Travail de la fin de l’hiver 2007- 2008

Image à la une : « La Chine historique (détail) tempera sur toile, 5 mètres x 3. R. Dumoux ©viapictura.com


1 – Le travail de ce début d’année a consisté en l’achèvement de 20 panneaux a tempéra. J’ai eu l’occasion de parler de 5 d’entre eux, les plus grands (50 x 80 cm) consacrés aux SENS. Les autres (40 x 80 et 24 x 32 cm) étant surtout historiques ou mythologiques.
Les réalisations finales tiennent beaucoup de la pratique du miniaturiste.

2 – Dans un autre registre d’activité, il a été procédé au « repiquage » ou calquage sur la vitre de dessins de composition. Il est possible de voir maintenant sur le site viapictura.com un certain nombre de vidéos qui retracent quelques aspects de mon travail de dessin.

3 – D’un point de vue purement pratique et artisanal, en prévision de la saison, ont été préparées des toiles de 2 mètresx 1 m 50 qui seront mes supports de l’été : il a fallu les encoller (colle Totin chaude) et les enduire à la colle et au blanc d’Espagne, plusieurs couches successives étant nécessaires.

4 – Enfin, en vue de compléter le Pictorama, 3 maquettes ont été produites pour de nouvelles toiles de 5 mètres x 3 m.
Dès maintenant il est intéressant d’en donner un aperçu :

a/ Espace 5
Un cosmonaute préside au centre dans une mandorle. Il est entouré de figures mythologiques et de cosmogonies d’atlas célestes, organisés en registres superposés…. le Verseau, le Capricorne, le Taureau ou Persée et Andromède.

b/ Actualité de la Tour de Babel
La composition s’organise autour d’une évocation historique de la tour de Babel inspirée de Breughel. Monument antique mais qui est actuel : il symbolise l’orgueil des hommes qui s’élèvent de plus en plus haut dans le ciel et qui multiplient les gratte-ciel. Ainsi sont confrontés la tour de Babel, une vue de Pudong à Shangaï, une navette spatiale et un rappel de la catastrophe des Twin Towers qui s’effondrent…. alors que au sol des humains gisent, après un combat mortel où plus personne ne parle la même langue ..

c/ La Chine historique.
Cette image aura un aspect plus historique. En effet, une toile de 5 mètres x 3 m. a été réalisée en 2007 mais à propos  du modernisme futuriste de Shanghaï. Dans ce nouveau grand tableau, seront mis en scène des éléments majeurs de la Chine des siècles passés. Seront ainsi en présence : la muraille de Chine, la cité impériale, une statue de Bouddha, le temple de Bangkok, et également le dragon chinois de la fête du printemps et au 1er plan, en buste deux figures chinoises en costume traditionnel.

            Il sera question dans le détail de ce travail, plus tard lorsqu’elles seront en cours de réalisation.

La panorama historique intitulé Pictorama se compose actuellement de 35 toiles de 5 mètres x 3 m chacune et plusieurs maquettes sont en attente d’une  réalisation éventuelle (mise à jour : plus de 50 toiles en 2015).

R.Dumoux
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RDPainting1Détail d’un panneau a tempera – R.Dumoux

La couleur dans l’art chinois

(Cet article se rapporte à une suite de  publications précédentes au sujet de la couleur dans l’art.)

          Telle  bannière chinoise de soie peinte est significative de la signification de la couleur dans l’art chinois. Les couleurs en présence sont :
la première couleur est le noir  (le yin). C’est le noir de calcination de la résine du pin qui est lié à de la colle.
les autres couleurs sont le rouge vermillon, le bleu indigo, l’ocre rouge, le jaune gomme-gutte, le blanc d’huître et de la poudre d’argent.

Ces couleurs exaltent la vitalité, les forces d’un univers fondé sur l’alternance des principes complémentaires :
le sombre ou Yin et l’éclatant ou Yang. L’ombre et la lumière.

502px-Chou_Fang_001-copie-1Femmes jouant au double sixes, par Zhou Fang (730-800 Av. J.-C.), Chine.

