Expo « Our Body » Lyon 2008

Image à la une : « The Visible Human » Maquette pour une toile de 5 mètres x 3 mètres – R. Dumoux – ©viapictura

 

Lyon – Juillet Août 2008 (La Sucrière)

        Exposition à visée scientifique ou  bien à aspiration artistique ?

Cette exposition interroge, peut poser des questions sur le plan artistique  scientifique ou éthique.

    – Il s’agit d’abord de la mise en évidence de l’anatomie de l’homme et des diverses fonctions du corps humain.
Mais cette démonstration se fait à l’aide de procédés techniques étonnants : ceux déjà utilisés par le Dr Von Hagens c’est à dire que les écorchés sont réalisés par la plastination.
Il s’agit d’imprégner les corps et les muscles de résines polymères : les liquides, humeurs et graisses sont remplacés par des matières plastiques  (les sujets sont des chinois apparemment volontaires pour donner leur corps entier ou bien par fragments.)

Dans cette exposition nous voyons ainsi des corps disséqués, en mouvements divers et aussi des organes dont le fonctionnement est visible. Tout cela est sans doute très attractif, fascinant et il en reste une empreinte certaine.

    Bien que le but ne paraisse pas être l’approfondissement de la science du corps, il reste cependant qu’il s’agit là d’un instrument d’approche de la connaissance.
Instrument de culture, de divulgation, peut-être, comme on a pu le faire avec des moulages en résine ou en cire au 18ème siècle avec André Pierre Pinson.


La finalité de cette manifestation réside peut-être dans la sensibilisation à la connaissance, du corps comme elle présente un intérêt dans la technologie mise en œuvre, maid l’aspect purement humain s’impose.

        En visitant cette exposition il peut naître un sentiment morbide comme celui de la mort en face, la mort de chacun de nous.
Ce que nous regardons là et qui nous fascine, c’est la contemplation de notre corps lorsqu’il n’est plus animé par une âme.
Devant ces corps plastinés, c’est l’interrogation sur la question de la vie et le mystère de l’âme qui anime le corps et un jour le quitte pour aller vers un ailleurs.
Cette contemplation peut procurer un plaisir des sens fait d’amour et de cruauté.

        Dans l’exposition de Lyon, il est intéressant d’observer et de remarquer l’attention des visiteurs et les points privilégiés qui les attirent et en particulier pour les organes vitaux ou qui transmettent la vie. C’est un peu une image de nous même et de notre vie que nous regardons ainsi qu’une image du rapport avec l’autre.

        Enfin pour certains, l’inhumain, l’horreur restent l’impression dominante devant ces écorchés. Ou bien aussi on peut en demeurer au stade de curiosité populaire au même titre que pour les Freaks Shows, lorsqu’on venait découvrir Elephant Man.


Cependant dans les salles, en regardant avec recul, on imagine des œuvres d’art historiques. On peut penser alors à des statues  de terres cuites asiatiques ou à ces découpages et compartimentations des statues aztèques ou mayas jusqu’à la désincarnation des figures debout et en marche de Giacometti..

C’est un point de vue  qui établit une relation entre l’analyse scientifique de la vie de l’homme et l’interrogation que les  œuvres d’art peuvent susciter.

    Cette exposition peut paraître contestable sous divers angles mais elle a le mérite de constituer un apport visuel scientifique de base pour un large public et d’apporter une réflexion, de nous mettre en face de la réalité existentielle. (d’où son rapport à l’art.)


On ajoutera que cette recherche analytique sur le corps humain peut déboucher sur la biotechnologie et la robotique. Au delà de la dissection, de cette découpe systématique du corps il est possible d’envisager une recréation de l’humain par le biais des transplants, des implants des chirurgies réparatrices et de la reconstruction de l’homme dont l’organisme est déficient.
C’est là une continuité, un espoir à laquelle l’homme peut espérer.

Cette question est abordée sur le blog viapictura à propos du grand tableau intitulé :
« The visible Human », toile de 5 mètres x 3 mètres développant cette idée de la dé-construction de l’homme et de sa possible recréation grâce aux nouvelles technologies.
Dans cette toile, d’éventuels espoirs au delà de l’immobilisation stérile annoncent la naissance de l’enfant.

-> lire l’article sur la toile de 5 m. x 3 m. « The Visible Human »


R.Dumoux
www.viapictura.com

N.B. :
Bien que précédemment les divers exemples de dissection à travers l’histoire aient été décrits et énumérés dans certains de mes articles sur le corps, il est bien de rappeler ici quelques exemples  de cette recherche du corps écorché.

        – Il y a les productions des cabinets de curiosités, les dessins d’écorchés, les études anatomiques de Léonard. Tout cela nous immerge dans cette vie arrêtée à l’intérieur d’un corps depuis la conception jusqu’ à la mort, dans une circulation intime du corps.

        – A Naples au 18ème siècle Raimond de Sangro conservait des corps en les pétrifiant.

– Et puis il y eut les écorchés de Honoré Fragonard (le cousin du peintre)
Il donnait des poses à ses écorchés et les destinait à des cabinets de curiosités. Déjà il y avait un lien entre l’anatomie et l’art.

        – Le médecin Vésale dont il a été question dans mes articles sur la dissection produisait des planches où les écorchés prenaient des poses héroïques et s’animaient dans un paysage.

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