L’ASIE CENTRALE, LA MONGOLIE – Toile de 5 mètres x 3

Image à la une : Maquette colorée pour une toile de 5 mètres x 3, « La Mongolie » – R. Dumoux ©viapictura.com

Il s’agit de la conception d’une nouvelle toile de 5 mètres x 3 qui sera incluse dans mon ensemble monumental peint de 65 toiles de 5 mètres et constituant un panorama de l’histoire de l’Humanité.  www.viapictura.com  (ensemble monumental peint)

Ayant fait une longue recherche  sur l’Asie centrale, j’ai écrit, pris des notes, beaucoup dessiné, ébauché des compositions.

Le pays des Mongoles, c’est l’immensité des terres des steppes, l‘immensité d’un ciel  dominant. Les montagnes escarpées et l’arc en ciel assurent le lien entre Ciel et Terre dans ce monde  sans limite, de la Sibérie au lac Baïkal.
C’est au XIIIéme siècle  qu’apparait  un peuple qui va partir à la conquête du monde, de la Chine à la méditerranée. Ce peuple va englober des civilisations, des populations de la Perse à la Chine.
Pour réaliser cela un Géant apparait : Gengis Khan, né en 1167. Il va créer à partir de1206 l’Empire mongole. Il modèle le monde à sa mesure  dans l’immensité du Ciel à la Terre. Il unit les peuplades en tenant compte des traditions de la vie nomade  qui restera une constante avec le culte des ancêtres.

Après des guerres sanglantes et la PAX MONGOLICA, il y eut des échanges culturels et commerciaux entre l’Occident et l’Orient dans l’empire du Grand Khan, ce que Marco Polo a bien connu. Avec les développements des arts et de la culture il y eut aussi,  soutenue par Khan, l’émergence des traditions populaires et la promotion des basses classes sociales, liées à la culture pastorale et nomade.

Parfois Gengis Khan fut réduit à l’image d’un barbare, alors que dans l’histoire des steppes, il peut être vu comme un demi Dieu magnanime, de grand bon sens, pétri d’humanité. Il fut un souverain Universel.
Il a un rôle d’envoyé du Ciel pour rassembler les peuples des steppes autour de lui.

– Cette conception assez divine de Gengis Khan a quelque peu dirigé ma composition, en mettant en évidence l’immensité horizontale  de ces paysages.

L’horizontalité se déroule au Ciel comme sur Terre. C’est le concept fondamental expliquant la Mongolie et la personne divine de Gengis Khan.

Dans ma composition, cet empereur océanique  est représenté au milieu du ciel (plus ou moins estompé avec les nuages) parmi la diversité des phénomènes météorologiques.

 –  Ce sont les ciels très divers qui, en 5 mètres de longueur, vont se déployer sous nos yeux.  Le ciel Bleu noir, cédant la place à la luminosité bleu azur traversée par l’arc en ciel. (C’est le  mythe accompagnant Iris qui relie le ciel à la terre) .
Plus bas ce sont les défilés des cumulus très volumineux, suivis des nimbus sur un fond en dégradés jusqu’à la lumière blanche éclatante au bord des montagnes de 4000  mètres : repère de l’ aigle royal.
– Plus au centre de l’univers céleste la Lumière rayonne autour de Gengis Khan  (suggérant Dieu le père ou encore Zeus et son foudre éclatant).
– Plus loin à droite de ce ciel qui occupe la moitié de la toile  (soit 1 mètre 50 x 5 m) apparait une surface lumineuse  se dégageant d’une masse obscure dominant  la  capitale Oulan Bator.

Oulan Bator est une cité, une  capitale très riche et moderne mais aussi très polluée. La pollution provient de l’entassement des populations venues des steppes  surtout du chauffage. Les gens occupent une multitude de Yourtes, parfois dans une vie misérable qui génère une grande pollution. C’est un paysage urbain d’où s’élève ce gros nuage noir.
– Dans cette même partie à droite, le gros nuage noir déverse une pluie intense sur la ville.
– Toujours les variations de lumières, de contrastes et de phénomènes météorologiques très variés mettent en valeur l’immensité de ce territoire de l’Asie centrale, de la Grèce à la Chine. Ce grand couloir qui fut aussi la route de la Soie de Samarkand à Boukhara.

Enfin la moitié inférieure de la toile est consacrée à la terre et aux animaux qui peuvent se chiffrer à 25 millions de têtes de bétail. Il y a les  immenses troupeaux de chevaux sur tout le territoire. Les bovins se développent près d’Oulan Bator, la capitale. La France y envoie de nombreuses vaches Montbéliardes pour l’élevage. La population s’accroit beaucoup dans la  région d’Oulan Bator et il faut subvenir aux besoins.
Les moutons et les chameaux sont nombreux. Citons en particulier les chameaux au longs poils roux qui sont magnifiques.
Ce sont les Mongoles nomades (environ 800 000 ) qui s’occupent de ces troupeaux tout en conservant les traditions ancestrales.

Dumoux_Art_Mongolie
Projet dessiné pour une toile de 5 mètres x 3, « La Mongolie » – R. Dumoux ©viapictura.com

– Les Religions
En Asie centrale la 1ère religion est le Chamanisme, c’est à dire le BOO des peuples des  steppes. Face aux phénomènes de la nature les nomades croient en une Force suprême cachée. Le Ciel est le premier Dieu Unique d’où émergent d’autres divinités, les éléments  comme le feu, l’eau, la terre, l’air.
Matin et soir Gengis Khan au XIIIéme siècle priait vers le ciel.
Actuellement en Mongolie la tradition du chamanisme est très forte : La Notion essentielle est que chaque élément de la nature doit être respecté et vénéré. Le chaman travaille par divination et par Magie préventive pour soigner et chasser les mauvais esprits.

L’autre religion présente est le Bouddhisme (introduit au 15éme siècle ) qui partage le choix religieux du peuple avec le Chamanisme. Bouddhisme et Chamanisme n’étant pas incompatibles.
Puis, après les conquêtes, ce sera pour Gengis Khan, empereur, la reconstruction de tous les territoires. A Boukhara l’Islam s’impose. On reconnaîtra la richesse spectaculaire des mosquées, leur grande beauté. D’où dans mon tableau, la présence d’une mosquée dont  l’ornementation abstraite, monumentale, est très colorée.

Dans un article de Art Press Thibaut de Ruyter parle de l’Asie centrale de l’Ex Union Soviétique. En 2014 il y eut une Mission par le Goethe Institut en Ouzbekistan pour étudier les transformations en Art et dans d’autre pays : les changements opérés après la chute du communisme.

En 2016 on a organisé une exposition et des centres d’art en ont rapporté les images des présentations :
On a découvert  en économie comme en tous les domaines de la vie, que ces pays d’Asie centrale étaient à la recherche d’une identité d’expression artistique et d’une Histoire particulière ; contrairement à ce qui se passe parfois, en occident l’art actuel n’est  souvent fasciné que par  la « réussite » et l’argent , c’est à dire : par le diable d’argent.

