ont vu la construction et la destruction de 3 temples au même endroit.

1-  Le temple de Salomon édifié vers 968 av.JC.  Il fut détruit par les babyloniens et Nabuchodonosor en 586.

2- Le temple de Zorobabel. Il fut construit en 515 av. JC. Il fut remplacé en 19 par le temple d’Hérode (après démantèlement du temple de Zorobabel)

3- le temple d’Hérode construit en 19 avant JC.  Il fut détruit par les romains, par Titus en 70 de notre ère.

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 DESCRIPTION du Temple de Salomon.

Il reprend le modèle du tabernacle mais en plus grand et en pierre : c’est un édifice rectangulaire de 32 mètres x 13 x 9  avec des cours annexes. Le porche regarde vers l’Est.
Il se compose de 3 chambres:

1– le vestibule (le porche) Il mesure 9 m x 4. C’est un espace sans mobilier.

2– la longue nef (le Saint) Il mesurait 18 mx 13 x 9 . Il y avait un autel en or pour l’encens et une table pour les pains de proposition, d’oblation. Il y avait aussi 10 grands chandeliers en bois. Encensoir et bols étaient en or massif.

3- et le Saint des Saints. Cube de 9 m d’arête. C’est ici que l’on place l’Arche d’Alliance. Elle est protégée par 2 chérubins revêtus d’or.
Cet édifice était en pierre avec des revêtements et des panneaux d’or.

– Dans la cour devant le temple se dresse un autel carré en bronze destiné au sacrifice. Il y a un bassin (pour les prêtres) en bronze appelé « la mer », reposant sur le dos de 12 boeufs de bronze. Il y avait encore 10 petits bassins pour laver les offrandes.

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La DESTRUCTION du Temple de Salomon

En 586 avant J.C., Nabuchodonosor et les Babyloniens incendient le temple et pillent les trésors.
Les prophètes avaient pensé que le temple était corrompu par les rites cananéens.

EZECHIEL eut une vision, celle de Dieu trônant sur un char flamboyant, entouré de chérubins à 4 faces : d’homme, de lion, de taureau et d’aigle.
(Cette énumération à elle seule est inspiratrice d’une suite de  4 panneaux  a tempéra, dans le déroulement annuel de mon travail avec l’évocation du Tétramorphe)
Ezéchiel décrit la gloire de Dieu quittant la temple avant sa destruction. Mais avec des promesses de rétablissement d’un sanctuaire  et il va décrire ce temple futur dans sa vision.
Ainsi conformément aux écritures de Jérémie et Ezéchiel, après 18 mois de siège de Nabuchodonosor, Jérusalem tomba et le temple fut incendié.

4- LE TEMPLE DE ZOROBABEL
La destruction du Temple fut traumatisante pour les Juifs.
Mais bientôt Cyrus va autoriser les Juifs à rentrer chez eux et à rebâtir le temple.
De retour à Jérusalem ils établissent un autel et les fondations d’un temple.
Ce fut donc le second temple appelé temple de Zorobabel qui resta le centre de culte de 515 à 19 avant J.C.

(Et à cette date il fut remplacé par le temple d’Hérode  et qui sera détruit par Titus.. ) : ce sera l’objet de mon prochain article.)

 Temple-Salomon-Ezechiel
Vue  du temple de Salomon par Perrot et Chipiez d’après la description d’Ezéchiel

 N.B.Toutes ces notes à propos des temples sont précieuses car elles me servent à dessiner; à imaginer, à resituer  et même aussi à construire des « maquettes » ou modelli  inspirés… ce qui peut devenir pour moi un projet de réalisations en volumes.

R.Dumoux

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Le Saint Suaire

Dans l’ensemble de mon travail, les drapés, les voiles ont une grande importance. Cela  a débuté avec de multiples dessins de grandes dimensions et travaillés à l’aide de courbes, comme des courbes de niveau parallèles qui définissent des reliefs, des volumes et finalement des silhouettes. Ces courbes parallèles déterminent des drapés qui se précisent alors dans des panneaux a tempéra évoquant des figures voilées, des transparences, comme une incursion en Orient. Ainsi le Saint Suaire me parut toujours comme un grand mystère et aussi une source d’inspiration, profonde.

En 2010, 2 millions de personnes visitent le Saint Suaire en la cathédrale de Turin. De nombreux visiteurs affluent pour quelques secondes. Claudel dans sa contemplation a dit :
« Ces yeux fermé, cette figure définitive comme empreinte d’éternité. Il y a quelque chose de destructeur. Quelque chose de beau, d’horrible tel qu’on ne peut lui échapper que par l’adoration. »

Il y a de la science et de la foi dans le Saint Suaire. Mais la science butte et la foi va au delà.

