Mon travail de dessin – Avril / Juillet 2018.

Image à la une : Mise en place du dessin d’une grande toile de 5 mètres. R. Dumoux ©viapictura.com

Comme j’ai pu l’écrire, chaque jour un travail graphique s’impose à moi. Chaque jour, au moins 2 à 3 pages dessinées sortent de l’ombre, prennent naissance et cela depuis plusieurs décennies.

Ce sont des desseins inspirés parfois de catalogues imposants de Rembrandt à Poussin ou Dürer ou encore des Fresques des temples de Lhassa au Tibet ou de Turquie comme  des églises romanes… Images et desseins inspirés aussi des revues d’art comme « l’Estampe », ou  des miniatures de Jean Fouquet et de Jean Bourdichon et de bien d’autres.

Enfin ce sont aussi des dessins imaginés librement évoquant un souvenir, un concept issu de ma pensée, de mes lectures ou bien simplement le souvenir d’œuvres vues et analysées, que ce  soit au musée d’Orsay ou au Louvre ou encore au centre Pompidou pour se terminer au palais de Tokyo avec le monde actuel ou au musée d’art moderne de la ville de Paris. Autant de lieux que j’ai bien souvent fréquenté (sur une durée d’environ 30 ans) en visitant de très nombreuses expositions ou rétrospectives à Paris. En témoignent mes feuilles de notes ou petits croquis, schémas de ces années là.
Et aussi ailleurs, ce furent des dessins inspirés  du geste puis d’une forme automatique qui se développe indéfiniment et par milliers.

Ce travail de dessin est une expression mais aussi une recherche et une étude d’œuvre pour une nouvelle création ou  une connaissance d’un moment particulier de mon histoire et de l’histoire proche des siècles passés ou bien visant le futur. Cette approche est comme une lecture qui permet de comprendre, de méditer à la pointe du crayon l’esprit qui en émane.
C’est aussi une compilation, peut on dire, où le monde se bouscule de l’antique à l’art l’actuel, artistique, scientifique ou cosmique.
Cette prolifération exprime la liberté de tout appréhender. C’est la conquête d’une liberté  sans  frontière qui va me permettre de créer selon une graphie particulière qui est le fil conducteur de ma pensée  comme un influx du cerveau, un enregistrement qui se met en mouvement, et trace, écrit ou danse.

Ainsi quelques exemples avec les titres  de mon travail actuel peuvent être cités :

Les grandes figures mythologiques de Jupiter à Hercule ou Orphée et le Panthéon complet  ou comme actuellement la mise en place d’une toile de 3 mètres à propos d’Orphée et les animaux accompagné cette fois-ci d’Eurydice.
L’inspiration biblique de Moïse à  Jésus.
Ou Bouddha ou encore les divinités et cultes des Ethnies et peuples d’Afrique ou d’Asie.
– Les cabinets de curiosité comme celui d’Aldrovandi.

L’inspiration des grands maîtres de Dürer,  Rembrandt à Piero della Francesca ou Titien.
– L’Inspiration des trésors des Manuscrits de Topkapi à l’Enluminure Médiévale en grand nombre qui sera étudiée et dessinée librement de façon assidue.

L’ensemble de cette accumulation dessinée de milliers de dessins interroge .. comme une vue Kaléidoscopique du monde. Cependant, derrière cette somme apparait nécessairement une communauté d’esprit entre  tous les éléments. Par exemple, il y aura un mouvement, un graphisme, une écriture proche et familière à chaque  page.

Pourquoi ce dessin se démultiplie t’il ?
D’abord c’est un besoin personnel de graphie quasi permanente.
Puis, de la simple copie, le dessin devient une recherche de composition originale. Il peut aussi être considéré comme pièce de collection dans un ensemble graphique et iconographique  sur le même thème.

Cette  somme de dessins est la base de l’ensemble de mon travail selon un choix personnel vécu : des gravures, eaux fortes, burin, panneaux  a tempéra, toiles de 150 cm x 250 et enfin un ensemble monumental peint de 65 toiles de 5 mètres x 3 : C’est un panorama historique de l’humanité depuis le Big Bang jusqu’à maintenant et se projetant dans l’espace, dans la robotique, les implants et le futur ou l’espace.

 Que dire de cet ensemble sinon qu’il n’est pas comme un navire échoué.
Ce ne sera pas cela mais comme un sauvetage de l’esprit, de la recherche, de l’intelligence et  de la générosité, de l’humanisme.

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A la suite de cela, on peut évoquer le  DESSIN à l’époque de Rembrandt avec l’importance majeure du dessin au XVIIéme siècle.
Les élèves de Rembrandt comme lui même devaient dessiner chaque jour. Le dessin était une matière générale enseignée aux enfants.
Dès l’âge de 12 ans, le jeune peintre Moses ( au 17éme siècle)  réalise des dessins à partir de la sculpture antique et de la Renaissance. Puis il fait des copies d’estampes de Dürer, Blomaert ou Carrache. Il peint des scènes narratives comme Moïse sauvé des eaux ou le Jugement de Salomon. Les dessins de toute la famille sont conservés par le père puis transmis aux descendants : cela montre l’importance du dessin au 17éme siècle, la compréhension et l’intelligence de cet Art et de sa Pensée, la Pensée de L’Art .

Dès l’antiquité, La devise d’APPEL était :
NULLA DIES SINE LINEA. 
Ce mot, rapporté par Pline l’ancien, était populaire en Hollande.
On encouragea à dessiner tous les jours : « Qu’aucune journée ne se termine sans avoir tracé un trait « . Appel incarne  cette maxime.

Citons un exemple d’un grand processus créateur à partir du Dessin :
Il eut lieu en Hollande au XVIIéme siècle à l’époque de Rembrandt. Il fallait maitriser la pratique du dessin.  Van Mander décrit ainsi les préparations du dessin pour créer une peinture.
On était déjà rompu au dessin depuis l’enfance car le dessin dès les premiers âges était enseigné dans les programmes scolaires.
Van Mander, théoricien de l’art a décrit ainsi comment on s’attache aux dessins sous-jacents  qui sont tracés directement sur le tableau ou la toile ; et guidant  l’artiste dans la réalisation de la peinture. Certains artistes ont réalisé leur dessin directement sur la toile ou le panneau et ensuite les ont couvert de couches transparentes en superposant les couleurs.