On peut s’interroger sur les évolutions possibles, hors de directives uniques et globales.
Nous comprenons que tout ce que nous avons considéré comme union au XXéme, tout cela va laisser place à une autre recherche, celle de notre histoire de nos sources de nos libertés et de nos origines particulières à chaque pays.

Ce que précisément je cultive en art  (voir le site viapictura.com )
Pour un art plus lisible et inspirant, aidant à comprendre nos sources, qui ailleurs respectent celles d’autres pays ou cultures.
C’est pourquoi, en Asie centrale, chaque pays développera sa propre identité,  son histoire personnelle. Par exemple la Géorgie avec  son identité propre :
La Géorgie est une charmante destination touristique et la Gastronomie Géorgienne est la référence d’une identité culturelle, une valeur sûre conservant un trait d’union entre tous les pays.

Ces diverses approches et observations m’ont permis de voir, d’étudier une composition et surtout de m’inspirer à partir des paysages exceptionnels et aussi de la pensée de l’empereur céleste Gengis Khan qui a réuni des peuples en respectant leur culture et leur religion.

 R. Dumoux
www.viapictura.com

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Le Mandala

Image à la une : « L’Asie » toile de 5 mètres x 3 – extraite du Pictorama, ensembe monumental peint de Raymond Dumoux – viapictura.com

Il s’agit de la manifestation la plus  évidente du Bouddhisme.

(En Extrême Orient, le bouddhisme ésotérique existe à partir du 7 éme siècle.) ( Le Tantrisme est le prolongement direct du Bouddhisme du grand Véhicule.) (Bouddha est né en 623 avant notre ère)

Le bouddhisme tantrique autorise le salut en une seule vie terrestre, donnant à chacun le moyen d’échapper au cycle des réincarnations.
Dans la liturgie du tantrisme les dévots privilégient les pratiques pieuses comme la récitation incessante de formules sacrées et les pèlerinages. Les érudits sont initiés à des rituels complexes et ils parviennent à des degrés de plus en plus élevés dans le détachement du monde.
Les grands mystiques se livrent aux ascèses les plus difficiles, jusqu’à se faire emmurer comme les grands accomplis indiens.
Rien n’est rejeté du message originel du Bouddha. Au départ il y eut une simplicité primordiale, puis 12 siècles d’ajouts, de débats et de pratiques liturgiques variées qui aboutissent finalement  au Bouddhisme tantrique au VIIéme siècle de notre ère.
Ce sera la dernière phase  de la pensée indienne avec une culture religieuse très riche.

Le Mandala : ce mot du bouddhisme tantrique fait l’objet de diverses interprétations. Il signifie : disque, cercle, et donc territoire.
La cosmogonie brahmanique présente ainsi l’univers par la forme d’un disque avec au centre une montagne, axe du monde et les océans, continents se répartissent autour de de ce mont. Il y a des parallèles entre le mandala bouddhique et les cosmogonies d’autres civilisations.
Le centre du monde c’est le temple de la divinité, et  le cosmogramme en est  le résumé. L’autel est aussi considéré comme une sorte de résumé de l’Univers. Ainsi on met en relation microcosme et macrocosme.
(Selon Jung, les schémas de certains malades mentaux font penser à des mandalas.)

Enfin le mot Mandala renvoie à l’idée d’une représentation microscopique. Il s’applique au corps de l’homme dont chaque partie est en correspondance avec un élément du cosmos, corps gigantesque avec tous les aspects du monde.
(Le corps humain dans le Yoga est parcouru de canaux et de centres où résident des divinités. Le corps est considéré pendant les exercices de Yoga  comme un vrai mandala.)

Moines dessinant un Mandala de poudres colorées

Divers Mandalas :

–  Les plus anciens mandalas sont réalisés en poudres colorées. (technique encore actuelle du Bouddha Tibétain, par exemple au monastère des mille Bouddhas de Kaghiu Ling à Toulon-sur-Arroux (France)
– De même on confectionne des maquettes représentant des mandalas. Ces maquettes sont ornées de statuettes amovibles. Certains petits bronzes conservés proviennent de mandalas.
– D’autres fois certains mandalas sont des lotus en bronze aux pétales articulés  qui s’entrouvrent et révèlent une divinité et sa suite. Tels sont les mandalas en bronze doré en Chine au 17éme siècle.
– La plupart des mandalas himalayens sont peints sur toile mais ils jouent le même rôle liturgique que les mandalas éphémères faits de poudres.


Il y a 3 types de mandalas peints :

1 – Des diagrammes présentant de déités sous forme anthropomorphe

2 – Le 2nd type présente des divinités symboliques : elles sont représentées par des syllabes Graines. (Plan de la parole)

3 – Le 3eme type est le plan de la pensée et les divinités sont évoquées par leurs attributs principaux.

Mandala peint sur le plafond de la porte d un temple bouddhiste à Thimphou (Bhutan)


Mandala et architecture
:

A l’origine des architectures, il y a en Inde des mandalas en trois dimensions avec des figurines. Ce sont de vrais modello de palais divins. En Inde et à Java en particulier :  Borobudur ( IX éme siècle) est un stupa gigantesque, sorte de mandala en architecture.
Dans l’Himalaya et au Boutan en architecture, autour du Bouddha suprême, il y a une série de chapelles sur 6 étages. Sont ainsi représentées toutes les divinités du Panthéon Bouddhique.


Dernier aspect important des mandalas :

Ceux qui sont peints en grandes dimensions sur les murs. Chaque Mandala étant un accomplissement spirituel.
A Dunhuang dans la cachette des cavernes on découvre des diagrammes sur papier avec des formules conjuratoires. Ces œuvres spectaculaires dans les cavernes sont des peintures murales qui suivent fidèlement le prescription du Bouddhisme du Grand Véhicule ou Mahayana.


Remarques :

Les textes ésotériques désignent par mandalas les palais célestes des divinités hors du monde phénoménal. Ce sont des lieux abstraits d’ordonnance purement mentale. Le mandala essaie de faire évoluer vers l’Éveil, grâce à la présence des divinités. Il s’agit de prendre conscience de la vacuité universelle. Le mandala ne sert pas à présider à  une connaissance ni à l’harmonie entre l’individu et le cosmos.

Le Mandala a pour finalité la dissolution de l’illusion du moi dans un état indéfinissable, jusqu’à l’Extinction.

Les antécédents : cette conception du Mandala est due à l’origine aux multiples  pratiques de dévotion du Bouddhisme ancien du « grand Véhicule ». Par exemple le Mahayana est une forme embryonnaire du mandala. Ainsi à Allora dans une caverne bouddhique, 9 personnages sont réunis dans des cases de  3 par 3, la case centrale étant occupée par le bouddha Cakyamuni.

