Le temple d’Hérode

Image à la une : Maquette du temple d’Hérode à Jérusalem

 

Le temple d’Hérode  (art. 2)
Il semble nécessaire de compléter même brièvement l’article précédent par un commentaire du temple d’Hérode, (après avoir visité successivement le temple de Salomon puis le temple de Zorobabel).

Surtout connu pour le Massacre des Innocents, Hérode fut un des grands bâtisseurs de l’antiquité et il rénova aussi le temple de Zorobabel. Il a d’autre part édifié 3 autres temples. Et il voulut créer là un ensemble sacré des plus ambitieux du monde ancien, lieu où Jésus va prêcher.

Hérode entreprend la rénovation du temple de Zorobabel en 19 avant JC et ce travail s’achèvera en 63 de notre ère.
Hérode démantèle le temple de Zorobabel et le remplace par une structure neuve. Il en fit un superbe édifice, prodigieux, merveille du monde antique.
Le temple d’Hérode était composé de 3 parties; le parvis, le Saint et le Saint des Saints. Comme pour le temple de Salomon.

La façade était revêtue d’or et mesurait  52 m x 52 , Le portail laissait voir une porte ouvragée. Un grand voile multicolore était à l’entrée du Saint.
Le Saint des Saints formait une grande pièce entièrement revêtue de plaques d’or.

Le mobilier était le même que dans le temple de Salomon :

Le Saint contenait un candélabre à 7 branches, l’autel de l’encens  et la table des pains.
Le voile qui séparait le Saint du Saint des Saints est sans doute celui qui se déchira au moment de la mort du Christ. C’était un voile de brocart : le rideau du temple.
(J’évoque ce voile car il apparaît dans ma toile de 5 m à propos du  monde romain finissant et de la naissance du christianisme.)

Le Saint des Saints  était un cube  de 10m de côté recouvert de plaques d’or martelé, avec la présence de la Pierre de fondation, l’origine de la création du monde, ce bloc de pierre… qui est peut être celui du Dôme.
On voyait dans le Temple une représentation du Cosmos.

Ce magnifique temple d’Hérode fréquenté par le Christ pendant sa vie publique, fut détruit par les romains et Titus en 70 de notre ère.

L’ensemble de ces notes présente sans doute des lacunes et en particulier par rapport au devenir du lieu du Temple. Mais il faut noter qu’il s’agit là de documentations pour un peintre et aussi de suggestions de formes, de décors et d’inspirations colorées  qui sont  essentielles dans la composition et la réalisation de telles oeuvres. (cf : mon ensemble monumental peint de 50 toiles de 5 m x 3).  On remarquera en particulier la forte présence de l’Or, incarnation du spirituel, du sacré.

R. Dumoux
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Le Temple depuis Salomon

Image à la une : Vue artistique fantaisiste du temple d’Hérode par Nicolas Poussin

Depuis Salomon : Le Temple. Le Tabernacle. Le Temple de Salomon. Le Temple de Zorobabel.

Dans l’ ensemble de mon travail un certain nombre de toiles se rapporte à des thèmes historiques depuis la haute antiquité. Ainsi un certains nombre d’éléments ou de décors et d’architectures sont mis en scène  dans ces réalisations.
Dès les origines les plus lointaines on remarquera des constantes frappantes dans les organisations de l’architecture et donc une permanence.
Depuis l’Egypte, depuis Babylone, en accompagnant Moïse ou Alexandre, il m’était nécessaire de comprendre quelques monuments essentiels de ces civilisations, avant de dessiner.
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Ainsi le 1er  monument qui a retenu  ma curiosité fut le Temple. Quelle est son origine ?

 1- Le Temple
Le temple des anciens était la résidence terrestre d’un dieu ou d’une déesse. Cette divinité y était honorée par des cultes, des sacrifices, prières, musiques et offrandes. Afin de préserver la bienveillance de la divinité.

Le temple était souvent construit à proximité du palais royal. Il était élevé sur un centre géographique : il était le nombril du monde et avait le pouvoir de vaincre le chaos.
 Ainsi fut le temple de Marduk à Babylone, accompagné d’une ziggourat liant le ciel à la terre. il était construit dans l’alignement du mouvement du soleil et des étoiles, étant ainsi lié au Cosmos.
Au centre de la cour du temple il y avait un grand bassin, une cuve appelée « mer ».

Temple et Jardin à Babylone. Les dieux cultivaient un jardin luxuriant et fertile après avoir recueilli les eaux primordiales.
Le dieu Enki, autour de son temple, installe un jardin des délices rempli d’arbres fruitiers et d’oiseaux chanteurs.
Le temple par son ornementation sera le reflet de ce jardin floral. Par exemple les temples égyptiens ont sur leurs parois des scènes de jardin extraordinaires.

Le temple de Salomon déployait une profusion de décors floraux.
L’image du jardin d’Eden qui est souvent présente : Dieu plaça Adam et Eve dans un jardin dans l’Eden. De ce jardin sortait un fleuve qui se divisait en 4 pour irriguer le monde. C’est le thème de la Création et de l’Eden qui est souvent repris dans le temple de Salomon comme dans celui d’Hérode. La cour du temple de Salomon comprenait un un jardin avec des palmiers, des cèdres, des cyprès et un décor sculpté d’arbres. Le temple représentait le Cosmos, les cieux, la terre, la mer et Dieu assujettit le Chaos et impose la création dans son jardin.
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2- LE TABERNACLE

qui contient l’Arche d’Alliance. Durant la marche vers la terre promise, les hébreux se déplaçaient avec l’arche dans le tabernacle.

Sur le Mont Sinaï, Dieu révèle sa Loi et formule l’alliance : il donne les 10 Commandements. Ils seront gravés sur les tables de la Loi et conservés dans l’Arche d’Alliance.

Le tabernacle est un sanctuaire qui contient et abrite l’arche : il consiste en une tente mobile.
Cette tente mesurait 13 m x 4 m 50 : elle était composée de parois en bois et bandes d’étoffe de lin brodé et couverte de peaux de chèvre à l’extérieur.