 Plusieurs étapes se succèdent ainsi :

– 1 Le tracé à partir du Dessin précis est l’étape cruciale pour la réalisation et la réussite du tableau. Il est du ressort exclusif du peintre.

– 2 La prééminence du dessin, reposait sur l’idée que sa pratique aiguisait le regard et qu’il  fixait dans la mémoire un objet d’étude.

– 3 Sa technique et pédagogie : dessiner les membres du corps un à un puis comment les combiner, d’abord pour un enfant puis pour un adulte et enfin assembler 3 ou 4 personnes pour réaliser une composition, un ensemble de figures.

Il y eut à cette époque une grande quantité de dessins et de carnets qui ont disparu, ce qui parfois nous prive  d’information sur les techniques et les sujets ;
Une autre fonction du dessin au 17éme en Hollande  était de cataloguer ses dessins dans un livre, un Carnet de modèles.
Un Artiste à l’époque de Rembrandt se devait de posséder et de publier un livre d’estampes représentant des statues, pour offrir à l’Art des fondements universels et classiques, antiques et réels.

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btyMes collections de dessins par milliers sur des années se rapportent à ce travail de compilation des anciens maîtres et en soi constituent une richesse de références mythologiques, bibliques, historiques et aussi par rapport à l’actualité des sciences, de la robotique, à la conquête de l’espace ou de la biotechnologie ou à la biodiversité.
(Se joint à cette compilation  de dessins, mes collections de gravures  depuis les années 75-80.
Exemple sur le site viapictura.com : Diaporama de 40 gravures de l’ensemble monumental peint.

Autres fonctions du dessin :

Dans les siècles passés le but du dessin étaient de parvenir à proposer des modèles pour la sculpture, le vitrail ou la tapisserie et aussi divers modèles pour les artisans. C’est un exemple de la prééminence du dessin qu’il est essentiel de maîtriser pour réaliser des compositions en peinture et des cartons pour les métiers d’art.
Il y eut aussi les dessins de cartouches, les cartes topographiques, les atlas, et les frontispices. Divers artistes ont produit des cartes du Monde. Par exemple Berchem et ses allégories des éléments naturels au 17éme siècle.
Ce sera aussi  la production dessinée, gravée pour être diffusée, des arts appliqués avec des modèles de cartouches, de vaisselles comme un projet de salière de Wetwael. D’autres  artistes ont travaillé ainsi des modèles d’orfèvrerie  maniériste à Utrecht.
Enfin les architectes ont dessiné des projets très aboutis pour des églises, hôtels de ville, pour un yacht royal comme pour la plupart des projets d’ustensiles usuels.

En dernier lieu il apparait  que le Dessin fut la porte ouverte à la production d’un grand art :
la Gravure qui sera développée brillamment
et diffusera à l’aide de ses multiples textes et  estampes, l’histoire, la vie, les grands chefs d’œuvre de tous les temps de la peinture, de la sculpture à l’architecture.
Les xylographies, les burins et eaux fortes sont produites comme œuvres indépendantes ou comme illustrations de livres ou encore pour diffuser  la grandeur d’un pays ou d’une nation ou d’un Roi.
Au 16éme siècle, Cock publie Brueghel l’ancien, Floris et aussi des dessins de Stradanus, de De Vos très détaillés qui étaient ensuite gravés sur cuivre.
Également  les dessins de Vinckboons qui représente des ripailles de mendiants et pouilleux.

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L’ensemble de ce texte ci dessus peut paraitre désordonné  et disparate. Il est l’image d’une prolifération de l’Art du dessin, omniprésent dans les diverses activités de l’Art et de la vie en société, mais aussi toujours présent partout en tout lieu  et à toutes les époques des  civilisations.
C’est tout cela d’ailleurs qui détermine l’importance majeure du dessin.

Ainsi, le corpus de mes dessins devient peu à peu une somme immense et comme un cosmos ou un océan infini qui sera la source de toutes mes réflexions et de toutes mes compositions.

N.B. Chacun de mes dessins est suffisamment travaillé et sur la marge ou bien en haut ou bas, chaque page souvent contient  des annotations, un texte. Ces annotations expliquent au lecteur l’origine de la composition ainsi que la description du  contenu graphique, légendaire ou symbolique. Ce commentaire permet au lecteur grâce à Google d’entrer dans le détail complet du dessin présenté.
L’ensemble des centaines de dessins ainsi commentés devient un répertoire impressionnant et d’un grande richesse pour composer… écrire ou peindre et humblement je dirais qu’il me rappelle l’utilisation par les maîtres anciens de la Légende dorée de Jacques de Voragine.

 R.Dumoux
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Panneau dessiné – R. Dumoux ©viapictura.com
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RODIN LES DESSINS NOIRS. Pour la porte de l’enfer.

Image à la une : Auguste Rodin (1840 -1917) Ugolin entouré de trois enfants – Vers 1880 – Crayon, plume et lavis, encre et gouache sur papier H. 17,3 cm ; L. 13,7 cm – D.7627 – Ancienne collection Maurice Fenaille, acquis en 1929 ? Crédit photo : Musée Rodin

Le centenaire de Rodin : Les dessins noirs

Plutôt que de célébrer la date anniversaire de Rodin et de dire ou rappeler les caractéristiques bien connues de son œuvre, j’ai préféré m’entretenir de certains aspects importants et parfois moins connus de Rodin.

En particulier j’ai retenu  son corpus de dessins tels que les « dessins noirs », au nombre de 600 et consacrés à la Porte de l’Enfer.
.Cette appellation, les dessins noirs, se rapporte à la majorité des 600 dessins de Rodin, réalisés au moment de sa recherche pour la Porte de l’Enfer. C’est un moment fort dans l’œuvre de Rodin, et c’est pour ce travail que Bourdelle a créé ce mot.
Ces dessins sont d’un grande richesse et d’une grande diversité autour de la porte de l’enfer.
Ce sont de petits formats (de 10 à 15 ou 20 centimètres) sur des papiers médiocres ordinaires. Il peut commencer une esquiss et ensuite la coller sur une plus grande feuille pour dessiner autour, ajouter d’autres figures puis des couleurs, des gris, noirs et aussi rajouter un petit dessin collé.
Parfois il utilise  le dos d’un papier imprimé ou bien sur le recto on voit les traces d’une marque ou d’une adresse imprimée, comme avec un imprimé de 1882.
La qualification de « dessins noirs » correspond à la partie dessinée de l’œuvre de Rodin. Bourdelle en est à l’origine car il l’admire profondément. Ainsi on a fini par utiliser ce terme  pour l’ensemble de la production dessinée de Rodin de 1875 à 1890.
On retrouve les mêmes caractéristiques pour les dessins des Fleurs du Mal de  Baudelaire et les études dessinées par Rodin pour sa sculpture de Victor Hugo.