Autre remarque : le bouddhisme tantrique systématise les associations aux régions de l’espace avec au sommet son Panthéon de 5 Bouddhas de méditation. Ces associations permettent de produire des schémas graphiques conduisant à des mandalas. Certains Bouddhas sont appelés Jina et ils se répartissent autour des stupa : ce sont des tumulus reliquaires, monuments fondamentaux du Bouddhisme. Le plus célèbre est dans l’Himalaya proche de Kathmandou. (Hors de l’Inde à Java les Jina garnissent le temple de Borobudur.)

N. B.  Pour plus de précisions, il est conseillé de rechercher les sites essentiels qui sont cités ici

: Dunhuang, Allora, Borobudur,  Kathmandou  

Cet article peut être mis en relation avec mes créations : les toiles de 5 m x 3 de mon ensemble peint Pictorama, à propos de l’Asie ou de l’Inde, œuvres  visibles sous le lien Pictorama sur www.viapictura.com (en référence aussi à des articles sur mon blog viapictura : Asie  ou Inde)

NB : Le pictorama est un ensemble monumental peint composé de 60 toiles de 5 m x 3 m chacune. Panorama de l’histoire de l’humanité au cours des siècles jusqu’à nous et se projetant dans le futur avec la conquête de l’espace ou la robotique et les implants .

R. Dumoux

www.viapictura.com

Le XVIIIème siècle. LES FÊTES GALANTES. Watteau

Image à la une : Antoine Watteau, « L’amour paisible » – vers 1718

Il faut citer, regarder les peintres : Watteau, Fragonard, Boucher. Mais aussi Chardin, Greuze, Carl van Loo, de La Tour, Nattier, Prud’hon, Oudry.
La mort de Priam de Lancret,  Hubert Robert, le rococo avec Gabriel Lemonnier, Nattier, Panini,  Joseph Vernet, Gabriel de St Aubin, Subleiras, Zoffany dans sa galerie de sculptures et aussi de peintures. Il faut aussi visiter les Débuts de la Muséologie des Lumières. Comprendre l’origine du mot Musée : Mouseion créée à Alexandrie au IIIéme  siècle av. J.C.
Il faut visiter enfin, Zoffany « la tribune des Offices », Jean François de Troy, Nicolas de Largillière. Le néoclassicisme apparu avec Vien et aussi Fragonard.


Le XVIIIéme  est le théâtre de DIVERS MOUVEMENTS PICTURAUX :
Depuis  la continuité du classicisme de l’Académie il y eut divers courants qui ont évolué  au cours du siècle des Lumières :

C’est le moment des Fêtes Galantes qui vont couvrir tout le siècle avec diverses variantes. S’impose la peinture de Watteau, libéré de l’académie et se tournant vers des commandes privées avec son art de liberté, avec les scènes de parties de campagne, de repas champêtres dans un cadre de paysages bucoliques. 
– Et  puis à la suite il y eut le rococo qui intensifie les caractéristiques de la scène galante, parfois en exagérant jusqu’à l’outrance. Le sentiment de la nature s’est aussi fortement développé.
– Et apparait la peinture Néo classique avec le retour à l’antique de Pompéo Batoni et sa peinture  mythologique.
– A la fin du XVIIIéme siècle, après le rococo, apparait le néo classicisme. Ce sera Vien qui traite des thèmes semblables à Watteau, mais avec une approche statique : Par exemple avec son tableau « Couronnement de fleurs ». Fragonard aussi est passionné par l’obsession de l’antique liée à la légèreté de la Fête Galante et de la Comedia del Arte. Il peint ainsi des chefs d’œuvre comme « la Fête à St Cloud « 


La Fête galante est  capitale  dans l’art du XVIIIéme siècle. Watteau en est un créateur illustre.

            Un exemple : Le tableau de Watteau  » l’amour paisible » présente les caractéristiques, paysages et décors de la Fête Galante.
Le paysage du monde rural, des cultures et des très hautes montagnes est souvent présent, avec aussi de nombreuses traces de l’homme. Le cadre naturel est souvent le midi parfois aussi dans le Nord et les Flandres. Il y a une double inspiration méridionale et flamande. Cependant le paysage italianisant est très en harmonie et idéal pour la Fête galante.
D’autre part, le décor dans la fête galante est animé de Sculptures ou Fontaines comme dans un parc. C’est un cadre semi naturel.
La scène avec les 4 hommes et les 3 femmes et un chien sera axée sur la séduction : elle montre l’harmonie entre l’homme et la nature et donne un cadre idéal  pour des conquêtes et entretiens libérés de la ville et des conventions sociales.

           Tout est fait pour renforcer les liens entre l’homme avec la nature.
Ce cadre harmonieux est souvent animé de conversations omniprésentes ou par des musiciens. Mais il n’y a pas trop de récit. Que se passe t’ il dans ces tableaux? On ne sait trop?
Il y a une sorte d’insouciance et pas spécialement d’action. Le chien souvent au 1er plan témoigne de cette tranquillité.
On découvre peu d’action dans la fête galante : c’est un genre élégiaque et bucolique. Sa sensibilité est celle d’une Pastorale qui touche notre sensibilité.

La principale source picturale pour la Fête Galante, c’est la Pastorale Italienne : il y a un rapprochement avec la tradition du paysage de Titien et Giorgione comme par exemple la beauté du paysage du midi où se côtoient des gens à la mode, des musiciens, des femmes nues : l’ensemble préfigure les Fêtes galantes.
D’autre éléments de la Fête Galante sont empruntés aux scènes rurales, des peintres flamands et hollandais tels Tenniers et Wouverman : ce sont le fêtes de village, les kermesses, les orchestres : on visite le charme de la champagne.

Aux deux sources de Watteau, la Pastorale Italienne et les sources flamandes et hollandaises, s’ajoute un nouvel élément : le  monde du Théâtre. Les acteurs s’animent et deviennent des individus à part entière comme les personnages du tableau. Le tableau  en arrive ainsi à refléter les idéaux sociaux de l’époque et Watteau, il exprime un idéal social qui s’est diffusé en France à la fin du XVIIIéme siècle.


             La pratique de la Galanterie au XVIIIéme est une caractéristique  de civilisation (pas seulement dans le sens amoureux) qui contrôle les conflits sociaux, la culture, tout ce qui se rapporte au domaine social dans  ses divers aspects.
On cultive l’art de la conversation, très civilisateur. Il devient d’une grande importance et crucial dans l’art de Watteau. Les figures de Watteau sont très humaines et sociables : elles expriment divers sentiments tels que l’amour, le désir, l’ironie, la solitude, l’âme, toute la personnalité.

Avec Watteau, la Fête galante venue de modèles flamands et vénitiens s’est adaptée avec finesse à la société  française.