L’ensemble du tabernacle est divisé en 2 carrés :
– une partie (le Saint) qui sert au culte  des prêtres avec trois éléments : l’autel de l’encens, la table des pains  et le candélabre
– le Saint des Saints qui contient l’Arche d’Alliance.

L’arche est un coffre d’acacia plaqué d’or de 112 x 69 cm Le couvercle était décoré de chérubins d’or. Il y avait deux poignées pour le  transporter. Et ce coffre contenait les tables, de la manne, et la verge d’Aaron.

Telles étaient les 3 parties du tabernacle :
– le parvis à ciel ouvert avec un bassin et l’autel des holocaustes.
– le saint avec le candélabre, la table des pains de proposition et l’encens.
– enfin le saint des Saints contenant l’Arche d’Alliance dont nous venons de parler.

Le Tabernacle servira de modèle pour la construction du temple.

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 3- LE TEMPLE DE SALOMON

Israel devient un royaume sédentarisé sous David (1010- 970) Et il fut décidé de créer pour Dieu une demeure permanente en pierre.

Les 10 siècle depuis David ont vu la construction et la destruction de 3 temples au même endroit.

1-  Le temple de Salomon édifié vers 968 av.JC.  Il fut détruit par les babyloniens et Nabuchodonosor en 586.

2- Le temple de Zorobabel. Il fut construit en 515 av. JC. Il fut remplacé en 19 par le temple d’Hérode (après démantèlement du temple de Zorobabel)

3- le temple d’Hérode construit en 19 avant JC.  Il fut détruit par les romains, par Titus en 70 de notre ère.

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 DESCRIPTION du Temple de Salomon.

Il reprend le modèle du tabernacle mais en plus grand et en pierre : c’est un édifice rectangulaire de 32 mètres x 13 x 9  avec des cours annexes. Le porche regarde vers l’Est.
Il se compose de 3 chambres:

1– le vestibule (le porche) Il mesure 9 m x 4. C’est un espace sans mobilier.

2– la longue nef (le Saint) Il mesurait 18 mx 13 x 9 . Il y avait un autel en or pour l’encens et une table pour les pains de proposition, d’oblation. Il y avait aussi 10 grands chandeliers en bois. Encensoir et bols étaient en or massif.

3- et le Saint des Saints. Cube de 9 m d’arête. C’est ici que l’on place l’Arche d’Alliance. Elle est protégée par 2 chérubins revêtus d’or.
Cet édifice était en pierre avec des revêtements et des panneaux d’or.

– Dans la cour devant le temple se dresse un autel carré en bronze destiné au sacrifice. Il y a un bassin (pour les prêtres) en bronze appelé « la mer », reposant sur le dos de 12 boeufs de bronze. Il y avait encore 10 petits bassins pour laver les offrandes.

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La DESTRUCTION du Temple de Salomon

En 586 avant J.C., Nabuchodonosor et les Babyloniens incendient le temple et pillent les trésors.
Les prophètes avaient pensé que le temple était corrompu par les rites cananéens.

EZECHIEL eut une vision, celle de Dieu trônant sur un char flamboyant, entouré de chérubins à 4 faces : d’homme, de lion, de taureau et d’aigle.
(Cette énumération à elle seule est inspiratrice d’une suite de  4 panneaux  a tempéra, dans le déroulement annuel de mon travail avec l’évocation du Tétramorphe)
Ezéchiel décrit la gloire de Dieu quittant la temple avant sa destruction. Mais avec des promesses de rétablissement d’un sanctuaire  et il va décrire ce temple futur dans sa vision.
Ainsi conformément aux écritures de Jérémie et Ezéchiel, après 18 mois de siège de Nabuchodonosor, Jérusalem tomba et le temple fut incendié.

4- LE TEMPLE DE ZOROBABEL
La destruction du Temple fut traumatisante pour les Juifs.
Mais bientôt Cyrus va autoriser les Juifs à rentrer chez eux et à rebâtir le temple.
De retour à Jérusalem ils établissent un autel et les fondations d’un temple.
Ce fut donc le second temple appelé temple de Zorobabel qui resta le centre de culte de 515 à 19 avant J.C.

(Et à cette date il fut remplacé par le temple d’Hérode  et qui sera détruit par Titus.. ) : ce sera l’objet de mon prochain article.)

 Temple-Salomon-Ezechiel
Vue  du temple de Salomon par Perrot et Chipiez d’après la description d’Ezéchiel

 N.B.Toutes ces notes à propos des temples sont précieuses car elles me servent à dessiner; à imaginer, à resituer  et même aussi à construire des « maquettes » ou modelli  inspirés… ce qui peut devenir pour moi un projet de réalisations en volumes.

R.Dumoux

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Le Saint Suaire

Dans l’ensemble de mon travail, les drapés, les voiles ont une grande importance. Cela  a débuté avec de multiples dessins de grandes dimensions et travaillés à l’aide de courbes, comme des courbes de niveau parallèles qui définissent des reliefs, des volumes et finalement des silhouettes. Ces courbes parallèles déterminent des drapés qui se précisent alors dans des panneaux a tempéra évoquant des figures voilées, des transparences, comme une incursion en Orient. Ainsi le Saint Suaire me parut toujours comme un grand mystère et aussi une source d’inspiration, profonde.

En 2010, 2 millions de personnes visitent le Saint Suaire en la cathédrale de Turin. De nombreux visiteurs affluent pour quelques secondes. Claudel dans sa contemplation a dit :
« Ces yeux fermé, cette figure définitive comme empreinte d’éternité. Il y a quelque chose de destructeur. Quelque chose de beau, d’horrible tel qu’on ne peut lui échapper que par l’adoration. »

Il y a de la science et de la foi dans le Saint Suaire. Mais la science butte et la foi va au delà.