La source majeure des dessins noirs de Rodin est l’Enfer de Dante.
Pendant un an il a « vécu « avec Dante et il a dessiné les 8 cycles de l’Enfer, mais, sans suivre vraiment les phases du poème chant par chant.
Rodin est simplement attiré par certains épisodes précis  pour  dessiner ou faire des esquisses.
Rodin sépare les cercles fondamentaux  de Dante qui programme les tourments et supplices.
Il ne conserve de Dante  que l’ambiance et quelques images. Enfin il n’hésite pas à mêler des images des Métamorphoses d’Ovide ou aussi des Fleurs du Mal.
Rodin n’est pas un illustrateur ni un copiste et son travail devient  l’Enfer de Rodin

Les Dessins de Rodin sont souvent sans titre et ne sont jamais datés. Pour Rodin les champs d’expression se mêlent, se contaminent. Dans ses dessins il utilise des études directes du chant de Dante sans les modifier Et aussi ses travaux pour les vases de Sèvres qui viennent se mêler à sa recherche.
Cette Contamination est une caractéristique du travail de Rodin.

En 1897, il y eut la publication des dessinsde l’Album Fenaille. Cet album montre la dimension récupératrice du travail de Rodin pour déterminer ses composantes personnelles de sa porte de l’enfer.

Rodin a lu et relu la divine Comédie. Il avait souvent dans sa poche une petite édition du texte de Dante. La source Majeure de Rodin est en effet le poème de Dante Alighieri.
Cette publication montre 3 chapitres : L’enfer, Les Limbes, et les études. Et dans ces 3 parties on trouve des œuvres intitulées Ombres qui y figurent largement.

Là également  il existe chez Rodin une tendance à la licence poétique, licence qui aboutira à la publication des Cathédrales de France avec de grandes envolées lyriques .
Peu à peu, dessin après dessin, on aboutit à la création de ces innombrables poèmes qui composent la Porte de l’Enfer.

Actuellement des dessins noirs sur les 600 pour la Porte apparaissent sur le marché de l’art.

J’ai écrit cet article car l’œuvre dessiné de Rodin est peu connu, alors qu’en réalité il est pour Rodin essentiel, en première position, dans tout son travail.

A titre personnel je me sens en harmonie avec cette multiplicité de dessins de toutes techniques et de tous formats, dont le corpus d’ensemble est évalué à plusieurs milliers.

Raymond Dumoux
Voir sur www.vapictura.com sous le lien « dessins »

-> voir la collections de dessins de Rodin – Musée Rodin

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« L’enfer » – dessin 3 crayons et mine de plomb. 21 x 29 cm – Raymond Dumoux

Le Cabinet des dessins du Louvre

Image à la une : Andrea del Sarto « Tête d’homme » – Dessin de la collection royale acquis sous Louis XIV – Musée du Louvre

Un cabinet des arts graphiques est né de la volonté de Louis XIV et il devient à la révolution, propriété nationale. Ce cabinet va alors s’enrichir considérablement au cours des siècles et constituer une prestigieuse collection de dessins : Ce sont des feuilles du XVéme au XIX éme, de Vinci, Piranèse, Fouquet, Delacroix, Dürer, Bosch, Pisanello, Mantegna, Bellini, Brueghel, Rembrandt, Bernin, Rubens, Murillo, Vasari, Jean Bourdichon, Primatice, Rosso, Goya, Ingres, Friedrich, Greuze, William Blake, Girodet, Victor Hugo… etc

HISTORIQUE. La véritable collection commence avec Louis XIV alors qu’avant il ne s’agissait que de pièces isolées. Vers 1670 on enregistre pour cette collection royale 101 tableaux et 5 542 dessins qui ont été négociés par Colbert. Puis on remarque un immobilisme malgré l’accroissement du « Fatras » du roi. Mais à partir de 1674 l’administration royale sort de l’immobilisme.

Le contrôleur des bâtiments du roi, Houasse est chargé des tableaux et dessins et il en fait un inventaire. Puis Antoine Coypel procède à un nouveau récolement en 1704. Cependant l »enrichissement du cabinet du roi n’a pas de vraie stratégie. On acquiert ici ou là… Par exemple Cochin prend en compte les dessins de Coypel, sa collection de dessins italiens et les siens propres. Comme il n’y a pas de stratégie on estime que le roi a déjà assez de fatras pour en ajouter encore.

On sort de l’immobilisme en 1774 après la mort de Mariette. En effet sa collection de dessins, illustre en Europe, est dispersée et 1 000 pièces sont acquises par le Louvre : des dessins de tous les pays du XVéme au XVIIIéme. Ces œuvres encadrées de cartouches dessinés par Mariette, sont parmi les œuvres essentielles du Louvre.

A la Révolution le cabinet du Roi est saisi, les dessins deviennent biens de la nation. Les dessins sont marqués et sont ensuite transportés dans un local fermé d’une double porte avec 3 serrures pour une meilleure protection. (Dans l’entresol des actuelles salles des antiquités du Louvre. Les dessins étaient rangés en paquets ou en porte-feuille dans 3 chambres. En 1792 la collection comptait 10 999 pièces.

Le 15 Aout 1797 est organisée une exposition de 415 oeuvres. C’est un premier accès aux collections jusque là tenues à l’écart. Les oeuvres proviennent du fond royal mais aussi de saisies sur les biens du clergé et les collections des émigrés, saisies qui ont doublé le fond royal jusqu’à 20 000 pièces. (La seule collection du comte de Morus comptait 14 000 pièces.) Il y eut un excellent accueil pour cette exposition, aussi les expositions vont se succéder jusqu’en 1845.