« Yin  et Yang n’existent que que l’un par l’autre, l’un dans l’autre. »

Le Rouge (le Yang) et le Noir (Yin) exaltent les vitalités.
Des laques découvertes par centaines du temps des Han, des objets du quotidien, liés au banquet, au jeu ou à la toilette opposent et associent le Noir (Yin) et le rouge (Yang)
De même les peintures murales des tombes des Han opposent et réunissent les époux dans des scènes de banquet. La femme est vêtue de noir (le yin, l’ombre) et l’homme de rouge (le yang, la lumière).
En général le noir est réservé à la vie quotidienne et le rouge est attribué aux divinités et êtres extraordinaires  du monde d’en haut.
Rouge et noir profond, assemblés forment une couleur sombre le Xuan.
Cette couleur sombre désigne l’origine du monde : son opposé est la terre de couleur jaune.


Dans l’art chinois des correspondances sont établies entre les 4 saisons et la saison du cœur de l’été, entre les points cardinaux et le centre, les couleurs, les odeurs, les saveurs, les astres et les planètes, les parties du corps humain, les qualités et les sentiments.


Un principe cosmique des correspondances est permanent dans l’art chinois.

C’est pourquoi 5 couleurs servent à peindre :

– Hei, le noir convient à l’hiver

– Chi le rouge couleur du cinabre convient à l’été ( la couleur du feu)

Bai, le blanc convient à l’automne.

Huang, le jaune se rapporte à toute saison intermédiaire.

– Qing, le bleu vert, c’est le printemps : c’est la couleur de la nature, du ciel azuré, de la mer, et de la montagne au loin. Gamme chromatique large du glauque verdâtre au bleu acier.

 Ces couleurs ont un usage déterminé : le jaune clair est réservé à l’empereur et aussi le bleu ciel, le rouge et le blanc.

Au début du 15ème les Ming aménagent la Cité Interdite pourpre. Son plan repose sur les 5 éléments :

Bleu vert pour l’est
Blanc pour l’ouest
Terre noire pour le Nord
Terre rouge pour le sud
Terre jaune au centre

De même on se conforme à le théorie des 5 éléments dans les tuiles et éléments décoratifs en terre cuite.


L’art chinois valorise les matériaux et les métaux de base, produits du cosmos, envisagés dans leurs transformations.
– Le plus important est le Cinabre, sulfure de mercure dont la préparation est la quête des alchimistes chinois. Par le feu le cinabre se transforme en mercure et à nouveau en cinabre, du rouge au blanc et inversement.
Le cinabre est utilisé dans les fonds des laques et il évoque la fortune heureuse, la joie et le mariage.

– On travaille les métaux, le bronze et l’or qui est symbole de perfection : le corps du bouddha est en or ou recouvert de feuilles d’or, au delà de toutes les couleurs..
L’or assure la longue vie : la vaisselle de l’empereur est en or.

– Les bronzes séduisent surtout par les variations possibles des couleurs. on est séduit par les patines dues aux réactions du métal aux sels minéraux du sol : cette patine peut être rouge, verte ou bleue.

– Enfin le Jade a une grande importance pour l’art chinois. C’est une pierre noble, magique et religieuse. C’est la pierre de l’immortalité et elle attire par ses formes, par sa sonorité, par la sensualité de sa texture et de ses couleurs. Sa coloration varie selon les éléments du sol qui l’entoure et elle peut être modifiée par l’eau.
(L’âge d’or du Jade est sous les Qing et on met en valeur les marbrures, on accentue les couleurs, on les traite en chauffant ou bien on leur incruste des paillettes de cuivre.)

774px-Ch-iu_Ying_001Un matin d’automne dans le palais Han, par le peintre Qiu Ying, sous la dynastie Ming.

L’art chinois de la couleur va essayer de reproduire les teintes variables du jade.
La peinture classique va suivre ce chemin et évoquer le Yin et le Yang avec l’art du cinabre et du bleu-vert tels qu’on peut le rencontrer dans certain paysages.
La perspective est exprimée par des dégradés du vert au bleu..
On oppose des paysages très colorés à des paysages aux couleurs douces ou monochromes à l’encre. Il faut dire que les peintres chinois ont exploré toutes les vertus colorées de l’encre et toutes ses nuances de matière. Ils pratiquent la technique du dégradé opposée à la manière de l’encre qui coule en masse colorée profonde.
Encrage violent ou lavis légers, c’est une grande tradition lettrée de la peinture, à méditer.

chao_g001Paysage par Zhao MengFu (1254-1322)

Ces diverses considérations sur la couleur dans l’art chinois et sa pratique sont très parlantes et incitent le peintre à la méditation sur la matière et le corps de la couleur liée au cosmos et aux significations symboliques.