Les travaux scientifiques n’ont rien pu affirmer. A la recherche d’une certitude historique, même le carbone 14 (qui concluait à une origine médiévale du St Suaire) a vu ses résultats contestés. Ils ont été faussés par l’enrichissement en carbone 14  dus à l’incendie de 1530. D’autre part le tissage du linceul et les pollens de Jérusalem mis en évidence par la NASA plaident pour une authenticité qui demeure cependant de l’ordre de l’inexplicable.
Devant cette incertitude, l’église aussi semble hésiter et interdit toute fascination.
(En 2000 le pape Jean Paul II à Turin se recueille devant un tabernacle de la cathédrale et ensuite devant le linceul, il le contemple puis va à la rencontre des visiteurs. Ainsi le moindre tabernacle semble plus vénéré que le linceul du St Suaire.)
Devant tant d’hésitation quant au caractère sacré du St Suaire, il est possible de retenir avec certitude d’abord son aspect d’une beauté fascinante. Et l’on peut affirmer que pour le linceul de Turin nous sommes face à un objet esthétique par excellence.

Et maintenant le linceul est présenté de la façon suivante : en 2002 il est décousu  de son support de toile de Hollande et il est présenté dans un caisson en longueur sur la tranche ; il est rétro éclairé et ainsi il déchire la pénombre de la cathédrale de Turin. C’est la vision de l’horreur sanglante et de la paix translucide.
Cette image faite de transparence est légère comme une fumée, l’image d’un corps cadavérique percé entre la 6éme et la 5éme côte.
Ce corps qui a été soumis au supplice est présenté sur un linge qui est déclaré impur par la loi Juive et cela nous touche, ce rapprochement entre l’impur et le sacré. C’est aussi une grande lumière spirituelle, la lumière de la vie splendide autour de cette mort atroce.

Enfin, plusieurs réflexions peuvent être menées à propos du linceul de Turin.
– Le St Suaire est une relique admirée pour sa représentation. On peut penser à l’incarnation d’une empreinte, à une étreinte ou à des oeuvres modernes.
– Cette image ressemble à un négatif photographique, à une radiographie, elle est réaliste. Cette image réaliste est aussi abstraite car insérée dans des lignes géométriques orthogonales que sont le plis parallèles et les plis noircis. Son réalisme rappelle aussi des oeuvres modernes, des peintures sur toiles libres.
– Enfin la reproduction augmente le contraste et renforce l’image du Suaire. (le célèbre négatif de Secundo Pia) Avec la photo on voulu rendre le linceul plus  lisible et visible.Mais en réalité le Suaire reste  d’une grande discrétion, léger et transparent. Il n’impose pas mais révèle en profondeur et il faut lui prêter attention, le contempler.

Finalement, la question de la réalité historique du St Suaire, les résultats scientifiques hésitants, (malgré un sentiment de piété et de foi auprès de fidèles) sont limitatifs mais cependant nous avons l’assurance de la qualité bouleversante de mysticisme du linceul.

Le Saint Suaire est véritablement un drame sublime pour ses qualités esthétiques évoquant les oeuvres les plus glorieuses de l’histoire de la peinture faites de mystères, de transparences et de lumière spirituelle.. Nous pensons au Christ mort de Mantegna et aussi à ces corps magnifiques de mort et de résurrection, corps de martyrs, de suppliciés qui nous font approcher des profondeurs de l’art et de l’âme.

R.Dumoux
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A propos du LAND ART

Image à la une : Robert Smithson, dessin de la Spiral Jetty

A propos du Land Art.  Exposition actuelle à Los Angeles été 2012)

Il s’agit des artistes des années 70 dans les déserts américains et des lieux mythiques. C’est la conquête de la terre  de 1960 à 1975 environ avec des pièces majeures de l’art contemporain, des pièces inoubliables.

– Robert Smithson. On quitte la civilisation par une piste vers le grand lac salé de l’Utah et on marche sur les pas de Robert Smithson lorsqu’il voulait installer sa Spirale Jetty de 1970. On se croit devant l’origine du monde d’une grande désolation toute de gris. Ce grand enroulement mesure, en émergeant de la mer, 457 m  x 4 m de largeur. Cette spirale est hors du temps et préhistorique. Elle fut un moment menacé par une société pétrolière mais Nancy Holt veuve de Smithson alerte la communauté artistique et cela permit de sauver la Spirale Jetty sur le bord du Lac Salé.

Nancy Holt : Sur la rive opposée du Lac Salé elle installe une oeuvre qui fait signe à Spirale Jetty : ce sera le Sun Tunnels de simples tubes de béton qui sont comme un culte au soleil , aux solstices et à la lumière qui inonde et parle, invoque la rive opposée où s’enroule la Spirale.

– Michael Heizer autre maître du land Art est retiré maintenant dans son ranch du Nevada. Assez proche de Las Vegas il cache la plus grande sculpture au monde  : The City. C’est un dédale inspiré des Aztèques avec des murs en biseau. Cette City, Heizer la construit depuis 40 ans.
Heizer a laissé aussi une fosse de 500 m x 15 m de large, Double Négative dans dans le désert du Nevada.

Walter de Maria, le 4éme Titan du Land Art : il se confronte aux puissances de l’Univers. Il est le démiurge des éclairs en créant  The Lightning Field. C’est un simple champ recouvert de paratonnerres, près d’Albuquerque  au Nouveau Mexique. il y a une cabane qui peut accueillir les curieux de ce spectacle d’Enfer lorsque les orages se déchainent. Tout le programme est dans la contemplation de ce sublime du monde, de la terre.

James Turrell est un dernier grand représentant de ce mouvement. En Arizona il a créé un observatoire cosmique : le Roden Crater , un volcan , un cratère  qu’il a transformé en laboratoire cosmique.
Il ainsi acheté 18 cratères de volcan pour choisir celui qui convient le mieux à son observatoire. Pour financer tout cela li a un élevage de plus de 1000 têtes de vaches. Les vaches paient les frais du volcan.
Turrell est inspiré par les stukas indiens et avec Roden Crater on peut recevoir la lumière des plus vielles étoiles… d’étoiles plus anciennes que le système solaire, et remonter jusqu’à 3 milliards d’années lumière. C’est la grâce du ciel, du cosmos.