En 1802 Vivant Denon fut nommé directeur du Museum des arts au Louvre. Et il entreprend l’inventaire des dessins jusqu’en 1812. (Ensuite on ajouta à la collection les dessins acquis par Denon, par exemple 1200 dessins italiens) De la 2éme république au Second Empire : les dessins sont placés sous la responsabilité du conservateur Marius Granet.

De 1850 à 1860 Avec Reiset le cabinet des dessins est réorganisé et l’inventaire compte 36 000 pièces. On met alors un ambitieux programme de présentation au public. On organise un parcours chronologique dans 16 salles le long de la rue de Rivoli à l’étage. Sont présentés des dessins précieux de Raphael, Michel Ange, Léonard, Dürer, Poussin, Murillo… Reiset recherche d’autres oeuvres de qualité pour enrichir ce patrimoine. Par exemple en 1866 il fait entrer au Louvre 300 dessins attribués à Léonard, plus tard reconnus comme de Pisanello. Reiset s’intéresse à la production contemporaine comme la vente de l’atelier Delacroix. Et, pour le Louvre, il achète aussi à l’étranger dans des ventes importantes.

De la 3éme république à la guerre 39-45. Il y eut l’acquisition de dessins de Bellini, de Tiepolo. En 14-18 les collections sont évacuées. Cependant elles s’accroissent : en 1927 3 000 dessins sont légués par Moreau Nelaton. De plus, 1 524 dessins de Delacroix, 360 dessins de Corot et 260 de Millet. Plus tard le don le plus conséquent consenti fut celui des héritiers du Baron de Rothschild : 40 000 gravures et 3 000 dessins déposés au Louvre en Juillet 1936. Un véritable trésor dont la conservation est bien assurée.

Lors de la guerre 39-45 la grande majorité des collections est évacuée au château de Chambord. La collection Rothschild va au château de Valençay. De retour au Louvre en 1950 les dessins sont installés à l’aile Mollien puis en 1969 il déménage dans l’aile de Flore. Depuis 1950 le cabinet des dessins sous Mme Bouchot connait un grand essor avec des expositions à un rythme soutenu. En 1988, le Cabinet des dessins est officialisé comme le 7éme département du Musée du Louvre.

-> Inventaire du département des Arts graphiques du Louvre

J’ai écrit cet article en raison de l’aspect manifeste du développement d’une collection. (et dans le cas présent prestigieuse et magnifique.)

C’est finalement la création d’un monde, une sorte d’oeuvre d’art total avec de multiples acteurs jouant une partition sublime dans l’espace comme dans le temps.

Cette idée me fascine car je suis moi même modestement une sorte de collectionneur de mon travail de dessin… qui accumule des centaines, des milliers de dessins mettant en scène des figures, des paysages, des arbres, plantes zoomorphes, des objets, des accumulations d’objets à la Morandi ou bien comme les simulationistes ; des composition historiques, des monstres des portraits des animaux courants familiers ou bien multiforme, des objets historiques archéologiques, l’art antique grec ou égyptien, les études très variées à l’imitation des miniatures médiévales ou du musée de Topkapi. Sans oublier les dessins abstraits de formes, de courbes de niveau, rappelant les orographie des paysages chinois Ming ou Qing.

C’est un art total en mouvement en perpétuel progression, une forme de process-art. Composant aussi avec les robots, les vues du ciel, de l’espace, des étoiles et des pauvres humains qui s’éparpillent comme fétus en direction du trou Noir.

R.Dumoux www.viapictura.com

ob_3132b2_dess2007-6g-jpg » Le déluge » – crayon de couleur et mine de plomb. 21 x 29 cm – 2007 – R. Dumoux ©viapictura.com

L’atelier de Raphaël

Image à la une : Dessin – R. Dumoux © viapictura.com

L’ATELIER de RAPHAËL

On connait la biographie de Raphaël, d’Urbino à Florence et ensuite la conquête de Rome. A Rome il participe à la décoration des appartements du pape Jules II. Il va représenter sous forme d’allégories les domaines de la Connaissance : la Théologie, la Poésie, la Jurisprudence. La 1ère scène peinte sera l’école d’Athènes le plus célèbre symbole de la Renaissance italienne. En 1511 il commence le décor de la chambre d’Héliodore. Il y a là un programme iconographique avec des scènes historiques montrant l’intervention divine en faveur de l’Église. Par exemple la rencontre du pape Léon 1er et d’Attila.

A ce moment les surfaces à couvrir sont importantes et les délais parfois brefs. Alors Raphaël doit s’organiser et il va créer un atelier avec des assistants.
Comment fonctionne cet atelier? Tout d’abord Raphaël se réserve l’invention des scènes, les figures,les compositions et les détails. Également il intervient à la fin du travail des apprentis pour corriger achever les visages par exemple ou des lumières ou contrastes plus personnels. Les assistants réalisent les cartons  à partir des dessins du maître,  ils les reportent sur le mur et participent aussi à l’exécution mais sous le contrôle du maître.

En 1515 le pape Léon X lui commande l’illustre « incendie du Bourg. » et puis en 1516 il est chargé d’exécuter 10 grands cartons (qu’il réalisera  seul)  de tapisserie des Actes des apôtres et le pape lui demande aussi de veiller à la conservation des monuments antiques, en faisant des relevés. Travail considérable qui oblige Raphaël à déléguer une grande partie de son travail à l’atelier. Raphaël doit également répondre à la demande de retables et de portraits.

L’organisation de l’Atelier de Raphaël.
Vers 1513 l’atelier de Raphaël prend une grande envergure. Il ne travaille jamais sans aide. Ses assistants préparent les toiles et panneaux font les couches préparatoires d’encollages et de préparations, et toutes les taches nécessaires à l’élaboration de l’œuvre, telles que les agrandissements. Et même à la fin de la période romaine ils contribuent à la conception et à l’exécution.

Les deux principaux  assistants sont Giulio Romano et Gianfrancesco Penni. A la mort du Maître ils seront les principaux héritiers de l’atelier et des biens. Ils poursuivront les œuvres inachevées et répondent aux commandes et contrats. Après la mort de Raphaël, Romano et Penni laissent apparaitre des qualités personnelles, une personnalité.
Il y eut une entente exceptionnelle entre ces assistants et Raphaël. Le maître semble céder la place à Penni pour les modelli et cartons : il esquisse l’idée de la composition fait les croquis en sanguine ou à la pierre noire, puis l’assistant les met au propre : il traduit les inventions et cet assistant, brille par sa maîtrise. C’est le cas de l’illustre Grand St Michel : le modello est de Penni.