             L’Académie distinguait la peinture d’histoire des Talents particuliers. Et avec le portrait et le paysage, les talents particuliers n’avaient pas d’obligation précise ni de hiérarchie et donc pouvaient se développer aisément par rapport à la peinture d’histoire. Ainsi Watteau fut reçu à l’Académie comme peintre d’histoire à cause des aspects narratifs et historiques. Il y avait là une certaine liberté… celle des Fêtes Galantes. Termes retenus  aussi par l’Académie pour Nicolas Lancret et Jean Baptiste Pater, figures majeures de l’époque dans ces domaines.
L’époque eut de la peine à définir la Fête Galante comme Genre. Et l’Académie eut de la difficulté à parler de la scène galante car elle lui paraissait inclassable et présentait une ouverture d’esprit, une souplesse révolutionnaire échappant aux carcans de la théorie. Souplesse qui d’ailleurs caractérisait déjà si bien l’époque  de Watteau, cet  esprit d’ouverture, de grand air et de liberté.


Les Grands collectionneurs furent séduits par l’art de Watteau, par son contenu.
Ainsi parut le Recueil Julienne en 4 volumes  comme un ouvrage exhaustif sur cet artiste : 2 volumes étaient consacrés aux dessins innombrables de Watteau et en consacraient l’originalité.
Le monde de l’estampe et les épreuves de gravure se sont multipliées et ont ainsi constitué un inépuisable réservoir de motifs et de modèles d’inspiration, qui sera largement diffusé et a façonné les arts visuels  et décoratifs.
Tout cela grâce au Recueil Julienne du milieu du XVIIIéme (qui ensuite sera remplacé par un langage propre à Boucher).

Artistes et collectionneurs, à ce moment voient dans la Fête Galante le domaine de la définition et du développement de la Modernité artistique.

Il est nécessaire de citer quelques artistes majeurs de cette époque. Et en particulier  de comprendre les débuts de la Fête galante avec Antoine Watteau :
Pierre Antoine Quillard (et l’île de Cythère), Jean Baptiste Pater (Baigneuses à une fontaine dans un paysage ), Boucher (et la pêche Chinoise et les Chinoiseries), Nicolas Lancret  (les plaisirs du Bain et le Repas au retour de chasse) Fragonard.


Watteau et les débuts de la Fête Galante.
Au XVIIIéme siècle, la fête galante se situe dans la tradition de la Pastorale italienne mais aussi des scènes de la vie rurale flamande et hollandaise.
Watteau n’a jamais eu de formation précise en perspective, étude de nu ou de théorie de l’art. Il a copié les maîtres anciens et il s’est associé avec Claude Gillot et Claude Audran  grâce auxquels il découvre  les images du théâtre.
Aussi il va dessiner, représenter des scènes de conversation entre le théâtre et la vie, des conversations entre des acteurs et des gens qu’il connait. Il est aussi très influencé par les décors d’arabesques, comme un genre ornemental associant des éléments hétérogènes : des singeries, de la Mythologie antique aux chinoiseries, des scènes quotidiennes ou de genre mêlées à des allégories spirituelles. Il utilise aussi beaucoup des scènes villageoises dans le style de Téniers .

             Pour Watteau l’île de Cythère fut un tableau, une suite importante qui va aboutir au thème de la Fête Galante. Ce thème fut accepté comme genre historique et cet esprit imprègne les esprits, définissant la pensée du siècle.

On l’a dit la Fête galante revisite les Pastorales des paysages italiens et le genre flamand et hollandais. Aussi à l’époque on considérait Watteau comme le Téniers Français. Effectivement c’est à partir de Téniers qu’il découvert la peinture de Genre.
Watteau dessinait beaucoup : ses dessins pris isolément, il les intégrait directement dans ses compositions par ajouts successifs.. Ainsi Watteau a peu produit d’esquisses  préparatoires pour ses tableaux.
Le Succès de Watteau attire de nombreux artistes vers ce genre nouveau de la Fête galante.
Jean Baptiste Pater est le seul élève connu de Watteau. Il a suivi Watteau à la lettre mais ensuite il a ajouté des baigneuses à ses compositions pour obtenir un aspect plus sensuel dans la Fête Galante.

Nicolas Lancret atteint son sommet avec Watteau, comme inspiré par une appropriation de son style. Grâce à Lancret la Fête Galante devient une tradition majeure de l’innovation artistique  au XVIIIéme siècle.

Nicolas Lancret (1690-1743). Baigneuses et spectateurs dans un paysage (Les Plaisirs du bain). Avant 1725, huile sur toile, 97 x 145 cm. Paris, Musée du Louvre, Département des peintures, collection du baron Edmond de Rothschild
Nicolas Lancret (1690-1743). Baigneuses et spectateurs dans un paysage (Les Plaisirs du bain). Avant 1725, huile sur toile, 97 x 145 cm. Paris, Musée du Louvre, Département des peintures, collection du baron Edmond de Rothschild

R.Dumoux
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La Peinture d’Histoire

Image à la Une : « Alexandre » – Toile du Pictorama – Tempera sur toile – 500 x 300 cm – Raymond Dumoux – ©viapictura.com

Ce terme parait parfois désuet à une époque où le Quotidien et l’Éphémère sont déterminants en Art, à un moment où il est difficile de représenter un récit, même récent, de le raconter. A moins de le détourner ou de satisfaire à la dérision ou de proposer des projets très éloignés de toute sublimation.

Cependant la peinture d’Histoire occupe une place magistrale dans l’histoire de l’art, la première place selon Diderot (qui rejetait la peinture de Boucher comme trop intime et quotidienne). Elle demeure incontournable, jusqu’à nos jours.

Quelques exemples de peintures d’histoire, dans l’histoire : Raphaël : l’école d’Athènes ; Mantegna : les porteurs de Vases ; Altdorfer : les Batailles d’Alexandre… la bataille du Granique, celle d’Issus et la bataille contre le roi Indien Porus. Également, Rubens avec le cycle de Marie de Médicis et ses 24 toiles au Louvre est un exemple manifeste et spectaculaire de peinture d’histoire.

Dès le XVéme siècle la peinture d’histoire démontre sa supériorité, par rapport aux autres genres.
Historiquement, ce grand Genre s’impose comme le plus noble sous Louis XIV avec l’académie Royale de Peinture.
Ce genre s’impose par ses difficultés techniques, son aspect intellectuel et aussi esthétique et œuvrant dans un format monumental dominant les autres genres et registres du portrait au paysage ou à la nature morte.

Les grandes dimensions se déclinent en cycles où ils sont parfois destinés à des bâtiments prestigieux, palais ou édifices religieux, en panoramas.

La peinture d’histoire regroupe plusieurs sous-ensembles iconographiques :
Les sujets religieux, mythologiques, les sources littéraires de l’histoire antique ou moderne.
Les caractéristiques de ces œuvres sont les suivantes : la représentation de l’ homme est au centre et propose une narration. La pratique du portrait, de la nature morte ou du paysage est incluse dans ces projets monumentaux avec les accessoires et décors.