Le Land art est une tendance de l’art qui s’affronte aux éléments et pratique des errances dans les paysages pour les sculpter dans leur immensité.
Dans cette lignée on peut encore évoquer : Robert Morris, Christo, Dennis Oppenheim. Parfois ce sont des dimensions plus restreintes.. Ou encore Richard Long et Hammish Fulton qui se lance dans de très longues marches. … à la recherche et la contempation  de l’univers.

R.Dumoux
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Danse et arts visuels de 1900 à nos jours

Image à la une : « La Danse  » tempera sur toile – 2007 © R. Dumoux – Viapictura.com

 

DANSE ET ARTS VISUELS DE 1900 A NOS JOURS.

Cet article fait référence à une exposition récente du Centre Pompidou.
On constate d’emblée que la danse s’est peu à peu dégagée du classicisme et elle devient source d’inspiration pour les artistes depuis le cubisme ou le constructivisme. Puis ensuite on observe ses influences dans l’art de la performance depuis le dadaïsme jusqu’à la techno actuelle.

Les Figures majeures du 20ème siècle. On remarque deux mouvements :

– Du coté européen ce sera la danse expressionniste allemande de Mary WIGMAN à Pina BAUSCH et Rudy LABAN.
On ne peut qu’ inviter le lecteur  à rechercher sur Google ces 3 figures (les images sont très inspirantes pour un travail pictural)

– Du côté américain on peut rechercher Trisha BROWN ou Anna HALPRIN. C’est la Danse performance des années 50.

Ces deux pôles sont déterminants. C’est l’aller retour entre danse et art dans l’art allemand et américain. (Et même actuellement ces deux aspects  sont sources d’inspiration et d’élévation pour les peintres.
Historiquement la danse  de Mary Wigman fut influencée par Nolde qui l’invite à retrouver Laban. Nolde trouve dans la danse l’écho dionysiaque de sa peinture. Il représente Wigman dans des postures extrêmes avec ses aquarelles.
De même Kirchner vient la peindre dans son studio, il peint la danseuse comme motif pictural. Wigman n’est plus un modèle  mais  un mobile, un spectacle pictural.
Donc 1920 : c’est déjà la danse performative avec Whigman Nolde Kirchner.

Puis ce sera l’histoire américaine des années 50 avec Anna Halprin.

Cette exposition du Centre Pompidou montre les pôles allemands et américains, et l’absence de la France dans le rapport  arts visuels-danse. En France il y a un non-rapport fondamental entre les arts plastiques et la danse. La danse française est longtemps restée sous la tutelle de la danse classique avec le culte de la littérature. La narration classique de la danse s’est ainsi continuée dans les années 80.
Quelques influences opposées  sont cependant apparues postérieurement dans les années récentes pour « raconter sa vie », la danser…

… et globalement s’inspirer de ces diverses sources très riches pour peindre les mouvemens de la vie.

R.Dumoux
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L’Orientalisme

Image à la une : Capture de la Smala d’Abdelkader, 16 Mai 1843 par Horace Vernet.

 

L’ORIENTALISME (article de 2011)

Maintenant nous sommes ouverts à tout ce qui est international, cosmopolite, à toutes les cultures ancestrales que nous respectons. En cette époque post coloniale nous nous intéressons aux périodes colonialistes, en particulier en Orient.

             – L’épopée orientaliste fut un phénomène européen qui prend sa source au 18éme avec la traduction des mille et une nuits, qui provoque un rêve d’Orient. Beaucoup d’artistes s’embarquent vers l’Orient, vers le Bosphore. On pense à Delacroix, Chassériau, Fromentin, Gérôme et aussi aux anglais, allemands, italiens… depuis le romantisme jusqu’à Klee ou Matisse.
L’orientalisme s’intéresse à l’archéologie, aux monuments mais aussi aux coutumes, aux scènes de rues, paysages de désert mais aussi au harem, au sérail. L’orientalisme touche toutes les catégories picturales, le paysage, la peinture d’histoire ou la scène de genre et des thèmes très classiques.. Les peintures sont alors réalisées dans l’atelier, à base de photographies avec beaucoup de détails comme Gérôme. Ainsi on a pu considérer l’orientalisme comme une expression à l’écart des mouvements de l’époque tels que romantisme ou réalisme.
Delacroix est un grand orientaliste qui reste romantique. Le sujet traité est important mais c’est l’interprétation qui domine, en donnant le primat à la couleur. Il associe  l’aspect reportage  à l’interprétation poétique. La richesse des couleurs  et des matières, au lieu de décrire des détails, suggère l’émotion de l’orient et en révèle la couleur et les parfums..
Cependant d’autres peintres  restent dans un registre d’illustration réaliste à partir de photos.
D’autres peintres parviennent à se dégager de ce réalisme comme Eugène Fomentin  dans ses visions du désert  où il montre à  la fois le paysage mais aussi l »émotion biblique  et la rêverie qu’il suscite.

                            – L’Orientalisme est un ensemble de Thèmes où chaque artiste apporte son regard et sa technique. Un peintre académique demeure académique et un romantique reste romantique dans son travail orientaliste.
Les thématiques se perpétuent, perdurent de Guérin, Cogniat  à Matisse. Ce qui importe c’est l’approche ethnographique et les peintres voient les paysages, les villes, les objets Ils prennent des photos qu’ils vont utiliser à leur façon dans les ateliers. Comme ils n’ont pas accès à certains intérieurs, ils s’attachent à recréer des atmosphères et produisent des visions recomposées et littéraires.
De 1850 à 1870 la peinture orientaliste a beaucoup de succès. Les artistes sont très demandés d’où la répétition  des thèmes.
Aujourd’hui ce marché réapparait. Les tableaux orientalistes donnent une grande part à l’imaginaire, au rêve littéraire de l’Orient. Cette civilisation, on la fantasme dans les bains depuis Ingres et Gérôme, les hammams et aussi les paysages de désert.