De  cette grande et riche proximité  dans le travail  entre le maître et ses assistants, va naître un style d’atelier. Romano et Penni sont cités conjointement dans divers documents de commandes ou de réalisations.

La production de l’atelier est très homogène et Raphaël fait très souvent référence à ses assistants. On laisse entendre que les trois artistes sont les auteurs  d’un même style comme d’une seule main.
Mais parfois telle commande montre que Raphaël s’est très impliqué  dans l’exécution.
On comprend ainsi qu’il y a là un paradoxe, une contradiction entre la notion de style d’atelier et la pratique unique qui valorise la seule main d’un créateur.

Ce développement de l’atelier de Raphaël est du à la demande pressante mais pour Raphaël il est aussi consécutif à une vue de l’esprit. C’est à dire que Raphaël critique la délégation du travail et met l’accent sur la conception originale plutôt que sur la notion de l’exécution.
Ce fonctionnement de l’atelier où le maître délègue la réalisation aux assistants, ne se chargeant que de la conception, cela fait penser aux pratiques de l’art industriel de nos jours.
On peut presque penser aux réalisations de Jeff Koons ou encore aux énormes pièces d’usine de Richard  Serra. En effet toutes ces pratiques recherchées actuellement sont opposées aux idées dites post Renaissance, de toute façon opposées à la réalisation de l’œuvre originale personnelle.
Cependant ces œuvres énormes et de grand coût bien qu’impersonnelles ont droit d’existence mais elles ne doivent pas rejeter la création personnelle de l’auteur unique.

R.Dumoux
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Le papier

Image à la une : Mine de plomb et incisions sur papier – R. Dumoux – ©viapictura.com

 

Le dessin est une pratique quotidienne et le support que j’utilise le plus souvent est le papier. J’ai toujours accordé une grande importance à ces pages du quotidien en dimensions et matières très variables.

Papier pelure, papier calque, papier Rives Arches ou de Richard de Bas ou bien simplement papier Craft ou papier de nappe en grandes dimensions et divers papiers de couleur… sont depuis toujours les pages libres pour mes  projections, rêves, premières pensées, copies ou  dessins automatiques… Le papier invite à l’aventure, au rêve.

– Le papier est né en Chine il y a plus de 2000 ans. Pendant 1000 ans il reste le monopole du monde Bouddhiste.
L’Islam s’en empare à Samarkand  au VIIIéme siècle. Le secret de la fabrication du papier sera tenu secret pendant 500 ans jusqu’à la chute des Abassides.
Alors le papier va aborder les côtes d’Italie au XIIIéme siècle. Il se développera en Europe et au XVIéme et il devient l’instrument de la Renaissance occidentale pour l’écriture et les arts figuratifs. Tout cela se produit en Europe après les lentes préparations artisanales du parchemin. Ce papier sera alors produit dans des moulins spécialisés et il est devenu le 1er produit de consommation de masse, substance fondamentale de notre culture.
Le papier est espace de conception, laboratoire secret. Il appelle notre écriture notre dessein (dessin) notre pensée. Le papier stimule nos neurones…. Tous les papiers sont la page blanche où nous allons écrire notre vie.

– Mais aujourd’hui qu’en est-il ?

La révolution numérique remet en cause pour la 1ère fois depuis 500 ans le pouvoir du papier, support exclusif de l’écrit, de l’image et de la transmission.
Cependant nous n’avons jamais autant consommé de papier que depuis que nous sommes dans l’ère informatique et du silicium.
Le papier demeure l’auxiliaire de nos écrans même s’il ne gouverne pas tout, il est l’auxiliaire indispensable..
On sent bien sûr qu’il nous rattache au passé, à la tradition, en raison de ces nouveaux supports pour faire circuler textes et images à la vitesse de la lumière.
Avec nos écrans naissent peut être les nouvelles formes de création de l’art numérique.
Cependant l’ère du papier c’est la lenteur, la réflexion, la rêverie, la plaisir  et le temps de regarder et de lire.
Il faut un mois pour lire un livre alors que l’ordinateur va le lire et le transmettre des milliers de fois plus vite. Le papier nous accorde le luxe de ne percevoir que quelques images par seconde.
Nous ne pouvons suivre la vitesse du numérique ni la vitesse de création ou de transmission, c’est pourquoi le papier continue de vivre avec nous  car il correspond à notre rythme biologique.
Avec le papier nous prenons le temps, nous rêvons la page blanche de notre vie, qui va se réaliser. Nous prenons le temps d’élaborer lentement une œuvre avant de la transmettre, ce qui est le propre de l’art. Cela nous le devons au papier, à nos livres, à ce que nous dessinons, écrivons, rêvons.

N. B.
Le papier nous accompagne à chaque instant et nous permet toutes sortes d’expériences grâce aussi à la variété des supports qu’il nous propose. Le papier est une passion commune au dessinateur et à l’écrivain… les petits papiers s’écrivent et se transmettent. Ils sont décorés, vivants, chaleureux, et bien réels, ils nous aident à vivre Les papiers  sont découpés collés fragmentés.. on met bout à bout des feuilles, on utilise des feuilles de 10 m de long. On superpose des papiers transparents vierges ou écrits et dessinés.

On peut regrouper 100 ou mille de mes dessins  et en tirer des variations infinies. C’est un cosmos qui bouge, se transforme se récréé en permanence. Lorsque je dessine une figure, si les jambes ne tiennent pas j’ajoute une bande papier et ensuite je l’encolle sur un panneau pour le peindre. Je colle aussi des éléments divers, textes articles de journaux photos  dessins sur une grande surface et une composition apparait… une narration particulière une histoire tout à fait nouvelle. 
Juxtaposer Découper Coller Superposer et encore Retoucher Rajouter. On peut penser là à la pratique des écrivains à leurs brouillons, à toutes ces manipulations de papiers de fragments de papiers juxtaposés, épinglés, fragments cousus avec des ajouts des corrections.
(Les paperolles de Proust sont un célèbre exemple de ces couper coller.)
Je pense et réalise concrétise tout cela dans mes accumulations de papiers quotidiens dans lesquelles je recueille chaque jour des noms, des textes, des dessins, de personnages, de compositions, des objets, des figures très classiques, hétéroclites, fantastiques, bizarres, religieuses ou très païennes.