Les travaux scientifiques n’ont rien pu affirmer. A la recherche d’une certitude historique, même le carbone 14 (qui concluait à une origine médiévale du St Suaire) a vu ses résultats contestés. Ils ont été faussés par l’enrichissement en carbone 14  dus à l’incendie de 1530. D’autre part le tissage du linceul et les pollens de Jérusalem mis en évidence par la NASA plaident pour une authenticité qui demeure cependant de l’ordre de l’inexplicable.
Devant cette incertitude, l’église aussi semble hésiter et interdit toute fascination.
(En 2000 le pape Jean Paul II à Turin se recueille devant un tabernacle de la cathédrale et ensuite devant le linceul, il le contemple puis va à la rencontre des visiteurs. Ainsi le moindre tabernacle semble plus vénéré que le linceul du St Suaire.)
Devant tant d’hésitation quant au caractère sacré du St Suaire, il est possible de retenir avec certitude d’abord son aspect d’une beauté fascinante. Et l’on peut affirmer que pour le linceul de Turin nous sommes face à un objet esthétique par excellence.

Et maintenant le linceul est présenté de la façon suivante : en 2002 il est décousu  de son support de toile de Hollande et il est présenté dans un caisson en longueur sur la tranche ; il est rétro éclairé et ainsi il déchire la pénombre de la cathédrale de Turin. C’est la vision de l’horreur sanglante et de la paix translucide.
Cette image faite de transparence est légère comme une fumée, l’image d’un corps cadavérique percé entre la 6éme et la 5éme côte.
Ce corps qui a été soumis au supplice est présenté sur un linge qui est déclaré impur par la loi Juive et cela nous touche, ce rapprochement entre l’impur et le sacré. C’est aussi une grande lumière spirituelle, la lumière de la vie splendide autour de cette mort atroce.

Enfin, plusieurs réflexions peuvent être menées à propos du linceul de Turin.
– Le St Suaire est une relique admirée pour sa représentation. On peut penser à l’incarnation d’une empreinte, à une étreinte ou à des oeuvres modernes.
– Cette image ressemble à un négatif photographique, à une radiographie, elle est réaliste. Cette image réaliste est aussi abstraite car insérée dans des lignes géométriques orthogonales que sont le plis parallèles et les plis noircis. Son réalisme rappelle aussi des oeuvres modernes, des peintures sur toiles libres.
– Enfin la reproduction augmente le contraste et renforce l’image du Suaire. (le célèbre négatif de Secundo Pia) Avec la photo on voulu rendre le linceul plus  lisible et visible.Mais en réalité le Suaire reste  d’une grande discrétion, léger et transparent. Il n’impose pas mais révèle en profondeur et il faut lui prêter attention, le contempler.

Finalement, la question de la réalité historique du St Suaire, les résultats scientifiques hésitants, (malgré un sentiment de piété et de foi auprès de fidèles) sont limitatifs mais cependant nous avons l’assurance de la qualité bouleversante de mysticisme du linceul.

Le Saint Suaire est véritablement un drame sublime pour ses qualités esthétiques évoquant les oeuvres les plus glorieuses de l’histoire de la peinture faites de mystères, de transparences et de lumière spirituelle.. Nous pensons au Christ mort de Mantegna et aussi à ces corps magnifiques de mort et de résurrection, corps de martyrs, de suppliciés qui nous font approcher des profondeurs de l’art et de l’âme.

R.Dumoux
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A propos du LAND ART

Image à la une : Robert Smithson, dessin de la Spiral Jetty

A propos du Land Art.  Exposition actuelle à Los Angeles été 2012)

Il s’agit des artistes des années 70 dans les déserts américains et des lieux mythiques. C’est la conquête de la terre  de 1960 à 1975 environ avec des pièces majeures de l’art contemporain, des pièces inoubliables.

– Robert Smithson. On quitte la civilisation par une piste vers le grand lac salé de l’Utah et on marche sur les pas de Robert Smithson lorsqu’il voulait installer sa Spirale Jetty de 1970. On se croit devant l’origine du monde d’une grande désolation toute de gris. Ce grand enroulement mesure, en émergeant de la mer, 457 m  x 4 m de largeur. Cette spirale est hors du temps et préhistorique. Elle fut un moment menacé par une société pétrolière mais Nancy Holt veuve de Smithson alerte la communauté artistique et cela permit de sauver la Spirale Jetty sur le bord du Lac Salé.