               – Le Désert dans l’orientalisme est un lieu d’épreuve , traversé par la mort et oblige à une palette réduite. Cela constitue une manière nouvelle d’aborder le paysage qui est au coeur de de la peinture du 19éme. C’est un regard sur l’infini. La découverte du désert revient à Eugène Fromentin qui a fait trois voyages en Algérie de 1846 à 1853 et a découvert ensuite l’Égypte. Il est aussi écrivain et il décrit le Sahel, le Sahara, les tempêtes de Sable , le sirocco, le Simoun redoutés des hommes comme des animaux des caravanes. Les peintres donnent des scènes d’épreuve de l’immensité.
Léon Belly peint la mer morte, le désert biblique de Sodom et Gomorrhe et ce n’est alors qu’un chaos de pierres.  Belly peint aussi les « Pèlerins allant à la Mecque », une avancée de caravanes de fidèles. Le soleil y brûle, c’est un camaïeu de gris ocres et bruns avec des taches de couleurs vives au premier plan. Guillomet comme Fromentin peint le Sahara.
Le désert est l’un des lieux les plus emblématiques du paysage orientaliste, fascinant.

– La peinture d’histoire est  aussi un point  important de l’orientalisme. Suite à l’expédition d’Egypte les peintres se confrontent avec l’Orient et renouvellent  la peinture d’histoire, on s’éloigne du néo-classicisme : ce sera un rêve d’Orient avec l’inspiration romantique de Delacroix.
Guérin est un peintre d’histoire qui peint « Bonaparte réprimant une sédition au Caire ». Gros peint Bonaparte visitant les Pestifférés de Jaffa. La Révolte du Caire de Girodet est vraiment aux antipodes du néoclassicisme et propose une nouvelle peinture d’histoire. Il faut encore citer Horace Vernet qui fut le peintre officiel de l’Algérie et Decamps peint la bataille décisive  de Navarin.

– Autre point important de l’orientalisme: la représentation de l’interdit : le Harem. L’orient est un rêve pour les peintres et le harem est le lieu du fantasme occidental. C’est un lieu secret caché. La première,  lady Wortley Montagu put visiter  un harem : elle décrit cela dans des lettres à son mari, « 200 femmes alanguies dans les vapeurs et les conversations du bain ». Le harem sera un tabou prétexte à toutes les audaces picturales. Renoir va s’inspirer du fantasme de ces lettres. Mais Ingres surtout : il peint l’odalisque à l’esclave où les corps sont comme enchâssés dans la  mosaïque de couleurs  des carreaux et des dessins géométriques des tapis. Son chef d’œuvre sera le Bain turc comme la somme des beautés de son univers pictural. Plus tard Delacroix visite un harem et il pense que c’est le lieu préservé de la beauté antique. Pour lui c’est comme au temps d’Homère : la femme dans le gynécée avec les enfants, filant et brodant.

– Autre tendance de l’orientalisme:  Peindre la religion. On voit dans l’Orient le berceau des religions. Ainsi on veut mettre la Bible en images et aussi le culte musulman avec son pittoresque. C’est  un peu un défi car on est à l’encontre d’une tradition chrétienne. Au 19éme c’est un grand trouble pour les catholiques. Pour l’exégèse le Christ est incarné sous les traits d’un oriental, selon les sources de textes anciens ou de vestiges archéologiques.
Une biographie du Christ est publiée en 1835 par David Strauss et puis 30 ans après ce sera « la Vie de Jésus » de Renan. Certains dogmes catholiques explosent  avec ce livre le plus lu de son temps.
Quelle sera alors l’origine des représentations des peintres? car les artistes n’ont pu éviter cette révolution.
Après l’idéalisation pendant des siècles, ce fut la réalité brutale presque triviale au risque de tuer la Bible en la costumant de façon reconnaissable. (selon Fromentin)
Mais certains peintres vont essayer une accommodation à l’orientale tel H. Lehman élève d’Ingres. Il réalise une adoration des Mages  avec une Vierge réelle et des Mages avec des types ethniques bien différents et vêtus à l’orientale. Il s’inspire de Rubens mais n’a jamais été en Orient. Chassériau avec « la Toilette d’Esther » créé un air bien oriental. Ami de Chassériau, Gustave Moreau peint Apparition en 1876 : Salomé dansant devant Hérode voit apparaître la tête de Jean Baptiste. Pour ce tableau il s’inspire de photos de revues telles les femmes de tribus avec leurs voiles transparents et leurs bijoux.

– Il y a aussi un réalisme religieux. Et un réalisme historique.
Horace Vernet, après son séjour en Algérie est réaliste. Avec réalisme il peint un épisode biblique audacieux : « Thamar et Juda » Il recherche avec exactitude le costume des anciens hébreux et celui des arabes modernes. Horace Vernet peintre d’histoire  réalise  un extraordinaire tableau de 30 mètres de long, conservé à Versailles au musée de l’histoire de France : il s’agit de la prise de la smala de Sidi Ferruch par le duc d’Aumale contre Abdel Kader. Épisode très important de la conquête de l’Algérie en 1843.
Gérôme également peint de façon archéologiquement exact le Golgotha. James Tissot de même peint une caravane de nomades dans un paysage de désert grandiose.

– Un problème pour le peintre orientaliste : Peindre le Sanctuaire inaccessible. Les peintres voyageurs transcrivent ce qu’ils ont vu malgré les interdits de l’Orient profond et de la religion musulmane. Le sanctuaire est interdit à l’étranger qui passe.Il faut dire que l’homme oriental est l’homme de foi que l’occidental n’est plus.
Gérôme grand voyageur peint « Prière publique dans une mosquée » et c’est une reconstitution de la plus ancienne mosquée du Caire. D’autres sanctuaires furent ainsi représentés et aussi à partir de photos.