Sur le plan historique : Les évènements du XVéme au XIXéme siècle, ce sont les scènes de bataille, la topographie, les mouvements de figures et troupes, la célébration de hauts faits intellectuels ou politiques et la mise en lumière du rôle d’un homme important.
A la fin du XVIIIéme et au début XIXéme la peinture d’histoire change : le néoclassicisme propose un art civique, républicain, antique.
Au XIXéme siècle, cette tendance sera refoulée par les romantiques qui renouvellent ce genre avec une nouvelle sensibilité. Et l’on se tourne vers l’actualité ou dans des sources littéraires autres que la culture classique… jusqu’à maintenant, alors que l’on assiste parfois à l’histoire refoulée, mise en pièces.

La peinture d’histoire fut très répandue depuis l’antiquité jusqu’au XIXéme siècle. A la Renaissance on cite souvent Uccello, la Bataille de San Romano ou Piero della Francesca, Léonard ou Michel Ange. Elle se verra aussi dans les cabinets de curiosité avec de petits formats apparentés aux scènes de genre.
Au XVIIIéme siècle la peinture d’histoire se fait rare mais l’épopée Napoléonienne la fera revivre …. avec de grandes scènes de bataille. Il faut visiter ainsi la galerie des Batailles au château de Versailles.


"Saint-Louis" - Toile du Pictorama - Tempera sur toile - 500 x 300 cm - Raymond Dumoux - ©viapictura.com
« Saint-Louis » – Toile du Pictorama – Tempera sur toile – 500 x 300 cm – Raymond Dumoux – ©viapictura.com

Le site www.viapictura.com présente un panorama à propos de l’histoire de l’humanité : il s’agit d’un cycle de 55 toiles monumentales de 5 mètres x 3 chacune, réalisées a tempéra.
Chacune de ces toiles est réalisée selon les composantes de la peinture d’histoire :

– En premier lieu c’est la représentation de l’homme.

– D’autre part, il s’agit d’une œuvre qui propose une narration, une histoire narrative ;

– Il s’agit de très grands formats constituant un ensemble panoramique monumental.

La peinture d’histoire est dominante sur les autres genres : elle peut intégrer dans ses éléments tous les autres genres, portraits, paysages, architecture ou nature morte.

Enfin, la peinture d’histoire parvient à réaliser la synthèse entre le platonisme de la culture classique et l’héritage religieux issu de la pensée médiévale.

Cette conception de l’harmonie entre héritage de l’antique et monde religieux, peut se concevoir comme étant la source de notre pensée.

Et actuellement elle peut s’adapter à une ouverture aux conquêtes de la science, relativisant l’importance de l’homme et le situant, comme les autres êtres vivants, dans un espace cosmique. Ainsi fusionnent la nature humaine et la technologie ou la biotechnologie. Sans nier la valeur de l’humanisme.

R.Dumoux
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N.B. Les arts appliqués développent particulièrement les cycles narratifs : tapisseries, vitraux, mosaïques, céramiques présentent des exemples impressionnants. Par exemple, les céramiques de Masséot Abaquesne exposées actuellement au Musée d’Ecouen, en témoignent.

©DUMOUX_ToilePictorama_Africa
« Africa » – Toile du Pictorama – Tempera sur toile – 500 x 300 cm – Raymond Dumoux – ©viapictura.com

Alberola au Palais de Tokyo – PARIS

Image à la une : Béatrice Dumoux, peinture

Ce centre d’art contemporain, très important, a présenté récemment Jean Michel Alberola.

L’intitulé de cette exposition :  » l’Aventure des détails  » faisait référence à la littérature comme au cinéma de Godard et à l’île aux trésors de Stevenson.
La forme de l’exposition correspondait à un processus mental avec un élargissement de la conscience : par exemple j’écoute de la musique et en même temps, je peins, je dessine ou j’écris une citation quand la nuit tombe .
Il y a une concentration de phénomènes et alors on se demande comment capturer tout cela.
Alberola consacre une grande partie de son temps à la lecture. Et il se met en situation de penser le Présent. C’est ce qui explique le titre de l’exposition « Aventure des détails ».

Jean Michel Alberola est venu à Mâcon en Saône et Loire à l’école des Beaux Arts où il est intervenu.

Il est aussi venu dans mon appartement. En voyant mes toiles et panneaux a tempéra il m’a parlé de Chirico de Derain de la figuration. J’ai reçu de lui l’adresse du peintre anglais à Dublin Mac Kenna avec lequel j’ai correspondu.
Il connaissait bien ma fille Béatrice qui aimait beaucoup son discours et sa gentillesse. Béatrice était aux Beaux arts de Mâcon (France). Elle a été inspirée de la pensée d’Alberola et ainsi elle a réalisé un bon nombre de peintures de toiles très parlantes, expressives. Ces toiles sont visibles sur le site www.viapictura.com sous le lien galerie virtuelle Béatrice Dumoux

Cependant le train de Paris attendait. Il fallu partir pour prendre un TGV. Je le conduisis dans mon Opel Kadett jaune d’or comme le jaune de certaines de ses toiles ; un jour bien plus tard, je l’ai rencontré rue Beaubourg pas très loin de la porte de la galerie Templon où je me rendais . . .
Les jours ont passé avec d’autres ailleurs et puis je le revois maintenant dans ce Palais de Tokyo à Paris. Une aventure en effet.

Mes toiles ont poursuivi leur chemin … mais aussi les dessins par milliers : des détails du passé au présent puis au futur, ou encore à l’espace ou à l’union Homme- Robot. Mais aussi je me donne à des écrits, des accumulations d’images et de textes, de notes de lectures. Avec à la suite, la rédaction de blogs de l’Antique à l’Actuel, de l’histoire à la description de continents avec les tribus et leur culte des ancêtres. Avec les expéditions ethnographiques de Michel Leiris de Dakar à Djibouti se consacrant à l’observation de l’excision ou bien au culte des ancêtres ou au vaudou.
Alberola consacre beaucoup de temps à la lecture. Il tend à se situer dans un contexte général avec une somme d’éléments pour penser le présent et toutes ses données et informations. D’où le titre de l’exposition  » L’aventure des détails « . Grâce à la lecture, Alberola, cherche une sortie (qu’il ne trouvera pas ) Il ramasse ici ou là, des faits, après tout le monde, et ses écrits lui permettent d’être plus précis pour en tirer quelque chose de formel ; Ce qui intéresse Alberola c’est un journal d’écrivain, de fragments comme ceux de Kafka ; Il constitue un Syncrétisme de détails qui forment et composent un individu et déterminent une œuvre en cours.

Ainsi je me retrouve à écrire mes blog sur le Blog viapictura.com. Également à dessiner à partir de mes notes innombrables qui se bousculent comme les particules de l’univers dans les constellations, pour la rencontre de deux trous noirs qui vont recréer la vie et cette humanité éperdue qui devient une poussière d’Étoile dans l’espace cosmique.
En Témoigne cette grande toile de 5 mètres x 3 Intitulée  » Trou Noir « , sur le blog viapictura.