Bref, tout ce que j’ai nommé dans un autre article de ce blog comme étant un véritable cosmos où tout vient se télescoper  dans un immense désordre  qui va s’organiser  se bousculer pour se réorganiser et créer de nouvelles pensées… une Pensée.

R.Dumoux
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Gravures et dessins pour un Atlas cosmique de R.Dumoux

Image à la une :  » Constellation » – crayon de couleur et mine de plomb. 21 x 29 cm – 2007 – R. Dumoux

 

Gravures et dessins pour un Atlas cosmique .

L’ensemble de mon travail repose sur la présence permanente du dessin et de la gravure: la source de tout mon travail et de sa variété. www.viapictura.com
Les gravures sont des gravures de recherche ou d’études mais aussi des gravures d’interprétation des tableaux, de petite dimension ou monumentaux, réalisées avant la réalisation picturale  ou au contraire après….
Telles sont les gravures présentées dans un précédent article : la suite de 40 gravures évoquant l’ensemble monumental peint de 40 toiles monumentales. Panorama de 40 Gravures
Ce travail de gravure repose sur ma pratique quotidienne du dessin.
Le corpus de mes  dessins est immense, se développe sur environ 40 ans de façon continue de façon parfois volontairement  systématique,
Ce Travail doit être considéré sous l’angle de la Variété. Toute les images du monde réel ou fictif y paraissent. C’est pourquoi il est bien de qualifier tout cet Univers  d’Atlas ou Atlas cosmique… du fait qu’il s’étend dans l’espace mais aussi dans le temps , du monde sous terrain au monde aérien, englobant toutes les couches, toutes les strates de la vie terrestre, du paradis et de l’enfer.

Ainsi défilent des cohortes bigarrées :

l’histoire, la mythologie, les miniatures médiévales, les allégories, les amours des dieux, les animaux, la peinture religieuse,  la charité, l’exotisme, les oiseaux exotiques, le détails anatomiques, les détails de natures mortes, les fleurs et plantes, les éléments.le déluge , l’enfer, les cercles de l’enfer de Botticelli, , les enlèvements, crucifixions, danses, le baiser d’Amaryllis, les drapés, les danses macabres, éros et thanatos, les difformités, les corps malades de la peste, la fontaine de Bethésda, les grimaces  et les caricatures, les portraits, les évangélistes, le jugement dernier, le Baptême de St Jean Baptiste dans le Jourdain, le noeud d’amour, la résurrection, l’érotisme, les serpents dans Moïse et Aaron, l’argent, les péchés capitaux, le temps, les anges, les scènes grotesques, les décors et figures de grotesques, figures hybrides, la fessée, élève rossé, les saisons, les travaux des champs, tailler, bêcher piocher etc, les fruits, les raisins, le blé, crânes et transis, vanités, ..

Cette liste, cette accumulation caractérise mon travail de dessin au cours des deux derniers mois d’Avril et mai 2012. Cela représente une suite  continue et abondante de dessins aboutis, un fleuve qui a sa vie propre. Ce flux est composé d’éléments très variés. La Variété caractérise l’ensemble de ce travail de dessin.
Il se trouve que je suis passionné de William Hogarth qui précisément parle de la Variété dans son travail, dans un chapitre de son livre « Analysis of Beauty ». Variété en effet dans une gravure de Hogarth tel le lever de la Comtesse de la série du « mariage à la mode »  Gravure où l’on voit des natures mortes symboliques, des frises de figures, un paravent peint d’une scène complexe, des draperies encadrant un miroir, des rideaux ouverts sur un lit, des tableaux au mur. Le spectateur fait une sorte d’investigation archéologique … visite ce palimpseste dense.

Le lecteur peut se rendre sur le site www.viapictura.com et découvrir des ensembles de dessins et gravures. Il manque bien sûr des exemples plus récents dans ce courant graphique dont les concepts se développent dans les compositions gravées et peintes, parfois en très grandes dimensions comme aussi en miniature.

(Cela laisse présager de la proximité de pensée entre la miniature et le monumental. La miniature devant paraitre monumentale comme une oeuvre de Pol de Limbourg  et le monumental devant être travaillé au (petit) pinceau à la manière d’une  miniature. Paradoxe à développer.)

R.Dumoux
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Les dessins de R. DUMOUX

Image à la une : »La Nature et la science » – crayons et mine de plomb – 2000 – R. Dumoux © viapictura.com

 

Mon travail de dessin.

L’importance du corpus de mes dessins fait que un article est nécessaire pour présenter ce travail. De là une analyse plus spécifique et en profondeur pourra être effectuée.

Cette activité se déroule depuis plusieurs décennies, de façon quotidienne. S’il fallait l’évaluer en nombre on pourrait avancer le chiffre de 10000 pièces. Le déroulement montre globalement une évolution d’une création assez  abstraite vers une recherche figurative. Comme s’il s’agissait d’ embryons qui peu à peu s’éveillent et s’animent, pour tracer l’histoire de l’évolution de la nature, de l’homme, du cosmos. C’est aussi cela qui conserve à ces dessins « figuratifs » un aspect symbolique, abstrait, presque conceptuel, à l’écart de tous les réalismes.

– Les dimensions des dessins sont souvent de format  A4 mais aussi A3 ou 65 x 50 ou bien plus jusqu’à 2 m , 2 m 50 comme par exemple une série de dessins à la plume de cette manière. Les techniques et supports sont très variés : plume et encre , crayon ou crayon de couleur  sur papier , dessins collages, frottages monotypes re-dessinés, dessins sur toiles fines, dessins sur papiers préparés à l’antique, c’est à dire à la colle de peau et au blanc d’Espagne. dessins à la pointe d’argent, dessins sur papier photos, dessins grattés sur photos. dessins sur feuilles de contreplaqué ou sur marqueterie.

Du figuratif mais aussi de l’abstrait. Bon nombre de dessins sont abstraits ou surréalisants.  Ainsi pendant  plusieurs années (suite des 2000 dessins) j’ai réalisé des séries très importantes de dessins de courbes, arabesques parallèles qui se déroulent et se gonflent de plus en plus comme des plantes en excroissance, de plus en plus envahissantes. Ces lignes  parallèles peuvent aussi faire penser à des courbes de niveaux figurant les reliefs géologiques ou bien de la sculpture égyptienne par exemple.