L’orientalisme semble d’actualité grâce à des expositions importantes ( musée d’Orsay par exemple) ou simplement par la présentation nouvelle d’oeuvres de Gérôme ou d’Eugène Fromentin avec ses paysages impressionnants du Sahara, comme « au pays de la soif »

R.DUMOUX
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Les Dogons

Image à la une : « Africa » détail de la toile de 5 mètres x 3, en cours d’éxécution » R. Dumoux © viapictura.com

 

« LES DOGONS »

Il s’agit d’une exposition qui eut lieu au musée du quai Branly à Paris. J’écris cet article car il entre dans mes préoccupations sur les arts des origines. Arts qui se soucient des ancêtres et des cultures autres que l’on admire et respecte.
D’ autre part je travaille à une grande toile destinée à mon ensemble monumental de 40 tableaux de 5 mètres x 3  ( voir le site  www.viapictura.com) :  cette toile a pour thème l’Afrique et pour ce travail monumental j’ai du faire diverses recherches et finalement les Dogons ont une place importante  et en particulier les danseurs Dogons avec les masques Sirige (masques de 4 à 5 m de haut sur la tête)et Kanaga (en forme de croix de Lorraine) bien connus. Ces masques seront particulièrement mis en évidence dans ma toile.

masqueDogon
Crédit photo : © Vincent Bournazel -> voir son site
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Les Dogons sont un peuple du Mali au Bandiagarra où existent des falaises rocheuses trouées de grottes, endroits sacrés qui ont reçu les dépouilles des défunts. Dans ces lieux on a découvert de nombreuses sculptures qui étaient restées cachées.

Les Dogons sont environ 400.000 et ceux qui les ont précédés sont appelés : Tellem, les gens d’avant. (Avant les Dogons il y eut aussi les Djénnenké à Bandiagarra au 11 ème siècle). Les Dogons sont arrivés à Bandiagarra vers le 14 ème siècle et ils ont un grand sens artistique.

Les sculptures Dogon sont des effigies religieuses austères et dépouillées : elles sont le réceptacle de l’énergie vitale du défunt. Objets de recherches depuis le 19 ème siécle, elles évoquent les origines mais représentent aussi des objets du Quotidien.  Elles sont également destinées à la lutte contre la stérilité, avec des sculptures à la gloire de l’union des deux sexes.

Les 1ers habitants de la falaise de Bandiagarra furent les Tellem : ils  ont réalisé des sculptures très modernes proches de nous. Tout y est très stylisé comme des statues planches sans ornementation. Les visages ne sont pas détaillés. C’est l’évocation d’un mystérieux esprit, sans représentation précise.
Ailleurs à Tintam les sculptures sont des réalisations d’animistes : ce sont des statues d’hommes aux bras levés pour implorer les ancêtres  ou demander de la pluie. Ces sculptures représentent aussi des maternités. Elles sont adaptées à la vie religieuse et à l’expression des mythes Dogon. Le style est parfois simplifié et les formes géométriques. Telle statue d’un penseur, gardien du mythe, se présente sans attribut ni vêtement. Seule sa tête est imposante.

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Le MONDE des MASQUES DOGON.

Depuis 1930 Marcel Griaule a étudié les masques Dogon. Si les statues sont anciennes, les masques sont actuels. Chaque année il y a de nouveaux masques. Les masques interviennent à l’occasion de deuils. Ils accompagnent l’âme du défunt jusqu’à l’autel de la famille. Le défunt devient un ancêtre. A l’occasion de la fête du SIGUI on célèbre le 1er ancêtre, sa mort, ses funérailles. Cette fête a lieu tous les 60 ans.

Griaule a inventorié 68 types de masques correspondant à un personnage ou à un mythe. Ils représentent les éléments de l’univers, leurs formes sont géométriques avec des yeux rectangulaires. Le danseur a un costume de fibres.
Une sortie de masques est grandiose.
– le masque SIRIGE est très important et il est surmonté d’ une étroite planche, jusqu’à 5 m de hauteur. Le porteur de ce masque est fort car il le balance d’avant en arrière jusqu’à toucher le sol. Son costume est fait de fibres et de bracelets de fibres aux bras et aux jambes.
le masque Kanaga très important aussi est surmonté d’une grande croix en forme de croix de Lorraine : le danseur fait des mouvement tournoyants qui évoquent la création du monde.

D’autres masques Dogons représentent divers animaux : lièvre gazelle, singe,bovidés , éléphant, autruche etc. Il y a aussi des masques humains : guérisseur, chasseur, jeune fille.
Tous ces masques expriment la cosmogonie Dogon.
Divers objets symbolisent aussi la cosmogonie: il y a les sculptures de volets, de greniers de portes, des piliers évoquant la philosophie Dogon.

Malgré une société modernisée, malgré les échanges dus au tourisme et le contact avec l’Occident, la culture et l’identité Dogon persistent.

R.Dumoux
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Artistes néo classiques

Image à la une : Canova : « Psyché ranimée par le baiser de l’Amour »

Artistes néoclassiques

Dans un article précédent il été question de plusieurs penseurs du néoclassicisme,  Winkelman ou le Comte de Caylus, ou de peintres comme Vien, Raphael Mengs, Batoni. Mais Il y eut CANOVA, figure majeure du néoclassicisme.

Canova est l’apothéose de la sculpture néoclassique. Installé définitivement à Rome en 1780, Canova va dominer la scène pendant plusieurs décennies.
Il réalise deux célèbres chefs d’oeuvre :
Psyché ranimée par l’amour; Canova reprend la composition d’une fresque d’Herculanum en s’appuyant aussi sur le thème antique d’Apurée et l’histoire de Psyché.Le mythe de Psyché est fréquent dans l’art néo classique.

L’autre chef d’œuvre est la statue impériale de Napoléon en empereur romain nu. L’empereur se trouve divinisé en Mars pacificateur et comme un triomphateur de la Rome Antique.

 C’est en France que le néoclassicisme triomphe avec les sculptures à la grecque. Le style néoclassique s’impose aussi en Angleterre où dès le début du 18 éme les aristocrates et dirigeants se font faire leur buste à l’antique.

 Le mot néoclassique fut inventé  pour désigner un mouvement du 18ème qui voulait régénérer l’art en s’appuyant sur les modèles de l’antiquité gréco-romaine. 
Ce courant commence au milieu du 18 éme avec les fouilles d’Herculanum. Pour la France la date importante est 1750 date du voyage en Italie de Soufflot et Cochin et ainsi il y eut beaucoup d’amateurs de connaissances archéologiques pour étudier les chefs d’oeuvre antiques et aussi de nombreux artistes travaillant dans ce sens.