Nancy Holt : Sur la rive opposée du Lac Salé elle installe une oeuvre qui fait signe à Spirale Jetty : ce sera le Sun Tunnels de simples tubes de béton qui sont comme un culte au soleil , aux solstices et à la lumière qui inonde et parle, invoque la rive opposée où s’enroule la Spirale.

– Michael Heizer autre maître du land Art est retiré maintenant dans son ranch du Nevada. Assez proche de Las Vegas il cache la plus grande sculpture au monde  : The City. C’est un dédale inspiré des Aztèques avec des murs en biseau. Cette City, Heizer la construit depuis 40 ans.
Heizer a laissé aussi une fosse de 500 m x 15 m de large, Double Négative dans dans le désert du Nevada.

Walter de Maria, le 4éme Titan du Land Art : il se confronte aux puissances de l’Univers. Il est le démiurge des éclairs en créant  The Lightning Field. C’est un simple champ recouvert de paratonnerres, près d’Albuquerque  au Nouveau Mexique. il y a une cabane qui peut accueillir les curieux de ce spectacle d’Enfer lorsque les orages se déchainent. Tout le programme est dans la contemplation de ce sublime du monde, de la terre.

James Turrell est un dernier grand représentant de ce mouvement. En Arizona il a créé un observatoire cosmique : le Roden Crater , un volcan , un cratère  qu’il a transformé en laboratoire cosmique.
Il ainsi acheté 18 cratères de volcan pour choisir celui qui convient le mieux à son observatoire. Pour financer tout cela li a un élevage de plus de 1000 têtes de vaches. Les vaches paient les frais du volcan.
Turrell est inspiré par les stukas indiens et avec Roden Crater on peut recevoir la lumière des plus vielles étoiles… d’étoiles plus anciennes que le système solaire, et remonter jusqu’à 3 milliards d’années lumière. C’est la grâce du ciel, du cosmos.

Le Land art est une tendance de l’art qui s’affronte aux éléments et pratique des errances dans les paysages pour les sculpter dans leur immensité.
Dans cette lignée on peut encore évoquer : Robert Morris, Christo, Dennis Oppenheim. Parfois ce sont des dimensions plus restreintes.. Ou encore Richard Long et Hammish Fulton qui se lance dans de très longues marches. … à la recherche et la contempation  de l’univers.

R.Dumoux
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Danse et arts visuels de 1900 à nos jours

Image à la une : « La Danse  » tempera sur toile – 2007 © R. Dumoux – Viapictura.com

 

DANSE ET ARTS VISUELS DE 1900 A NOS JOURS.

Cet article fait référence à une exposition récente du Centre Pompidou.
On constate d’emblée que la danse s’est peu à peu dégagée du classicisme et elle devient source d’inspiration pour les artistes depuis le cubisme ou le constructivisme. Puis ensuite on observe ses influences dans l’art de la performance depuis le dadaïsme jusqu’à la techno actuelle.

Les Figures majeures du 20ème siècle. On remarque deux mouvements :

– Du coté européen ce sera la danse expressionniste allemande de Mary WIGMAN à Pina BAUSCH et Rudy LABAN.
On ne peut qu’ inviter le lecteur  à rechercher sur Google ces 3 figures (les images sont très inspirantes pour un travail pictural)

– Du côté américain on peut rechercher Trisha BROWN ou Anna HALPRIN. C’est la Danse performance des années 50.

Ces deux pôles sont déterminants. C’est l’aller retour entre danse et art dans l’art allemand et américain. (Et même actuellement ces deux aspects  sont sources d’inspiration et d’élévation pour les peintres.
Historiquement la danse  de Mary Wigman fut influencée par Nolde qui l’invite à retrouver Laban. Nolde trouve dans la danse l’écho dionysiaque de sa peinture. Il représente Wigman dans des postures extrêmes avec ses aquarelles.
De même Kirchner vient la peindre dans son studio, il peint la danseuse comme motif pictural. Wigman n’est plus un modèle  mais  un mobile, un spectacle pictural.
Donc 1920 : c’est déjà la danse performative avec Whigman Nolde Kirchner.

Puis ce sera l’histoire américaine des années 50 avec Anna Halprin.

Cette exposition du Centre Pompidou montre les pôles allemands et américains, et l’absence de la France dans le rapport  arts visuels-danse. En France il y a un non-rapport fondamental entre les arts plastiques et la danse. La danse française est longtemps restée sous la tutelle de la danse classique avec le culte de la littérature. La narration classique de la danse s’est ainsi continuée dans les années 80.
Quelques influences opposées  sont cependant apparues postérieurement dans les années récentes pour « raconter sa vie », la danser…

… et globalement s’inspirer de ces diverses sources très riches pour peindre les mouvemens de la vie.