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« Trou noir » détail d’une toile a tempéra – 500 x 300 cm – R. Dumoux – ©viapictura.com

 

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Jean-Michel Alberola, palais de Tokyo du 19/02/2016 au 16/05/2016

Abstrait Figuratif Art Construit

Image à la une : Exposition R. Dumoux : Œuvres abstraites et figuratives – Grandes toiles © viapictura.com R. Dumoux 2011

 

ABSTRAIT, FIGURATIF, ABSTRACTION GÉOMÉTRIQUE.

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Exposition R. Dumoux : Œuvres abstraites et figuratives – Grandes toiles © viapictura.com R. Dumoux 2011

Mon travail de peinture a évolué de l’abstrait au figuratif avec cependant des incursions régulières dans l’abstraction construite. Comme si l’une ou l’autre de ces composantes étaient liées par des filiations, des rhizomes incontournables.

Mes années de travail d’art abstrait construit (précédées ou accompagnées de dessins et gravures figuratifs et symboliques) Ces années là ont débuté avec des écritures, des pages d’écritures abstraites, comme des calligraphies écrites de gauche à droite et de bas en haut.

Ecritures à la plume puis au pinceau à l’encre de Chine , écritures automatiques aussi.

Puis avec le pinceau brosse ces écritures se sont simplifiées et transformées en touches ( touche qui évoque la simple trace de pinceau). Ces touches se succédant régulièrement ont formé des répétions de carrés à intervalles réguliers. Le résultat d’ensemble au pinceau brosse fait apparaitre sur la surface un damier.

De ces ensembles se dégagent des verticales et horizontales et des obliques à 45 degrés.

De là il fut possible de créer, d’induire  des tracés géométriques, de la même façon que dans les décors vernaculaires ou populaires . (tels que les décors des assemblages de Tuiles en céramiques vernissées de l’hôtel Dieu de Beaune.)

Dans chacun des moments de cette évolution il y a un nombre de toiles, de dessins et parfois de grandes dimensions avec aussi une collection d’assemblages et de sculptures peintes, les sculpto-peintures ou des montages châssis peints et entoilés, tels des structures architecturales orthogonales.

Ainsi la peinture se joue d’imbrications des trames orthogonales avec des éléments figuratifs. La vibration orthogonale est la structure du monde avec ses horizontales et verticales constituant des damiers et des obliques à 45 degrés. C’est une osmose, une communauté de pensée non dogmatique qui s’inspire plutôt de l’art des mosaïques antiques, de Ravenne ou du Dôme du Rocher à Jérusalem. Ce lien est une expression pacifiste, une communication réciproque, de partage entre des systèmes de pensée.

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Néo-classicisme et Antiquité

Image à la une : Anton Raphael Mengs « Le Parnasse »panneau central du plafond de la galerie de la Villa Albani à Rome, peint à fresque (1760)

Un article précédent traitait de l’héritage classique aujourd’hui.  Mais qu’en a- t-il été de l’héritage classique au 18éme, au delà de l’anticomanie ?.
Si les renaissances classiques dans les siècles précédents semblent claires, au 18éme tout semble plus complexe et diverses notions importantes apparaissent tel le sublime avec la présence de personnages d’une grande importance. C’est  l’objet du présent article.

 – Certaines figures sont incontournables tels le comte de Caylus,, Winckelman et les peintres Raphael Mengs, Vien,  Hamilton et encore les peintres appelés « Nazaréens » à Rome  (Overbeck, Cornelius, Pforr ) ou encore des peintres du Sublime tels Bejamin West ou  Fussli.

  – Le Comte de Caylus fut un érudit et un amateur d’antique : il fut engagé dans des recherches archéologiques et dans des débats importants au sujet de l’antiquité.. Il publia 7 volumes de recueil d’antiquités égyptiennes, étrusques, grecques, gauloises. Il donne des conférences sur l’art de l’Antiquité. D’autre part le comte de Caylus fait des commandes à des artistes, des commandes directement inspirées de l’antique. Par exemple le peintre Joseph Vien est sollicité pour la recréation de peinture antique à l’encaustique.
Le comte de Caylus s’intéressait aux textes de Pline relatif à la technique des peintres et il fit réaliser à Vien une tête de Minerve à la cire. Il fit aussi réaliser un ensemble mobilier à la grecque inspiré du vocabulaire ornemental antique.

Winkelman qui s’impose dans le monde de l’antiquité à Dresde publie « Pensées sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et sculpture » Il commande des copies de statues antiques. Le peintre Mengs originaire aussi de Dresde, adapte son style à la grandeur et à la sérénité olympienne. il peint un plafond à fresque: le Parnasse, Apollon au milieu des Muse sur le Parnasse.
Mengs et Winckelman eurent beaucoup d’influence sur les artistes de l’étranger et surtout anglais. Par exemple le peintre anglais Hamilton fait du commerce avec le résultats de fouilles  et peint aussi un cycle de peintures inspirées de l’Iliade. Poussin, Greuze ou Fragonard seront aussi influencés par cet esprit dans certaines œuvres.

Cependant cette tendance forte de Winkelman, ce grand classicisme de l’imitation des oeuvres grecques fut en 1810 refusé par des artistes allemands à Rome : les Nazaréens tels Overbeck, Pforr ou Cornelius.. Ces artistes de même que les Préraphaélites recherchent plutôt l’idéalisme et l’inspiration.

Également à l’opposé du classicisme à l’antique on voit apparaître les prémices du Sublime, avec des artistes très importants. Cela se développe surtout en Angleterre. Ainsi Benjamin West formé à Rome auprès de Mengs réalise de nombreuses peintures d’histoire édifiantes et ainsi dépasse les idéaux de grandeur et de sérénité de Winckelman.
D’autre part il y eut James Barry qui recréa une oeuvre grecque de Parrhasios. Ce peintre créé l’apothéose du vertige et de la terreur dans le sens de l’esthétique du Sublime, inspirée du philosophe  Edmund Burke.  Cette philosophie du Sublime s’attache moins à la perfection olympienne de l’antique mais préfère le frisson des gouffres et de l’obscurité. Ainsi sur les ruines de l’antique on édifie une Esthétique Nouvelle.

 Le peintre Fussli exalte cette esthétique dans le sens de la démesure et de la désespérance. Tendance qui est dépouillée de l’idéal de Winkelman. Il y eut également le peintre Peyron qui associant Poussin à l’antique s’inspire de sujets dans les tourments et dans les geôles. Citons de lui la mort de Socrate ou les funérailles de Miltiade.
On connait  aussi de David  « Bélisaire » général déchu mendiant, que son soldat veut réhabiliter. Et avec le Serment des Horaces malgré l’austère construction à l’antique, David met en lumière une morale destructrice, car il y a une ambiguité trouble dans ce combat des Horaces et des Curiaces. Les 3 Horaces doivent combattre les 3 Curiaces  mais ils sont alliés par le sang.
Ces quelques exemples prouvent que ce ne sont plus les Lumières sociables et altruistes  mais c’est maintenant l’annonce de temps plus sombres et à partir de ce moment  va se développer le frisson du Sublime. 