Le néoclassicisme se caractérise par le dessin au trait. Le style Rocaille, c’est la couleur, la volupté et l’imagination, alors que le néo classicisme c’est la ligne pure. D’ailleurs, cette ligne est assez abstraite. Elle est une ligne parfaite inspirée de la reproduction des pierres gravées antiques. La pierre gravée est en effet l’objet qui permet d’apprendre le dessin des grecs. Ainsi les marbres de Houdon, de Canova,  les terres cuites de Clodion ou Pajou sont comme des figures au trait pourvues d’une 3ème dimension.

Ces caractères du dessin, de la ligne et de la courbe ont été une source déterminante pour mon travail. Cela apparait particulièrement dans mes collections de dessins passés ou récents qui bien que figuratifs laissent la ligne abstraite se déployer.

R.Dumoux
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Néo-classicisme et Antiquité

Image à la une : Anton Raphael Mengs « Le Parnasse »panneau central du plafond de la galerie de la Villa Albani à Rome, peint à fresque (1760)

Un article précédent traitait de l’héritage classique aujourd’hui.  Mais qu’en a- t-il été de l’héritage classique au 18éme, au delà de l’anticomanie ?.
Si les renaissances classiques dans les siècles précédents semblent claires, au 18éme tout semble plus complexe et diverses notions importantes apparaissent tel le sublime avec la présence de personnages d’une grande importance. C’est  l’objet du présent article.

 – Certaines figures sont incontournables tels le comte de Caylus,, Winckelman et les peintres Raphael Mengs, Vien,  Hamilton et encore les peintres appelés « Nazaréens » à Rome  (Overbeck, Cornelius, Pforr ) ou encore des peintres du Sublime tels Bejamin West ou  Fussli.

  – Le Comte de Caylus fut un érudit et un amateur d’antique : il fut engagé dans des recherches archéologiques et dans des débats importants au sujet de l’antiquité.. Il publia 7 volumes de recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, gauloises. Il donne des conférences sur l’art de l’Antiquité. D’autre part le comte de Caylus fait des commandes à des artistes, des commandes directement inspirées de l’antique. Par exemple le peintre Joseph Vien est sollicité pour la recréation de peinture antique à l’encaustique.
Le comte de Caylus s’intéressait aux textes de Pline relatif à la technique des peintres et il fit réaliser à Vien une tête de Minerve à la cire. Il fit aussi réaliser un ensemble mobilier à la grecque inspiré du vocabulaire ornemental antique.

Winkelman qui s’impose dans le monde de l’antiquité à Dresde publie « Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et sculpture » Il commande des copies de statues antiques. Le peintre Mengs originaire aussi de Dresde, adapte son style à la grandeur et à la sérénité olympienne. il peint un plafond à fresque: le Parnasse, Apollon au milieu des Muse sur le Parnasse.
Mengs et Winckelman eurent beaucoup d’influence sur les artistes de l’étranger et surtout anglais. Par exemple le peintre anglais Hamilton fait du commerce avec le résultats de fouilles  et peint aussi un cycle de peintures inspirées de l’Iliade. Poussin, Greuze ou Fragonard seront aussi influencés par cet esprit dans certaines œuvres.

Cependant cette tendance forte de Winkelman, ce grand classicisme de l’imitation des oeuvres grecques fut en 1810 refusé par des artistes allemands à Rome : les Nazaréens tels Overbeck, Pforr ou Cornelius.. Ces artistes de même que les Préraphaélites recherchent plutôt l’idéalisme et l’inspiration.

Également à l’opposé du classicisme à l’antique on voit apparaître les prémices du Sublime, avec des artistes très importants. Cela se développe surtout en Angleterre. Ainsi Benjamin West formé à Rome auprès de Mengs réalise de nombreuses peintures d’histoire édifiantes et ainsi dépasse les idéaux de grandeur et de sérénité de Winckelman.
D’autre part il y eut James Barry qui recréa une oeuvre grecque de Parrhasios. Ce peintre créé l’apothéose du vertige et de la terreur dans le sens de l’esthétique du Sublime, inspirée du philosophe  Edmund Burke.  Cette philosophie du Sublime s’attache moins à la perfection olympienne de l’antique mais préfère le frisson des gouffres et de l’obscurité. Ainsi sur les ruines de l’antique on édifie une Esthétique Nouvelle.

 Le peintre Fussli exalte cette esthétique dans le sens de la démesure et de la désespérance. Tendance qui est dépouillée de l’idéal de Winkelman. Il y eut également le peintre Peyron qui associant Poussin à l’antique s’inspire de sujets dans les tourments et dans les geôles. Citons de lui la mort de Socrate ou les funérailles de Miltiade.
On connait  aussi de David  « Bélisaire » général déchu mendiant, que son soldat veut réhabiliter. Et avec le Serment des Horaces malgré l’austère construction à l’antique, David met en lumière une morale destructrice, car il y a une ambiguité trouble dans ce combat des Horaces et des Curiaces. Les 3 Horaces doivent combattre les 3 Curiaces  mais ils sont alliés par le sang.
Ces quelques exemples prouvent que ce ne sont plus les Lumières sociables et altruistes  mais c’est maintenant l’annonce de temps plus sombres et à partir de ce moment  va se développer le frisson du Sublime. 

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Jean-François Pierre Peyron : Miltiade : Les funérailles de Miltiade – Vien – Musée du Louvre 

Ainsi l’héritage classique au 18éme s’exprime d’abord d’une façon parfaitement fidèle à l’antique, avec des personnalités de 1er plan et des penseurs comme Winkelman. Cependant  tout en perpétuant des figures et des thèmes à l’antique il se produisit une sorte de dérive, une autre expression orientée vers les tourments de l’âme et un certain romantisme jusqu’à l’expression du Sublime.