R.Dumoux
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L’Orientalisme

Image à la une : Capture de la Smala d’Abdelkader, 16 Mai 1843 par Horace Vernet.

 

L’ORIENTALISME (article de 2011)

Maintenant nous sommes ouverts à tout ce qui est international, cosmopolite, à toutes les cultures ancestrales que nous respectons. En cette époque post coloniale nous nous intéressons aux périodes colonialistes, en particulier en Orient.

             – L’épopée orientaliste fut un phénomène européen qui prend sa source au 18éme avec la traduction des mille et une nuits, qui provoque un rêve d’Orient. Beaucoup d’artistes s’embarquent vers l’Orient, vers le Bosphore. On pense à Delacroix, Chassériau, Fromentin, Gérôme et aussi aux anglais, allemands, italiens… depuis le romantisme jusqu’à Klee ou Matisse.
L’orientalisme s’intéresse à l’archéologie, aux monuments mais aussi aux coutumes, aux scènes de rues, paysages de désert mais aussi au harem, au sérail. L’orientalisme touche toutes les catégories picturales, le paysage, la peinture d’histoire ou la scène de genre et des thèmes très classiques.. Les peintures sont alors réalisées dans l’atelier, à base de photographies avec beaucoup de détails comme Gérôme. Ainsi on a pu considérer l’orientalisme comme une expression à l’écart des mouvements de l’époque tels que romantisme ou réalisme.
Delacroix est un grand orientaliste qui reste romantique. Le sujet traité est important mais c’est l’interprétation qui domine, en donnant le primat à la couleur. Il associe  l’aspect reportage  à l’interprétation poétique. La richesse des couleurs  et des matières, au lieu de décrire des détails, suggère l’émotion de l’orient et en révèle la couleur et les parfums..
Cependant d’autres peintres  restent dans un registre d’illustration réaliste à partir de photos.
D’autres peintres parviennent à se dégager de ce réalisme comme Eugène Fomentin  dans ses visions du désert  où il montre à  la fois le paysage mais aussi l »émotion biblique  et la rêverie qu’il suscite.

                            – L’Orientalisme est un ensemble de Thèmes où chaque artiste apporte son regard et sa technique. Un peintre académique demeure académique et un romantique reste romantique dans son travail orientaliste.
Les thématiques se perpétuent, perdurent de Guérin, Cogniat  à Matisse. Ce qui importe c’est l’approche ethnographique et les peintres voient les paysages, les villes, les objets Ils prennent des photos qu’ils vont utiliser à leur façon dans les ateliers. Comme ils n’ont pas accès à certains intérieurs, ils s’attachent à recréer des atmosphères et produisent des visions recomposées et littéraires.
De 1850 à 1870 la peinture orientaliste a beaucoup de succès. Les artistes sont très demandés d’où la répétition  des thèmes.
Aujourd’hui ce marché réapparait. Les tableaux orientalistes donnent une grande part à l’imaginaire, au rêve littéraire de l’Orient. Cette civilisation, on la fantasme dans les bains depuis Ingres et Gérôme, les hammams et aussi les paysages de désert.

               – Le Désert dans l’orientalisme est un lieu d’épreuve , traversé par la mort et oblige à une palette réduite. Cela constitue une manière nouvelle d’aborder le paysage qui est au coeur de de la peinture du 19éme. C’est un regard sur l’infini. La découverte du désert revient à Eugène Fromentin qui a fait trois voyages en Algérie de 1846 à 1853 et a découvert ensuite l’Égypte. Il est aussi écrivain et il décrit le Sahel, le Sahara, les tempêtes de Sable , le sirocco, le Simoun redoutés des hommes comme des animaux des caravanes. Les peintres donnent des scènes d’épreuve de l’immensité.
Léon Belly peint la mer morte, le désert biblique de Sodom et Gomorrhe et ce n’est alors qu’un chaos de pierres.  Belly peint aussi les « Pèlerins allant à la Mecque », une avancée de caravanes de fidèles. Le soleil y brûle, c’est un camaïeu de gris ocres et bruns avec des taches de couleurs vives au premier plan. Guillomet comme Fromentin peint le Sahara.
Le désert est l’un des lieux les plus emblématiques du paysage orientaliste, fascinant.