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Jean-François Pierre Peyron : Miltiade : Les funérailles de Miltiade – Vien – Musée du Louvre 

Ainsi l’héritage classique au 18éme s’exprime d’abord d’une façon parfaitement fidèle à l’antique, avec des personnalités de 1er plan et des penseurs comme Winkelman. Cependant  tout en perpétuant des figures et des thèmes à l’antique il se produisit une sorte de dérive, une autre expression orientée vers les tourments de l’âme et un certain romantisme jusqu’à l’expression du Sublime.

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A propos de peinture, de métier et d’héritage

Image à la une : « Le règne animal » (détail) tempera sur panneaux – R. Dumoux ©viapictura.com

On parle volontiers à l’occasion de la présentation d’œuvres récentes, du retour à des matériaux à des petits formats ou des collages qui peuvent être décoratifs à l’encontre des grandes machines spectaculaires de l’art actuel. Bien que très justifiée cette nouvelle approche peut paraître superficielle. Cependant on en reste souvent au stade de travaux scolaires. Par contre l’aboutissement à un métier approfondi ne se révèle qu’après de longs mois et années, dans la patience.

Dans « la carte et le territoire » Michel Houellebecq propose une réflexion poétique et philosophique à propos du Métier en art. Il cite un bel exemple, le mouvement Art and Crafts dont on connait bien les magnifiques œuvres, qu’il s’agisse de peinture, de gravure ou d’ébénisterie. Il est ainsi question de William Morris, des Préraphaélites et de leur héritage prestigieux. Il ne s’agit pas de bricoler des effets plastiques avec des papiers de récupération ou des cartons assemblés mais de repenser en profondeur le métier de l’art à l’instar d’Art and Crafts par exemple. C’est une démarche édifiante qui m’a toujours parue exemplaire.

En effet mon activité artistique a fait que je me suis consacré depuis de nombreuses années à la recherche du Métier de la peinture. Des années de recherche personnelle furent nécessaires : il m’a fallu passer par toutes les expériences et recherches de recettes du métier de la peinture en puisant des exemples auprès des antiques, du Moyen Age et de la Renaissance,  jusqu’ au 19éme siècle avec des repères comme les écrits de Pline ou encore et surtout du moine Théophile ou bien de Pacheco.

Ainsi j’ai pu expérimenter ou approcher  toutes les pratiques et tous les liants en usage ainsi que les pigments, colles,

( avec le rêve van Eyckien de la dissolution de l’ambre..! ) Ainsi j’ai pu faire un inventaire du métier et j’ai été impressionné par exemple par la préparation de base du métier de Mantegna.
Ce fut un chantier décourageant  avec comme seul guide, le culte des ancêtres : Giotto, Fra Angelico mais aussi Rembrandt, les frères  Van Eyck, Uccello, Dürer, ou Piero della Francesca.  A la fin du 19ème siècle en raison de l’invention du tube de couleur on perd les données essentielles du métier. Mais plus tard on se préoccupe à nouveau des procédés en peinture  (il y eut par exemple la parution de  l’ouvrage de Xavier de Langlais).
Concrètement mon premier travail a consisté à la réalisation des encollages, marouflages de toile fine sur bois et ensuite d’effectuer les préparations au plâtre à l’antique et à la colle de peau. Préparations successives qui sont poncées. Le mêmes pratiques se développeront ensuite sur les toiles et en particulier sur les toiles de grandes dimensions.

Il fut alors nécessaire d’aborder la pratique picturale et les éléments qui la composent : ainsi j’ai expérimenté les divers liants, résines, huiles et leur cuisson, colles, blanc et jaune d’oeuf. Peu à peu, après de longs mois j’ai privilégié le procédé à l’oeuf qui semblait mieux exprimer mon ressenti intérieur et s’adapter à ma recherche d’expression plutôt graphique, au jeté de dessinateur, sans se soucier des délais de séchage.

Finalement toute cette recherche sur de longs mois et des années avec parfois bien des hésitations s’est imposée et en même temps tout s’est clarifié peu à peu.

Ainsi, peu à peu, le procédé sans cesse mis en œuvre est comme oublié, à l’arrière plan. Il est devenu très libre et libérateur. Seul importe alors la réalisation de l’oeuvre, la mise en valeur de toutes ses composantes.
D’ailleurs maintenant devant une surface de 5 mètres x 3 et ses exigences diverses on ne peut se concentrer  sur des impératifs purement techniques (qui  doivent être dominés, compris, maitrisés).

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Les détails en peinture

Image à la une : Détail d’un panneau a tempera « La Résurrection » – © R. Dumoux – 2011

               Le détail, la partie d’un tout , indissociable des autres fragments, concourt à l’ensemble de l’œuvre.
Nous connaissons la statuaire de Rodin mais nous avons remarqué aussi les études et les fragments dans l’œuvre de Rodin. Très expressifs.  ils  sont considérés  comme des œuvres à part entière. Rainer Maria Rilke en parle dans ses visites à l’atelier de Rodin. En général l’étude fragmentaire, le non finito est un concept, une notion déterminante et une façon de penser dans l’art moderne ou actuel.

               Dans la réalité, la nature résulte d’un ensemble d’éléments emboités. Cela peut être des éléments de plus en plus petits que le spectateur parvient à explorer à l’aide de lunettes de loupes ou de microscopes.
Le tableau est lui aussi un réel composé de petites particules. On peut ainsi agrandir une partie des tableaux pour découvrir des détails. C’est ainsi que l’on découvre la facture des artistes, le mouvement du pinceau, la disposition des touches et l’épaisseur de la matière.
Mais surtout le détail découvert et agrandi donne parfois un sens différent à une scène… et peut la connoter d’une façon très forte. A partir de ce détail on découvre un sens imprévu à l’œuvre.

               Ainsi les détails ne sont pas que des gros plans anodins. Ce sont des morceaux qui surprennent, étonnent et sont peut être la partie la plus subtile de l’œuvre. Dans la réalité, un détail est accidentel parfois alors que dans une oeuvre peinte l’insignifiance n’existe pas, car le réel que le peintre représente est choisi. L’endroit, l’objet, l’aspect sont des partis pris qui ont une signification choisie par l’artiste.

                  C’est cela qui fait la richesse d’une peinture  car on découvre en elle une machine à penser, une machine pensante. A la fin du 19ème le critique Morelli habitué à l’observation des corps démontre comment la façon apparemment anodine d’un peintre pour représenter un doigt ou une oreille est un indice sûr qu’il est l’auteur comme s’il s’agissait d’une signature.