Peu à peu ce travail d’arabesques s’est mué en figures où se définissent les os, muscles ou tendons comme s’il s’agissait de radiographies. Ce fut la constitution d’une collection de silhouettes, Ainsi apparut un langage historié qui peu à peu m’amena à une réflexion sur l’art roman et en particulier sur l’art des enluminures médiévales jusqu’à l’art Irlandais dans le livre de Kells ou encore dans les courbes  des drapés de Burne Jones.. Peu à peu se constitua une réflexion sur la naissance de la forme, le formisme vital, vitalisant, sur la naissance d’un langage inspiré qui peu à peu s’est insinué dans mes préoccupations sur l’art.

– On discerne l’importance de ces productions pas seulement en raison de leur nombre mais surtout pour la profondeur d’une pensée.
Les conséquences de ce travail sont pertinentes sur tout mon travail à venir jusqu’à maintenant.

– Parallèlement à mes tableaux a tempéra et à mes toiles, quotidiennement je réalise des séries de dessins historiés, inspirés de textes (historiques, mythologiques ou bibliques) mais aussi de lectures ou de regards sur les oeuvres des maîtres anciens ou simplement à partir de petits croquis réalisé à la sauvette durant la visite d’une exposition ou d’un musée.
Cette activité là depuis des années m’a permis de réaliser plusieurs dessins chaque jour et de constituer ainsi un grand nombre de registres ou de livres.

– Chaque année aussi, pendant quelques semaines, se constituent de nouveaux « cahiers de modèles » C’est à dire que je reprends sur la vitre (sorte de décalque sur une vitre de la fenêtre) certains dessins choisis dans les cahiers des mois écoulés, mais en interprétant assez librement, en ajoutant des éléments figuratifs ou abstraits. La dimension des feuilles est d’ailleurs 2 fois plus grande si bien que le geste, la graphie s’en trouvent libérée et plus ample.

(Également, une part importante  de mon travail de dessin se fait en tant que  recherche documentaire, accumulation de notations dessinées et écrites, à la lecture de textes mais également suite au regard sur des œuvres de toutes époques.  Enfin un ensemble particulier de dessins existe par rapport à mon grand projet pictural de 45 toiles de 5 m. x 3. Pour chacune de ces 45 toiles il y a un dossier documentaire constitué d’écrits, de photos mais aussi de dessins, d’études de détail…)

– L’importance et la variété de ce corpus dessiné se présente  comme une accumulation de recueils, de livres ou de cahiers se rapportant à l’image du monde. Il s’agit alors d’une sorte d’Atlas mondial et cosmique. Une présentation simplifiée sera nécessaire pour aborder ensuite une véritable organisation qui soit claire et lisible.

(Un autre article prolongeant ce texte sera consacré à mon travail de Gravure qui a évolué, parallèle et complémentaire.)

R.Dumoux

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N.B.
Le lecteur pourra s’il le désire se référer au site www.viapictura.com   (lien « dessins »)  pour découvrir quelques dossiers de dessins anciens ou récents.

Atelier de dessin (4)

Après la visite de l’atelier des grandes toiles, il est intéressant de proposer un périple dans mon « atelier de dessin. » Le dessin couvre  toutes les facettes  de mon travail :

la création mythologique, le rêve, le symbolisme ou l’allégorie…
Tout s’y développe depuis les années 70.

– Je conseille  au lecteur de se rapporter aux pages du site viapictura qui présentent des dessins anciens.
Les 1ers répertoriés en nombre datent des années 1962 1964.
Ils sont influencés par l’abstraction géométrique, tachiste ou par le surréalisme, de Hartung
, Tapiès , Soulages ou Mathieu. Néanmoins ils ont une présence particulière qui les apparente aussi aux décors de l’antiquité arabe ou gréco latine ou bien aux mosaïques et dessins paléochrétiens. (doura Europos).
Ces dessins par centaines déclinent inlassablement les rumeurs de la passion de l’art qui a accompagné l’humanité dans sa démarche au cours des siècles.

– Il m’est arrivé de systématiser la succession des dessins et d’instituer l’ensemble comme un mouvement plastique autour de la ligne courbe. Ainsi, de 1970 à 1980, j’ai réalisé de très nombreuses pages de courbes, cela pendant des mois.
Le lecteur peut voir quelques exemplaires de ces dessins sur le site viapictura : on y voit une multitude de volutes et spirales mais aussi des lignes parallèles suggérant des courbes de niveau, comme si ces lignes allaient recréer des reliefs disparus ou des formes de la vie qui renaît avec ses tendons et sa musculature.
Mais toujours il s’agit de lignes tendues, de dynamisme vital.

– Peu à  peu les courbes reconstruisent la figure, la représentation. Ces dessins, abstraits à l’origine, vont se conjuguer aux recherches historiques dessinées en relisant les textes ou bien dans l’étude des maîtres anciens.
On assistera alors à l’apparition d’un dessin figuratif primitiviste faisant songer aux calligraphies et enluminures médiévales ou aux fresques de St Savin (Vienne).
C’est la musique des lignes, des ondoyantes qui trament la vie et l’esprit.

R.Dumoux
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Ulysse et les sirènes de l’oubli

Image à la une : « Ulysse et Circé » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001

Le récit de l’Odyssée incorpore des mythes déjà rencontrés dans les récits de Jason et les Argonautes : les Sirènes, Charybde et Scylla, la rencontre avec Circé… etc

En plus pour Ulysse, il y a le récit du combat contre Polyphème :

Ce cyclope avec son oeil unique au milieu du front incarne la rusticité. Il est l’incarnation des forces élémentaires de la nature, une créature sauvage de l’aurore des temps.
Polyphème est anthropophage et il va dévorer six compagnons d’Ulysse.
Ulysse va le vaincre par la ruse : il l’enivre et transperce son oeil à l’aide d’un pieu rougi au feu.
Ulysse va fuir ensuite avec ses compagnons en s’attachant au ventre des moutons parqués dans la caverne de l’ogre.

Dumoux_Polypheme« Polyphème » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001
Charybde et Scylla :
Charybde avait dévoré les troupeaux d’Héraclès. Aussi elle fut contrainte pour l’éternité à n’être plus qu’une bouche avide et insatiable absorbant et régurgitant d’énormes quantités d’eau.
En face de Charybde il y avait Scylla.
Scylla a six gueules de chien et elle dévore tout ce qui passe ; Ulysse y échappe par la ruse.