– La peinture d’histoire est  aussi un point  important de l’orientalisme. Suite à l’expédition d’Egypte les peintres se confrontent avec l’Orient et renouvellent  la peinture d’histoire, on s’éloigne du néo-classicisme : ce sera un rêve d’Orient avec l’inspiration romantique de Delacroix.
Guérin est un peintre d’histoire qui peint « Bonaparte réprimant une sédition au Caire ». Gros peint Bonaparte visitant les Pestifférés de Jaffa. La Révolte du Caire de Girodet est vraiment aux antipodes du néoclassicisme et propose une nouvelle peinture d’histoire. Il faut encore citer Horace Vernet qui fut le peintre officiel de l’Algérie et Decamps peint la bataille décisive  de Navarin.

– Autre point important de l’orientalisme: la représentation de l’interdit : le Harem. L’orient est un rêve pour les peintres et le harem est le lieu du fantasme occidental. C’est un lieu secret caché. La première,  lady Wortley Montagu put visiter  un harem : elle décrit cela dans des lettres à son mari, « 200 femmes alanguies dans les vapeurs et les conversations du bain ». Le harem sera un tabou prétexte à toutes les audaces picturales. Renoir va s’inspirer du fantasme de ces lettres. Mais Ingres surtout : il peint l’odalisque à l’esclave où les corps sont comme enchâssés dans la  mosaïque de couleurs  des carreaux et des dessins géométriques des tapis. Son chef d’œuvre sera le Bain turc comme la somme des beautés de son univers pictural. Plus tard Delacroix visite un harem et il pense que c’est le lieu préservé de la beauté antique. Pour lui c’est comme au temps d’Homère : la femme dans le gynécée avec les enfants, filant et brodant.

– Autre tendance de l’orientalisme:  Peindre la religion. On voit dans l’Orient le berceau des religions. Ainsi on veut mettre la Bible en images et aussi le culte musulman avec son pittoresque. C’est  un peu un défi car on est à l’encontre d’une tradition chrétienne. Au 19éme c’est un grand trouble pour les catholiques. Pour l’exégèse le Christ est incarné sous les traits d’un oriental, selon les sources de textes anciens ou de vestiges archéologiques.
Une biographie du Christ est publiée en 1835 par David Strauss et puis 30 ans après ce sera « la Vie de Jésus » de Renan. Certains dogmes catholiques explosent  avec ce livre le plus lu de son temps.
Quelle sera alors l’origine des représentations des peintres? car les artistes n’ont pu éviter cette révolution.
Après l’idéalisation pendant des siècles, ce fut la réalité brutale presque triviale au risque de tuer la Bible en la costumant de façon reconnaissable. (selon Fromentin)
Mais certains peintres vont essayer une accommodation à l’orientale tel H. Lehman élève d’Ingres. Il réalise une adoration des Mages  avec une Vierge réelle et des Mages avec des types ethniques bien différents et vêtus à l’orientale. Il s’inspire de Rubens mais n’a jamais été en Orient. Chassériau avec « la Toilette d’Esther » créé un air bien oriental. Ami de Chassériau, Gustave Moreau peint Apparition en 1876 : Salomé dansant devant Hérode voit apparaître la tête de Jean Baptiste. Pour ce tableau il s’inspire de photos de revues telles les femmes de tribus avec leurs voiles transparents et leurs bijoux.

– Il y a aussi un réalisme religieux. Et un réalisme historique.
Horace Vernet, après son séjour en Algérie est réaliste. Avec réalisme il peint un épisode biblique audacieux : « Thamar et Juda » Il recherche avec exactitude le costume des anciens hébreux et celui des arabes modernes. Horace Vernet peintre d’histoire  réalise  un extraordinaire tableau de 30 mètres de long, conservé à Versailles au musée de l’histoire de France : il s’agit de la prise de la smala de Sidi Ferruch par le duc d’Aumale contre Abdel Kader. Épisode très important de la conquête de l’Algérie en 1843.
Gérôme également peint de façon archéologiquement exact le Golgotha. James Tissot de même peint une caravane de nomades dans un paysage de désert grandiose.

– Un problème pour le peintre orientaliste : Peindre le Sanctuaire inaccessible. Les peintres voyageurs transcrivent ce qu’ils ont vu malgré les interdits de l’Orient profond et de la religion musulmane. Le sanctuaire est interdit à l’étranger qui passe.Il faut dire que l’homme oriental est l’homme de foi que l’occidental n’est plus.
Gérôme grand voyageur peint « Prière publique dans une mosquée » et c’est une reconstitution de la plus ancienne mosquée du Caire. D’autres sanctuaires furent ainsi représentés et aussi à partir de photos.

L’orientalisme semble d’actualité grâce à des expositions importantes ( musée d’Orsay par exemple) ou simplement par la présentation nouvelle d’oeuvres de Gérôme ou d’Eugène Fromentin avec ses paysages impressionnants du Sahara, comme « au pays de la soif »

R.DUMOUX
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