R.Dumoux
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L’abbaye de Cluny en Bourgogne

L’Abbaye de Cluny  en Bourgogne (France) – 1100éme anniversaire

Cluny, ce fut la « Major Ecclésia », le phare de la chrétienté médiévale. Il y avait de fastueuses et immenses  peintures murales, des sculptures, des chapiteaux très nombreux, historiés et ornés de motifs végétaux et d’inspiration corinthienne. Il faut dire que cet abbaye achevée en 1130 mesurait 187 m de long, et présentait 5 nefs à 11 travées, un choeur à déambulatoire. De tout cela il ne reste que des vestiges rares (une partie du transept).

Cet édifice magnifique et immense attisa les fureurs révolutionnaires et le vandalisme des générations suivantes qui en firent un chantier de démolition et une carrière de pierres.

Peu de vestiges donc. Cependant cette capitale mondiale de la spiritualité produisit un Sciptorium  qui donna les plus beaux chefs-d’œuvre de l’enluminure médiévale.
A Cluny on accordait la 1ère place à la liturgie, au chant et au travail intellectuel aux dépens du labeur manuel.
C’est pourquoi entre la fin du 10ème et le début du 11ème, l’abbaye St Pierre de Cluny encourage l’exécution de manuscrits dans son scriptorium. Et à la fin du 11ème la bibliothèque de Cluny est une des plus riches en Europe et possède 570 livres.

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Quelques étapes de l’enluminure à Cluny :

– Du 10ème au 11ème, ce sont les 1ers manuscrits du scriptorium. De 948 à 994 l’Abbé Mayeul dirigea la production des livres au scriptorium de Cluny et il encourage la copie de manuscrits. Parmi toutes ces copies seuls quelques livres ont des ornements qui d’ailleurs sont assez archaïques. ( à ce moment, à la fin de l’époque carolingienne on assiste à un déclin de l’enluminure) Il s’agit souvent de simples décors à la plume d’initiales, avec parfois des entrelacs, des tresses ou des végétaux et animaux fantastiques. A Cluny il y avait aussi des manuscrits carolingiens, c’est pourquoi les motifs deviennent plus riches plus évolués.
Le scribe Warnerius a laissé de nombreuses traces de sa main. Les fleurs de lys sont sa marque. Cette production est assez austère  mais les motifs sont inspirés de l’art carolingien et mérovingien.

Vers l’an 1000 avec Odilon : rapprochement avec le style d’Aquitaine; La grande Bible d’Odilon fut commandée au moine Franco. Le répertoire est riche et présente une belle palette colorée. de bleu, rouge, jaune et vert. On remarque une influence nette d’Aquitaine et aussi des manuscrits de Limoges.
Plusieurs autres manuscrits datent de cette époque, et ils se distinguent par le fait qu’il s’agit de dessins à la plume. D’autres présentent des décors géométriques ou à palmettes, rehaussés de jaune et orangé. Certains manuscrits ont été copiés à Cluny et offerts par Odilon à l’empereur Henri II.

L’âge d’or de l’enluminure clunisienne. Fin 11ème, début 12ème c’est la fin de l’abbatiat de Hugues de Semur qui aura gouverné pendant 50 ans. Ce sont les plus belles productions du scriptorium de Cluny. La technique picturale de vient très raffinée, avec des matériaux précieux tels que l’or, l’argent, la pourpre et un riche programme iconographique. L’archaïsme est abandonné au profit de deux courants, l’un germanique et l’autre italo-byzantin.
Tel fut le traité d’Ildefonse de Parme qui comprend  35 enluminures richement décorées. Les deux influences pour ces décors sont la culture Ottonienne et d’autre part un courant italo-byzantin. En effet, Odilon et Hugues entretenaient des relations étroites avec les empereurs de l’époque d’où ces divers courants artistiques à Cluny.

 Ce style italo-byzantin  se manifeste aussi dans le Lectionnaire de Cluny et dans la chapelle aux moines de Berzé la ville. Cette chapelle fut le refuge privilégié de Hugues de Semur. Elle présente un riche programme iconographique avec des thèmes prisés à Rome. Le style aussi présente un coloris riche à dominante bleue et ocre. Cette référence à Rome s’ajoute aux autres influences othoniennes  et fait de Cluny un creuset de divers styles, ce qui sera l’âge d’or de la peinture clunysienne, Cluny demeurant un carrefour d’influences.
Cet âge d’or prend fin vers 1130 avec l’achèvement de Cluny 3 et la montée de l’ordre cistercien.

Le lectionnaire de Cluny : c’est un lectionnaire de l’office différent du lectionnaire de la messe. Ce sont des textes bibliques hagiographiques. C’est un volume lourd de grandes dimensions (43 x 32). Il n’en reste que 7 peintures éprouvées par le temps.
Les enluminures sont : la crucifixion, l ‘annonciation, la Dormition,  St Pierre en prison… elles sont assez similaires aux fresques de Berzé la Ville. Ce fut peut-être le même atelier. Berzé qui fut la résidence préférée de Hugues.

Techniquement, c’est une mise en œuvre des recettes médiévales du moine Théophile qui explique comment préparer les couleurs et les poser à la manière grecque. Cette technique grecque diffère de la fresque occidentale car elle présente un métier lent et à sec, des superpositions de couches comme pour l’enluminure. Elle use de dégradés subtils, de superpositions ce qui est la cause d’une moindre adhérence de la matière picturale.

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 Hélas il y eut aussi pour tous ces manuscrits si importants et aussi en nombre, une grande perte. Cette vaste dilapidation datant de la révolution, se continue au 19ème siècle en sorte que les manuscrits restant furent remis à l’école centrale d’Autun.

Là ce fut le pillage : les collégiens découpent des feuillets et des miniatures. Les marchands d’art complètent le désastre, pillent et vendent. Les élèves pouvaient s’introduire dans le local des manuscrits et découpaient les enluminures et les feuillets pour faire des couvertures ou des cartables.

Un charcutier à Cluny se servait aussi des feuillets pour envelopper des saucissons. Tel sont les faits qui font que  Cluny, capitale mondiale de la chrétienté ne témoignent plus que de vestiges, tant pour son scriptorium que pour son  architecture.
Finalement sur 570 livres magnifiques il n’en resta plus que 97 entrés à la Bibliothèque nationale  en 1881.

R.Dumoux
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