R.Dumoux
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Shanghai (toile de 5 mètres x 3)

Image à la Une : « Shanghaï cité du XXIème siècle » maquette pour une toile de 5 m. x 3 m. – © R.Dumoux

Le Pictorama,  ensemble monumental peint de 30 tableaux de 5 mètres x 3 est consacré à l’histoire de l’humanité depuis le Big Bang  jusqu’ à nous et se projette dans le futur. (voir le site www.viapictura.com)

Les faits historiques essentiels sont dépeints dans ces grandes compositions peintes a tempéra.
Pour l’époque actuelle, outre les progrès de la science ou la conquête de l’espace, plusieurs tableaux mettent en scènes les  métropoles et mégalopoles.



Une toile de 5 mètres vient de s’achever et elle représente une vue actuelle  bien caractéristique de Shanghai.
La Chine représente pour nous occidentaux une fascination et aussi une crainte devant les projets et réalisations écrasantes qui sont mises en œuvre.

"Shanghai cité du XXIème siècle" toile a tempera, 500 x 300 cm, en cours de réalisation - © R.Dumoux
« Shanghai cité du XXIème siècle » toile a tempera, 500 x 300 cm, en cours de réalisation – © R.Dumoux

 

A titre d’exemple, il faut citer en Chine le plus grand barrage  hydroélectrique du monde, sur le fleuve Yang Tsé. (6 360 km). Mis en service en 2008 il va produire des milliards de KW à partir de ce fleuve gigantesque. Ce barrage titanesque va engloutir 13 villes, 4 500 villages, 160 sites archéologiques dont certains majeurs : l’environnement, les populations et le climat peuvent en être menacés (et en particulier Shangaï). Cependant on a pu tout de même déplacer un temple important et vieux de 1700 ans.

Den Xiaoping disait en 1990: « si la Chine devient un dragon, Shanghai sera sa tête. »
De fait la ville la plus peuplée (13 millions d’habitants) est devenue le symbole et le moteur d’un énorme Boom économique, dans le pays le plus peuplé du monde.
Ce sont toutes ces caractéristiques qui m’ont incité à créer dans un grand tableau de 5 mètres une vue emblématique de Shanghai.

Cette ville composée maintenant d’une forêt de milliers de gratte-ciels abrite encore quelques lieux saints ou s’épanouit la tradition ancestrale.
C’est une cité en perpétuelle développement, la plus branchée du continent asiatique et la plus cosmopolite.
Cette ouverture au monde est à Shanghai une tradition qui a commencé en 1843, lorsque les Britanniques puis les Français et Américains y constituèrent des concessions. C’est le pays du Lotus Bleu.  Au tournant du 20ème siècle Shanghai, les casinos, la frénésie sociale et artistique lui valent le surnom de « Paris de l’orient »


 La toile de 5 mètres représente une vue célèbre de Shanghai, un grand paysage urbain au bord du fleuve Yang Tsé. On remarque la forêt de buildings mais aussi les architectures aux formes modernistes, audacieuses et symboliques. Tracés traditionnels rectilignes ou de courbes et lignes ondoyantes alternent avec des volumes simples mais fortement évidents tels que les sphères et en particulier la suggestion du globe terrestre où se reconnaît facilement la cartographie de notre planète. (Volume symbolique sur la suprématie et l’ambition d’un peuple.)

Comme les autres toiles du Pictorama, une maquette précise a été réalisée, travaillée comme une aquarelle, puis agrandie au carreau selon la méthode traditionnelle. Un carroyage précis a éte fait de façon à rendre de façon exacte l’horizontalité et la verticalité des lignes et leur parallélisme.

Suite à l’agrandissement a succédé une ébauche colorée générale, toute de transparence.
L’exécution proprement dite est faite à l’aide du procédé a tempéra à l’œuf.

La fragmentation de la touche fait que dans ce tableau il y a des millions de coups de pinceau.
Procédé qui rejoint là, la pensée extrême orientale du peintre et philosophe Shitao dont il a été question dans un article précédent.

R.Dumoux
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