              Plus tard Panowsky s’intéresse aussi au détail, au symbolisme caché des choses. Par exemple, dans les peintures flamandes d’humbles objets cachent une symbolique essentielle.
Un vase, un lit bien fait, un jardin clos, signifient la virginité de Marie. Ces détails ne diminuent pas la grandeur de l’oeuvre mais au contraire ils créent et enrichissent le va et vient de la pensée entre le tout et la partie. (dans la connivence du peintre)

              Plus récemment Daniel Arasse a abordé cette question du détail. Les remarques diverses sur l’observation des détails amènent le spectateur à une contemplation plus profonde des œuvres. Et cette contemplation aboutit à une divagation personnelle du spectateur qui invente sa propre histoire à partit des motifs.
Daniel Arasse allait dans ce sens, car il préconisait une histoire parfois érudite  et aussi parfois personnelle à la limite de la fiction.
Les œuvres, tout en imposant leur présence magique, peuvent être familières, intimes au spectateur (qui s’arrête  longuement devant elles!) Les peintures vivent pleinement et apportent aussi un sens propre à chacun: elles sont une invite à un regard libre et buissonnier dans la lecture de ces compositions figuratives.

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Détail d’un panneau a tempera « La Mort de la Vierge » – © R. Dumoux – 2011

            C’est cela, la richesse de la peinture figurative qui de plus, est chargée d’un mystère et d’une grande profondeur. Tout cela se passe au delà de la photo-réalité ou de l’art abstrait qui en comparaison, ne laissent pas toujours assez cette liberté de vagabonder ni de s’égarer dans les méandres d’une poésie.

            Dans la  contemplation de ces grandes œuvres figuratives : nous ne sommes pas contraints à suivre une route déterminée, personne nous dit de penser d’une façon précise, personne n’est là pour nous apprendre ce qu’il faut comprendre. Bien sûr nous comprenons de façon lisible le sujet, le thème ou les personnages mais peu à peu le mystère va s’imposer et nous amener à rêver, à penser, à construire une liberté buissonnière d’imagination.
Le spectateur à partir d’une trame figurative bien reconnaissable de tous, part en quête de sa liberté.

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Détail d’un panneau a tempera « L’air » – © R. Dumoux – 2011

Maintenant dessinons des détails… de multiples détails de la réalité ou bien extraits de tableaux de Van der Weyden à Dürer ou à Piero della Francesca. En fait, je travaille à une suite de dessins de détails qui plus tard seront réalisés sur des panneaux a tempéra à l’exemple peut-être des collections de certains cabinets de curiosité .. en hommage à Ulysse Aldovrandi !

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La peinture. Lumières et Visions

Image à la une : Détail du célèbre tableau représentant le mariage des époux Arnolfini, par Jan Van Eyck
Outre les caractéristiques du métier de la peinture, plusieurs notions peuvent nous guider dans la recherche du langage de la peinture.

Nous citerons successivement : les reflets, les silhouettes, les ombres, les transparences et les différentes intensités lumineuses.

– LES REFLETS
Le reflet est le résultat de la réflexion d’une source de lumière sur une surface donnée.
En peinture les reflets nous donnent l’apparence visuelle des objets et puis le reflet exprime la matière et le caractère d’un objet..
Il y a 2 sortes de reflets naturels : le reflet cornéen et le reflet sur l’eau.

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1- Le reflet cornéen est le plus singulier des reflets sur le corps : le reflet cornéen est l’effet que la lumière produit sur l’œil.
La cornée est la partie antérieure du globe de l’œil et autour le blanc de l’oeil est la sclère,opaque. La cornée est transparente et très lisse, cela fait qu’elle réfléchit la lumière comme un miroir convexe. (remarquons qu’en peinture il y a souvent des miroirs convexes. (les époux Arnolfini de  Van Eyck )

Le reflet cornéen en peinture, exemples :
– Les 1ers reflets connus sont ceux de la peinture romaine, comme dans les fresques et mosaïques de Pompéi. Cela contribue à l’aspect réaliste des visages, en donnant  de la vivacité aux portraits. Également on trouve le reflet cornéen dans les portraits du Fayoum de même qu’il existe dans l’art paléochrétien.

– Au Moyen Age, le reflet cornéen disparaît car cet art n’était pas réaliste et les effets de lumière étaient rendus de façon approximative. Ainsi l‘absence de reflets est fréquente dans l’art byzantin, roman ou gothique.

– A la Renaissance, le reflet cornéen réapparaît au début du 15ème avec l’intérêt pour les effets de lumière.L’origine est dans les Flandres avec Van Eyck, Robert Campin ou Van de Weyden. D’autre part Dürer met bien en évidence l’analogie entre le miroir convexe et l’œil. Souvent le reflet cornéen prend l’apparence d’une fenêtre à 4 carreaux et l’œil est la fenêtre de l’âme.
Le modèle nordique du reflet cornéen gagne l’Italie grâce à Antonello. On voit ainsi de reflets cornéens marqués dans les peintures de Lippi, Botticelli, Bellini ou Arcimboldo. et plus tard dans la peinture baroque.
Cette tache lumineuse sur l’œil ne dépend pas de la dimension des oeuvres: elle est toujours absente des grands yeux byzantins et elle est toujours présente dans les portraits des miniatures du 18ème siècle.

Cependant dans l’œuvre de Léonard de Vinci, l’absence de reflet correspond à un éclairage uniforme de lumière tamisée. Sans reflet cornéen, le regard est moins vif et moins aigu mais il a plus de profondeur, plus de douceur et d’intériorisation.
Ainsi l’utilisation du reflet cornéen est très variable, selon les expressions des figures.

– Dans l’art moderne le reflet cornéen est peu représenté. sinon chez les artistes au réalisme minutieux .
On peut dire que le reflet cornéen a une signification psychologique et aussi picturale.
L’expression d’un personnage est différente selon la présence ou l’absence de reflet. D’autre part le reflet cornéen témoigne de l’esthétique du détail qui caractérise longtemps la peinture.

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2- Les reflets sur l’eau en peinture.

Il y a d’une part les reflets , comme miroir de l’eau et d’autre part les reflets sur la surface de l’eau qui bouge, les reflets variables.

Le miroir d’eau, depuis le début de la Renaissance, apparaît comme une copie fidèle de l’objet qu’il reflète. On le voit chez Poussin. Ou bien les reflets de la lune chez Adam Elsheimer. Le reflet est exactement symétrique par rapport aux objets.
Les surréalistes ont utilisé cet aspect fantastique du dédoublement des objets. Par exemple Dali avec « Cygnes réfléchis en éléphants » Il y a aussi les reflets verticaux dans « la nuit étoilée » de Van Gogh.

Pour ce qui est des reflets sur l’eau ils ne sont pas peints uniformément mais sont interrompus et suivent les ondulations.

Dans de  prochains articles seront abordés d’autres caractéristiques picturales : les silhouettes, les ombres et les transparences.

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