Autres périls d’Ulysse

– les Lotophages ou mangeurs de lotus : ils se nourrissaient d’un fruit qui faisait perdre la mémoire : c’est un fruit d’oubli.

– Autre tentation et péril d’Ulysse : la magicienne Circé. Elle habitait un palais au fond d’une vallée et recevait les voyageurs. Voyant arriver les compagnons d’Ulysse, Elle les accueillit, leur offrit un repas et une boisson magique. Cette boisson les transforma en animaux divers.

Mais Ulysse va déjouer les pièges de Circé et et il va donner à ses compagnons, avec l’aide de Hermès, une herbe qui va combattre les effets de la boisson. Ainsi Ulysse va conserver la forme humaine et la transmettre à ses compagnons.

– Enfin il est un péril célèbre pour Ulysse : celui des Sirènes, filles des muses. Elles sont  quatre : deux sirènes chantent, la troisième joue de la flûte  et la quatrième de la lyre.
Elles chantent des mélodies qui envoûtent. Lorsqu’on les écoutait, on était sous le charme de la magie et projeté dans les griffes de monstres dévorant.
Aussi Ulysse se fit attacher au mât de son navire et  il évita de se dissoudre dans les plaisirs du monde.

 – Un dernier danger pour Ulysse fut celui des Vaches du soleil : dans une île du Sud consacrée au Soleil, les compagnons d’Ulysse affamés se jettent sur les vaches  pour les manger. Mais ils furent comme empoisonnés par cette nourriture interdite.


Ulysse parvint à revenir à Ithaque.

Et alors on assiste au massacre des Prétendants puis aux retrouvailles de Pénélope.
(On ne peut s’empêcher de penser et de citer les belles toiles de Gustave Moreau)

Dumoux_Ulysse2« Ulysse et les prétendants » – dessin plume et crayon rouge – © R. Dumoux – 2001
Plus tard Ulysse ne restera pas à Ithaque et  reprendra la mer et comme un éternel errant il va rechercher un lieu pour y mourir. Un lieu où les hommes ne connaissent pas la mort…..

Thalassa … la mer.

R.Dumoux
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Œdipe. Les épreuves de l’âme.

Image à la une : Œdipe – Dessin plume et crayons de couleurs. R. Dumoux –  2001 – © viapictura.com
Œdipe face au  mystère de l’homme.

L’histoire de Thésée se situait au bord de la mer Égée.
Avec Œdipe nous sommes à Thèbes, à la recherche de ses parents.
Sur ce minuscule coin de terre, Œdipe recherche le mystère de ses origines.
Qui sont ses vrais parents ? Qui est-il ? Pourquoi un sort aussi inquiétant ?

( Le père d’œdipe  était Laïos.
Un oracle avait prévenu Laïos de ne pas procréer car son fils le tuerait.)


La naissance d’Œdipe est marquée du sceau de la malédiction divine. (comme Thésée)

 L’enfant Œdipe fut exposé près de Thèbes sur le mont Cithéron.
On lui perça les chevilles pour y passer une corde: on  l’abandonna ainsi, attaché dans la montagne.
Découvert, iI fut remis à un berger qui l’accueillit et l’emmena à  son père.

Exposer ainsi un enfant aux bêtes sauvages était cruel mais laissait une chance à la victime. Chance minime mais plus importante dans le cas des héros.
(Ainsi furent Romulus et Rémus et Persée qui aussi fut confié aux flots avec sa mère Danaé.)
Tous ces héros sont recueillis par un étranger ou protégés par un animal sauvage.

Échappant à de telles épreuves, le héros est appelé aux plus hautes destinées. (Ainsi en est-il aussi de destinées artistiques.)

Œdipe grandit à la cour de Corinthe. Mais le Destin veillait.
Un jour par hasard un homme lui dit qu’il était « un enfant trouvé ».
A partir de ce moment, Œdipe se questionna sur son origine, sur le mystère de sa naissance et il partit à Delphes.


Sur le chemin de Delphes, il rencontra plusieurs hommes et un voyageur en litière.

Œdipe eut une altercation avec ces voyageurs : fou de rage pour avoir été agressé, il se précipita sur l’un d’eux . Ainsi il tua le voyageur Laïos qui n’était autre que son père.

Continuant sa route en direction de Thèbes il fit une deuxième rencontre : celle de la Sphinge, fille de Typhon.
La Sphinge était un être à la figure et à la poitrine de femme, aux pattes et à la queue de lion, avec des ailes. La Sphinge avait comme gîte un rocher dominant le chemin : c’est là qu’elle posait des devinettes redoutables. Lorsque le voyageur ne savait pas répondre, elle le dévorait. Mais Oedipe sut répondre à ses questions , alors la Sphinge se jeta du haut de son rocher et se tua.


Œdipe est le symbole de l’homme qui se cherche. Le héros qui enquête avec lucidité sur sa vérité.

Enfin Œdipe vécut à Thèbes en triomphateur. Avec son épouse Jocaste, il eut des enfants et il régna sur la ville, vivant au fait des honneurs.

 Mais le souvenir de l’oracle revenait de temps à autres… Comme le destin qui veille…
L’infernale mécanique est en marche et rien ne peut l’entraver….

Puis un jour, le drame éclate : la peste s’abat sur la ville de Thèbes.
(La peste est symbole de souillure morale portée par un habitant présent dans la ville.)
Un habitant est le meurtrier de Laïos, le responsable de cette peste persistante.

Œdipe lui-même va mener l’enquête et peu à peu l’étau va se resserrer sur lui.
Il apprend ses vérités en forçant les consciences de tous les témoins de sa vie.

Œdipe voit clairement sa vérité, il harcèle, ne laisse rien dans l’ombre:
– il est le meurtrier de Laïos.
– il est régicide.
– il est fils incestueux et parricide.

N.B.
La question de la sphinge :
– quel est l’être qui marche le matin à 4 pattes, le midi sur 2 pattes et le soir sur 3 ?
réponse : L’homme.
– Quelles sont les deux sœurs qui s’engendrent mutuellement?
réponse : Le jour et la nuit.

R.Dumoux
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